11 mai 2014 - Quatrième dimanche de Pâques

Le berger n’est pas un mouton

Actes 2,14a.36-41 - Psaume 22,1-6 - 1 Pierre 2,20b-25 - Jean 10,1-10
dimanche 11 mai 2014.
 

La littérature enfantine se plaît à mettre en scène des animaux parés de traits humains, petits cochons et grand méchant loup de notre tradition, souris ou canards américains de notoriété universelle. Mais c’est pour rire. Tout le monde sait que, même doté de super pouvoirs, un mouton resterait une bête.

Les super pouvoirs, d’ailleurs, sont un thème de l’imagination infantile : téléportation, invisibilité, transformation sont des rêves d’enfants qui passent mal le mur de la réalité. Et même si l’on parvenait par des moyens techniques à doter un homme de telles capacités, cela ne ferait pas de lui un surhomme, un être au-dessus de son espèce.

Il est vrai que, quand des hommes sont dotés de grands pouvoirs, leur tentation est grande de se prendre eux-mêmes pour des aigles ou des lions, autrement dit de grands prédateurs, et de considérer, du haut de leur bureau, les administrés comme des lapins et des pigeons. La foule, d’ailleurs, les y encourage, tant elle se plaît à idolâtrer ses chefs et ses héros qu’elle qualifie au demeurant volontiers d’extra-terrestres. Ainsi les dieux des païens ont souvent pris la forme d’animaux monstrueux.

Jésus ressuscité, certes, passe à travers les portes, apparaît ou disparaît comme il lui plaît et se trouve en autant de lieux qu’il veut. Mais il est toujours un homme, un être de notre nature, il l’est pour l’éternité. Quand le Seigneur se révèle à Israël comme son pasteur, il clame : « Je suis Dieu, pas un homme ! » Mais justement parce qu’il est saint et fidèle, il est allé jusqu’à donner son Fils qui peut nous révéler : « Je suis homme, et pourtant Dieu en vérité. » Ainsi, celui qui est notre bon Berger pour toujours est un homme comme nous, sauf qu’il est Dieu fait homme.

Il s’est fait homme précisément pour nous libérer de ce qui nous porte à devenir des loups les uns pour les autres. Il veut nous rendre pleinement humains, nous qui ne le sommes plus depuis que nous avons cédé au péché. Or, le chemin de notre salut est tel que, dans son immense miséricorde, non seulement Dieu restaure notre humanité, mais il l’élève en nous accordant sa divinité : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme soit fait Dieu ». Cette transformation radicale s’accomplit par le baptême dans la mort et la résurrection du Christ. C’est pourquoi Jésus nous dit aussi aujourd’hui : « Je suis la porte ». Le baptême est la porte des sacrements, la porte de la vie chrétienne, c’est-à-dire de la Vie. Cette porte, c’est sa Pâque, c’est lui-même.

Pour servir son œuvre de salut, il choisit parmi ses brebis ceux qu’il va donner comme bergers à son peuple. Ceux-là restent des hommes, mais l’Esprit Saint leur est donné précisément pour les qualifier dans leur mission de bergers. Ce même Esprit est répandu sur tout baptisé, non pour qu’il cesse d’être un homme, mais pour lui donner le pouvoir de devenir enfant de Dieu. C’est-à-dire de se comporter en saint. Telle est notre vocation sainte, notre vocation baptismale, qui n’est autre que de devenir pleinement homme, avec l’humilité même du Seigneur, en revêtant sa divinité.

Bergers ou non dans le peuple de Dieu, nous sommes tous des brebis du Seigneur, et c’est notre bonheur.