Dimanche 13 juillet 2014 - 15e Dimanche Année A

C’est bien ce que je pensais !

Isaïe 55,10-11 - Psaume 64,10-13.12b.14 - Romains 8,18-23 - Matthieu 13,1-230
dimanche 13 juillet 2014.
 

Quelle satisfaction quand les faits me donnent raison ! Au point que je suis tenté de forcer un peu sur l’interprétation. Par exemple : « - Veux-tu du chocolat blanc ? - non merci, je préfère le noir - C’est bien ce que je pensais, tu es raciste. » D’un autre côté, on peut aussi jouer volontairement sur les double sens.

C’est bien ce que fait Jésus dans l’évangile, puisque les paraboles appellent un tel décodage. Lui-même aujourd’hui commente celle du semeur en attribuant à chaque terme une clé de compréhension. Mais pourquoi n’a-t-il pas donné d’emblée sa leçon en clair ? Voilà bien la question des disciples : « Pourquoi leur parles-tu en paraboles ? » Au fait, avez-vous compris la réponse du Seigneur ? L’avez-vous seulement « entendue » ?

En bref, Jésus affirme : « C’est parce qu’il ne comprennent pas ». Telle serait la raison de leur parler, en plus, en forme énigmatique ? Mais ils n’en comprendront que moins ! Chez Marc et Luc, la réponse de Jésus est plus logique : « C’est pour qu’ils ne comprennent pas ». Mais elle n’en est que plus surprenante : le maître parle donc pour ne pas être compris ?

En fait, la suite chez Matthieu le montre bien, ils ne comprennent pas parce qu’ils ne veulent pas comprendre. Alors la « stratégie » de la Parole est limpide : la forme énigmatique impose de découvrir que l’on ne comprend pas et place l’auditeur devant la nécessité de consentir un effort d’attention et de réflexion. Bien plus, elle lui révèle le motif profond de sa résistance : le préjugé contre Dieu que lui souffle « le pouvoir du néant » dont parle saint Paul dans la deuxième lecture. Ainsi, au livre de la Genèse, le récit d’Adam et Ève au Jardin passe pour bien connu : Dieu a mis au milieu l’arbre défendu exprès pour qu’ils désobéissent ! Tout cela pour le plaisir de les punir et de les maintenir dans un état de sujétion et d’infériorité. Bien sûr, une lecture attentive révèle que le texte affirme le contraire. Mais il est écrit de telle manière que la lecture fausse est facile : le lecteur s’y livre d’autant plus volontiers que « c’est bien ce qu’il pensait, Dieu est pervers » !

Tout le travail de l’Écriture est pour démasquer l’œuvre du Mauvais dans ce soupçon sur Dieu qui nous mine et entraîne tout autre malheur au monde. Et le Christ donne sa vie sur la croix pour nous en guérir. Il est lui-même la Parole qui descend du ciel, prophétisée par Isaïe, et n’y retourne pas sans avoir accompli sa mission : notre conversion.

Quand je me laisse aller comme tout le monde au vieux soupçon qui a nom « péché originel », je pense que tout le malheur qui nous arrive prouve bien que Dieu est méchant, ou même qu’il n’est pas du tout.

Mais quand j’ai reconnu, en scrutant les Écritures en Église, que les pensées de Dieu ne sont pas mes pensées, quand je donne mon assentiment de foi à la Parole entendue, je découvre toujours à nouveau que Dieu aime chacun et tout le monde.

Alors, je m’écrie : « C’est bien ce que je ne pensais pas », et j’en rends grâces à Dieu dans la grande assemblée qui célèbre l’Eucharistie de Jésus Christ donnant sa vie par amour pour le monde.