Dimanche 30 mars 2014 - Quatrième dimanche de Carême Année A - Deuxième scrutin pour les catéchumènes adultes

Délit d’initié

1 Samuel 16,1b.6-7.10-13a - Psaume 22,1-6 - Éphésiens 5,8-14 - Jean 9,1-41
dimanche 30 mars 2014.
 

Je commets un délit d’initié quand je profite du fait que, en raison du poste que j’occupe, je sais ce que tout le monde ignore. Car c’est injuste.

En tout cas, on ne peut rien reprocher de tel aux pharisiens de l’évangile. Le nom de « pharisien » signifie en hébreu « séparé ». En effet, ils prétendaient se « séparer » de l’ignorance religieuse du peuple par leur connaissance approfondie de la Loi. Face à eux, l’aveugle-né représente au contraire les païens et les membres réprouvés du peuple, pécheurs publics ou disgraciés, qui n’ont aucun savoir des Écritures ou de la parole de Dieu. Or, non seulement c’est lui, l’aveugle, qui va accéder progressivement à la connaissance religieuse parfaite dans la confession de Jésus comme Messie, mais encore, dans le même temps, les pharisiens vont s’enfoncer dans l’obscurité du rejet. Au lieu de profiter du savoir et de l’intelligence qui étaient leur privilège pour discerner l’identité de Jésus, ils s’en servent pour s’opposer peu à peu à l’évidence de la vérité, comme une armée qui se dresse contre son roi.

Ce que décrit notre évangile est d’abord un fait historique : le peuple juif, sous la conduite de ses élites, les pharisiens, après une période de discussions et d’hésitations, s’est établi dans un refus décidé de reconnaître la messianité de Jésus. Dans le même temps, l’Église s’est ouverte à une multitude de croyants venus du paganisme qu’aucune préparation d’Alliance ne disposait à recevoir la foi au Christ. Devant ce mouvement paradoxal, deux questions se posent : comment cela est-il arrivé à l’époque et quelle leçon devons-nous en tirer pour aujourd’hui.

La raison de l’endurcissement des pharisiens est donnée ailleurs dans les évangiles : la jalousie. En somme, la prédication de Jésus et son action venaient contrarier directement les intérêts et les sentiments des chefs du peuple. C’est pourquoi ils n’ont pas voulu croire, comme le dit notre évangile d’aujourd’hui.

Ce qui leur est arrivé est de portée très générale. Nous sommes tous gouvernés par nos passions et nos besoins, nos peurs et nos envies. Nous croyons juger objectivement et raisonner correctement, mais nous croyons ce que nous avons envie de croire et nous rejetons ce qui nous déplait. Nous sommes sous l’influence du « père du mensonge » qui profite de nos faiblesses pour s’insinuer en nos pensées. Quiconque demeure dans l’illusion contraire est semblable aux pharisiens de l’évangile qui sont d’autant plus décidément aveugles qu’ils prétendent voir.

À l’inverse, l’aveugle-né qui ne dispose que de son bon sens et de son expérience se laisse conduire vers la vérité, au point qu’il en vient à damer le pion à ses juges à qui il fait même la leçon : « Comme chacun sait, Dieu n’exauce pas les pécheurs, mais si quelqu’un l’honore et fait sa volonté, il l’exauce. » Qu’est-ce qui lui vaut cette capacité à reconnaître la vérité alors même que cela va contre ses intérêts et sa sécurité puisqu’il s’expose à « être exclu de la synagogue » ? Le baptême dont l’ablution à la piscine de Siloé est l’image.

Seul le baptême, en effet, libère notre intelligence, notre raison, qui en a besoin comme tout notre être. Seul le Christ qui est « le chemin, la vérité et la vie » est plus fort que l’ennemi, « menteur et homicide dès l’origine ». Ainsi, saint Paul le persécuteur, pharisien des plus instruits dans la Loi et des plus habiles à la commenter, est passé par le renversement, la cécité et le baptême pour devenir l’Apôtre des nations.

Chers amis catéchumènes, comme nous tous, vous avez besoin des sacrements de l’initiation chrétienne, baptême, confirmation et eucharistie, pour être arrachés à l’ignorance et au mensonge qui tiennent les hommes éloignés de leur Créateur, pour devenir, par la foi, les disciples de la Vérité.

Chers frères dans le Christ, prenons-y bien garde : le plus grave de tous les délits d’initié, la plus grande injustice, c’est de porter le nom de chrétiens et de ne pas faire servir la connaissance suprême de la foi à l’annonce de l’Évangile aux hommes à qui il est destiné, comme à nous-mêmes, pour les établir dans la Lumière de Dieu qui est Amour.