Jeudi 29 mai 2014 - L’Ascension du Seigneur Année A

Il a le pouvoir. Mais a-t-il le mode d’emploi ?

Actes 1,1-11 - Psaume 46,2-3.6-9 - Éphésiens 1,17-23 - Matthieu 28,16-20
jeudi 29 mai 2014.
 

On pourrait s’interroger ainsi au sujet de bien des personnes de la vie publique actuellement. Un bon mode d’emploi répond d’abord à la question : « À quoi ça sert ? » ; ensuite il dit comment s’en servir. Si les moyens compromettent les fins, il faut revoir la méthode. Par exemple : si, pour élever un enfant, vous commencez par lui taper sur la tête en permanence, il ne faut pas vous étonner de ne pas y arriver.

C’est pourquoi Jésus a d’abord « appris par les souffrances de sa passion » : la maîtrise de soi, la patience, la bonté, la bienveillance pour ceux mêmes qui le tourmentaient. Pour cela, il a choisi d’assumer l’impuissance de notre humanité, sa faiblesse et sa fragilité. Maintenant il nous dit : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre ». Mais il n’oublie pas le mode d’emploi.

D’abord, pourquoi faire ce pouvoir ? Pour nous élever, nous les enfants de son Père, jusqu’à la divinité. Ensuite, comment ? Toujours avec patience et bonté, par amour pour nous et notre liberté. Il sait à qui il a affaire, et de quoi nous sommes pétris. Nous avons entendu, dans l’évangile : « ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes ». On pourrait traduire aussi : « ils se prosternèrent, mais ils eurent des doutes ». Et je crois que c’est plutôt le sens.

Le verbe grec employé, « distazô », peut signifier « douter », mais aussi « hésiter ». Or, en français, nous faisons la différence entre le doute, qui est défiance, et l’hésitation qui peut venir de l’erreur, de l’ignorance ou de la peur. De même, dans le Notre Père, la traduction de « ne nous soumets pas à la tentation » a été revue, mais pas au bon endroit ! Le problème est le mot grec « peirasmos » qui peut signifier la tentation - le fait que le diable essaie de nous faire pécher - ou l’épreuve, le simple fait que nous soyons éprouvé par toute sorte de malheur. Dieu ne nous « tente » pas, mais il peut nous envoyer à l’épreuve comme pour une mission : c’est ainsi que Jésus a reçu sa passion.

Jésus lui-même a hésité à la veille de sa passion sur le chemin qu’il devait prendre. Mais il n’a jamais douté de l’amour de son Père ni voulu autre chose que sa volonté. Quant à nous, non seulement nous connaissons la fragilité et la faiblesse qu’il a voulu partager avec nous, mais en plus nous pouvons trahir et renier. C’était la condition des Apôtres avant la Pentecôte, mais aussi après, et c’est encore la nôtre. Le pape François, récemment, affirmait : « Je me suis trompé, et je me trompe encore. » Et, peu après son élection, à un journaliste qui lui demandait : « Qui êtes-vous ? », il répondait : « François est un homme pécheur. » Nous ne valons pas mieux que lui !

Mais le pouvoir de Jésus est de nous pardonner, de nous relever, de nous fortifier et de nous sanctifier pour que nous puissions vivre en amitié avec lui et accomplir notre mission. Il a réussi à faire, de ce petit groupe d’Apôtres adorant mais « doutant », les témoins efficaces de son Évangile jusqu’au bout de la terre. Il saura faire de nous les artisans de son œuvre de salut, si seulement nous acceptons sa grâce.

Le mode d’emploi, nous le connaissons. Le but : il est venu pour donner à tout homme venant en ce monde le pouvoir de devenir enfant de Dieu. Le moyen : recevoir le baptême et pratiquer ses commandements. Pour cela, une seule méthode : prier ardemment le Père de nous envoyer l’Esprit Saint, au nom du Fils !