Mercredi des Cendres, 5 mars 2014 - Entrée en Carême

La vie est bonne quand même

Joël 2,12-18 - Psaume 50,3-6.12-14.17 - 2 Corinthiens 5,20 - 6,2 - Matthieu 6,1-6.16-18
mercredi 5 mars 2014.
 

Un ami, atteint d’une maladie grave et soumis à un lourd traitement, me confie qu’il ne mange plus que par devoir parce qu’il a perdu le goût des aliments et qu’il ne peut les absorber sans nausées. Mais, comme je le plains, il ajoute avec conviction : « Il n’y a pas que cela dans la vie ! » Bien sûr, pour lui le jeûne n’est pas un problème.

Vous me voyez venir : je vais nous faire honte, à nous qui peinons à nous priver de nourriture en ce jour sans penser à la chance qui est la nôtre de jouir d’un bel appétit que nous pouvons habituellement satisfaire avec le plus grand plaisir. Mais j’estime que nous avons une meilleure leçon à tirer de cette expérience partagée, hélas, par trop de grands malades.

Ce qu’ils nous disent, c’est que la vie est bonne, même privée de satisfactions qui semblent essentielles. Trop souvent, nous pensons que nous ne pourrions pas vivre sans ceci ou cela, que nous ne saurions nous passer de telle ressource ou de telle commodité. L’expérience du jeûne est là pour nous rappeler que la vie est plus grande que ce à quoi nous la réduisons, qu’elle est meilleure, au fond, que nous ne le pensons d’habitude.

Bien plus, le témoignage de ceux qui trouvent le chemin de l’action de grâce et de la joie au milieu même d’une existence rendue pénible par les épreuves nous révèle que la vie est bonne malgré la souffrance. Elle ne cesse pas d’être fondamentalement bonne en dépit de ce qui la blesse : misères matérielles, certes, mais aussi misères morales et misères spirituelles évoquées par le pape François dans son message de carême.

Autant dire que même la vie des personnes que nous serions tentés de mépriser d’une manière ou d’une autre est bonne. L’aumône ne doit pas être une façon de nous débarrasser du pauvre inquiétant, mais une aide véritable à un semblable. Cette aide peut être matérielle, ou morale, ou spirituelle, le mieux, souvent, étant qu’elle soit tout cela à la fois.

Ainsi, les démarches de carême que sont le jeûne, l’aumône et la prière se conjuguent dans la prise en compte de la bonté de la vie d’autrui. Parce que sa vie est bonne, elle mérite d’être aidée dans son épreuve. Parce que l’aide véritable suppose de se faire pauvre de quelque manière pour enrichir autrui, elle coûte de « jeûner » d’une façon ou d’une autre. Parce que nous ne pouvons entrer dans une telle démarche authentique sans le secours de la grâce, elle implique de s’accomplir dans la prière.

La vie est bonne malgré tout parce qu’elle vient de Dieu qui est bon. Nous le croyons, mais nous avons besoin d’aide à notre peu de foi. Que le carême nous affermisse dans cette certitude qui n’est autre que celle de l’Évangile. La bonne nouvelle de Jésus nous remplit de joie quand elle nous révèle vraiment la bonté de Dieu pour nous et en nous. Et cette joie nous pousse à la conversion, pour s’épanouir plus librement et pour se communiquer plus efficacement au monde. Oui, convertissons-nous et croyons à l’Évangile de Jésus Christ, le Prince des vivants et le Bon berger qui nous est donné malgré tout ce qui s’y oppose.

Laissons-nous donc réconcilier avec la vie malgré ce qu’elle a de frustrant ou de désespérant, et entrons dès maintenant dans la joie de l’Évangile par la porte de la conversion.