Dimanche 6 avril 2014 - Cinquième dimanche de Carême Année A - Troisième scrutin pour les catéchumènes adultes

Demandez la vie !

Ézéchiel 37,12-14 - Psaume 129,1-8 - Romains 8,8-11 - Jean 11,1-45
dimanche 6 avril 2014.
 

Faites-vous parfois une telle prière ? Pour vous-même ou pour d’autres ? Sans doute cela nous arrive-t-il à tous, en cas de maladie grave ou de grand danger. Mais alors, ce que nous demandons est la vie sauve. Pensons-nous que celui qui peut sauver la vie est aussi celui qui la donne sans cesse ?

Jésus aujourd’hui appelle Marthe à croire cela. Marthe et Marie, en fait. Car les deux sœurs, ici comme ailleurs dans l’évangile, me semblent constituer les deux faces d’une même médaille. La femme active et la contemplative ne s’opposent pas en deux types séparés, elles se complètent plutôt. D’ailleurs, dans notre récit, soit elles sont prises en bloc, soit elles se passent le relai. Cela ne nous arrive-t-il pas, notamment dans une grande épreuve, d’être à la fois celui qui fait face et accomplit tous les actes nécessaires et, dans le même temps, l’être anéanti qui s’effondre sous la douleur ?

La profession de foi de l’active Marthe semble parfaite à beaucoup de commentateurs. D’autres, dont je suis, l’estiment au contraire très défectueuse. Jésus lui demande de croire qu’il est la résurrection et la vie. À cela elle répond qu’elle a toujours cru qu’il est le Messie, et tourne les talons pour appeler sa sœur. Marthe ne considère la résurrection promise que comme un lot de consolation. Ce qu’elle voudrait, c’est la vie de Lazare maintenant, telle qu’elle vient de lui être enlevée : elle voudrait, elle aurait voulu, sa vie sauve.

Pourtant, malgré tout, ses mots comportaient une ouverture vers la foi. D’abord parce que le reproche « Si tu avais été là mon frère ne serait pas mort » implique quand même la conviction que la présence de Jésus est la vie. Ensuite parce que son affirmation que « maintenant encore » le Christ peut tout obtenir de son Père manifeste que son espérance en lui n’est pas morte. Mais voilà que, quand Marie reprend les mots de reproche de sa sœur, elle s’arrête là, omettant la dernière ouverture. C’est la raison de « l’émotion profonde » qui saisit Jésus, et que les termes grecs employés donnent à comprendre comme un mouvement de colère. En effet, le Seigneur est saisi d’horreur devant l’incroyance même de ses disciples les plus proches, car ce manque de foi signifie la victoire du péché qui est l’aiguillon de la mort.

La foi parfaite, c’est de croire que Jésus est maintenant « la résurrection et la vie ». La vie, ici, est plus que la résurrection, celle de Lazare qui ne l’empêchera pas de mourir plus tard. C’est « la vie en abondance » que le Seigneur est venu apporter aux hommes. La foi respirant par la prière obtient la présence de Jésus qui est cette vie, maintenant et pour toujours. C’est pourquoi beaucoup semblent vivants qui sont mort en eux-mêmes, car ils cherchent dans les biens d’ici-bas une abondance trompeuse, un surcroît de vie qui, par les maléfices du prince de ce monde, n’échappe pas à la corruption de la terre. Tandis que d’autres qui sont morts aux yeux des hommes vivent pour Dieu, car ils dorment dans le tombeau du Seigneur avec lui qui est la vie plus forte que la mort.

Cette vie, chers amis catéchumènes, qui vous sera donnée dans la nuit de Pâques prochaine, demandez-la maintenant. Laissez-vous purifier de toutes vos complicités avec la mort que sont vos désirs anciens et les passions mondaines. Laissez-le chasser de votre cœur les suggestions du mauvais dont vous avez à être libérés, comme tous les vivants de ce monde. Laissez-vous exorciser des prestiges du diable qui vous tente à coups de fausses promesses de vie supérieure.

Avez-vous remarqué que Jésus rend grâce au Père de l’avoir exaucé tandis que Lazare est encore dans son caveau ? D’abord, cela signifie que la vie éternelle est donnée au mort avant même qu’il ne revienne pour un temps à sa vie passée. Ensuite, nous devons entendre que le Père qui exauce la prière du Fils commence par lui donner cette prière qu’il veut exaucer. Or, cette prière nous est donnée dans le Notre-Père quand nous y demandons le pain : pain quotidien, certes, mais aussi pain « suressentiel », eucharistique, nourriture des enfants de Dieu renés d’en haut pour n’avoir plus jamais à mourir.

Frères bien-aimés, puisque cette prière nous est donnée, demandons pour eux et pour nous-mêmes cette vie éternelle qui s’est manifestée dans le Christ et que le Père veut offrir à tous.