Dimanche 23 mars 2014 - Troisième dimanche de Carême Année A

Comme je voudrais pouvoir parler à chacune d’entre vous !

Exode17,3-7 - Psaume 94,1-2.6-9 - Romains 5,1-2.5-8 - Jean 4,5-42
dimanche 23 mars 2014.
 

Et à chacun, bien, sûr. Mais aujourd’hui, c’est une femme que Jésus rencontre et avec qui il s’entretient. Et c’est à Jésus, évidemment, que je pense en commençant ainsi.

Combien de personnes, en son temps, ont eu la chance de la Samaritaine ? Dix, cent ? Sans doute pas mille. Pourtant, nous pouvons le comprendre à l’exemple de cette rencontre d’aujourd’hui, Jésus aurait voulu prendre le temps d’un échange personnel en tête à tête avec chacun de ses contemporains. Et même avec tout homme au monde !

Imaginez seulement un instant que cela vous arrive : un jour, comme cela, venu quelque part en un lieu peu fréquenté, vous vous retrouvez face à un homme qui vous demande à boire. Et qui poursuit la conversation avec vous, sur votre vie, vos drames et vos histoires d’échecs ou de ruptures, et vous propose l’eau vive que lui seul peut donner ?

Comprenons-le bien : chaque fois que nous vivons un dialogue en vérité avec l’un de nos contemporains, Jésus peut être là, en l’un ou en l’autre, peut-être en chacun tour à tour, avide de nos confidences pour mieux s’offrir lui-même à notre soif d’Esprit et de Vie.

Car il est mort pour chacun, et il est ressuscité : c’est pourquoi sa présence est possible en tout disciple, elle est certaine en tout chrétien qui se montre digne de ce nom. À quelles conditions cela peut-il se produire ? D’abord, Jésus parle d’en bas. Il est demandeur, en désir. Il ne laisse pas tomber son intérêt pour l’autre depuis la hauteur de sa suffisance.

Il est en mission, envoyé par le Père : c’est le Père qui recherche des adorateurs en esprit et en vérité. Jésus ne fait que la volonté de celui qui l’a envoyé, c’est sa nourriture.

Il est fidèle au projet de Dieu tel qu’il s’est déjà déroulé historiquement. Il ne « fonde pas une nouvelle religion » : il est « assis sur la source de Jacob ». Il confesse que « le salut vient des Juifs ». Il ne prétend pas proposer enfin ce qui va marcher ! Il s’appuie sur ce que d’autres avant lui ont fait, ceux qui ont « pris de la peine », et s’en remet à ce que d’autres après lui feront, les disciples qu’il envoie à la moisson.

Tout « succès apostolique » est le salaire (« Sykar » signifie « salaire » en hébreu) de son sacrifice (« fatigué par la route » traduit ce qui en grec est littéralement « épuisé par l’œuvre du passage »). Car il est mort pour les pécheurs, « pour les coupables que nous étions ». Ainsi Jésus « s’est fait pauvre » concrètement pour rejoindre la vie de cette femme, lui qui est le Fils de Dieu de toute éternité. Le pape François en parle avec conviction dans son message de carême.

Alors je demande : « Le Seigneur est-il vraiment au milieu de nous, ou bien n’y est-il pas ? » Oui, certes, il y est, car il est vraiment ressuscité. Et il voudrait parler à chacun comme à la Samaritaine. Nous lui donnons ce bonheur chaque fois que nous tenons entre nous un dialogue digne de lui sur le don de Dieu dans nos vies.