Dimanche 9 mars 2014 - Premier dimanche de Carême Année A

Qui a raison ?

Genèse 2,7-9 et 3,1-7 - Psaume 50,3-6.12-14.17 - Romains 5,12-19 - Matthieu 4,1-11
dimanche 9 mars 2014.
 

Quand l’un et l’autre ont des arguments convaincants et qu’ils s’opposent frontalement, comment trancher ? Par exemple, dans la crise actuelle qui semble la plus grave depuis la chute du mur, les uns invoquent la souveraineté d’un état. Mais les autres justifient leur action aussi par le droit des peuples à se déterminer eux-mêmes. Les uns disent : le bien est ici et le mal, là. Ce que les autres contestent : c’est l’inverse !

Le serpent affirmait à la femme : « Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » Beaucoup le croient. Mais, à l’évidence, ce n’est pas le cas puisque ceux qui s’opposent si fermement ne peuvent avoir raison ensemble. En réalité, ici comme ailleurs, le propos du serpent peut s’entendre de deux manières dont l’une est correcte et l’autre un pur mensonge. C’est le cas lorsqu’il interroge : « Vous ne pouvez manger de tous les fruits du jardin ? » On peut comprendre qu’il suppose que tous ne sont pas permis, ce qui est correct, ou bien, comme la traduction liturgique l’interprète, que tous sont interdits, ce qui est faux.

De même, selon une meilleure traduction, il faut entendre que l’homme a mangé de l’arbre de l’expérience du bon et du mauvais. En effet, Dieu l’avait créé pour ne connaître que le bon. Mais, par sa désobéissance, il s’est engagé dans une existence où il expérimente aussi le mauvais, le malheur. Ce dont nous faisons trop souvent l’amère constatation ! Par leur transgression l’homme et la femme n’ont pas acquis la connaissance du bien et du mal, au contraire : leur intelligence du chemin de Dieu s’est obscurcie. En revanche, ils ont commencé à connaître le malheur et non plus seulement le bonheur, ce que Dieu voulait leur éviter.

Quant aux tentations de Jésus, qui a raison, Matthieu ou Luc ? La question se pose : l’un situe la tentation des royaumes de la terre en deuxième, tandis que l’autre la place en troisième, c’est-à-dire comme la pire. Cette fois, l’un et l’autre ont raison. Mais chacun d’eux nous donne un éclairage particulier, les deux étant complémentaires. Selon Matthieu, le lieu le plus dangereux est celui du pouvoir. Quand nos intérêts sont en jeu et que nous avons les moyens d’imposer nos vues, la tentation est grande d’habiller nos intentions de fausse vertu.

Jésus a dû chercher la voie du bien avec son intelligence d’homme, au moyen de la parole de Dieu écoutée à la lumière de l’Esprit Saint. Parce qu’il était indemne du péché, il n’a jamais laissé ses intérêts couvrir la voix qui lui indiquait le chemin de Dieu. Nous-mêmes ne sommes jamais laissés sans cette voix. Le Seigneur avait dit à Moïse : « J’enverrai mon Ange en avant de toi, il te montrera la route, écoute-le ! » Mais parfois nous préférons ne pas écouter, ou bien nous sommes trompés si profondément que notre erreur est invincible.

Pourtant, nous le savons : celui qui veut avoir toujours raison se trompe diablement. Et celui qui veut parvenir à ses fins en écrasant le faible ou au mépris de la conscience des autres a terriblement tort. Pour le moins, nous devons nous écouter les uns les autres avec humilité et chercher, par le moyen du dialogue et de la droite raison, à découvrir ensemble ce qui est juste. C’est ce que l’Église recommande quand elle estime la démocratie préférable à tout autre régime.

Jésus, le Verbe éternel dans la condition humiliée de la faiblesse de notre chair, a vaincu pour nous toute tentation. Il est bien un modèle pour nous parce qu’il a lutté dans les conditions qui sont les nôtres, hormis le péché. Il savait, lui, et croyait fermement que Dieu seul a toujours raison. Il cherchait toujours la volonté du Père, fût-ce au prix d’une longue angoisse et non sans une sueur de sang. Au bout de sa patience, elle lui a été révélée et il l’a accomplie. Agissons de même, puisque nous sommes ses disciples.