Dimanche 20 juillet 2014 - 16e Dimanche Année A

Il est temps de se décider pour le camp de son cœur

Sagesse 12,13.16-19- Psaume 85,5-6.9-1015-16a - Romains 8,26-27 - Matthieu 13,24-43
dimanche 20 juillet 2014.
 

Décision et compromis semblent s’opposer. Pourtant, toute décision, ou presque, suppose des compromis. Quelle solution ne comporte pas du pour et du contre ? Nous l’adoptons à cause du pour et malgré le contre. Sans oublier les contraintes qui limitent nos possibilités de choix. Au point, parfois, que notre décision soit prise à contre cœur. Un banquier, par exemple ouvre son coffre sous la menace d’une arme, jugeant raisonnable de ne pas exposer sa vie pour défendre l’argent. Il ne s’exécute pas sans réticences profondes, mais il se rend à la nécessité et l’assume.

Dieu lui-même, visiblement, se trouve dans une situation semblable, puisqu’il supporte le mal qui est dans le monde. Nous ne pouvons guère nous figurer quel genre de contraintes s’imposent ainsi au Tout-Puissant, nous savons seulement qu’elles relèvent de l’amour qu’il éprouve pour nous, ses créatures, et par voie de conséquence du respect pour notre liberté. Jésus nous le dit en parabole : arracher l’ivraie du monde maintenant serait détruire aussi ce qu’il veut sauver.

À plus forte raison, nous qui sommes faibles et pécheurs, nous ne devons pas prétendre supprimer d’un coup tout mal dans la société, chez les autres ou en nous-mêmes. Lorsque nous employons la force, fût-ce pour une cause légitime et avec les meilleures intentions, gardons toujours à l’esprit cette limite radicale. Il ne suffit pas de supprimer un dictateur ou de renverser une tyrannie pour éradiquer les maux dont souffre une société ou une nation.

De même, les nouveaux convertis sont tentés de réaliser aussitôt un programme de vie parfaite qui les purifie une fois pour toutes de leurs mauvais penchants. La vieille expérience de l’Église, en particulier dans la vie religieuse, est là pour nous rappeler à plus d’humilité et de patience dans nos ambitions spirituelles. À plus forte raison devons-vous redoubler de prudence et de mansuétude dans nos entreprises de convertir autrui. Cette sagesse ne doit pas être confondue avec un fatalisme plus ou moins cynique dont la maxime serait : « rien n’est blanc ni noir, tout est gris, et tant mieux ou tant pis ». La prudence ne nous condamne pas non plus au relativisme défaitiste de ceux qui baissent les bras sous prétexte « qu’on n’y peut rien » et que « de toute façon, ce qui est bien pour les uns est mal pour les autres ». Ces vertus nous commandent seulement de combattre avec intelligence.

Le premier travail porte toujours à nouveau sur l’être intérieur. Chacun doit se poser sans cesse la question : suis-je moi-même vraiment résolu au bien ? Ai-je au fond de moi l’amour pour tout être, la compassion pour toute chair souffrante et pour tout esprit tourmenté ? Je suis le plus souvent impuissant devant les misères du monde, proches ou lointaines. Mais je peux toujours rejoindre dans le sanctuaire de mon âme celui qui a créé le monde et chaque vivant par amour. Et, là, renouveler mon acte de foi en sa sainteté, lui qui ne veut ni ne commet aucun mal, en sa compassion, lui qui a donné son Fils jusqu’à la croix pour le moindre d’entre nous, en sa toute-puissance, enfin, lui qui patiente jusqu’à la fin des temps pour établir toute justice.

C’est ainsi que j’ouvre la porte à l’Esprit Saint, le trésor de Dieu pour l’Église et pour le monde. Et, là où est mon trésor, là aussi sera mon cœur. Quand je ne peux rien faire d’autre, et plus encore si je dispose de capacités d’agir, je dois d’abord décider mon cœur pour le camp de Dieu, sans hypocrisie ni réserves d’aucune sorte. Et si, à cause de contraintes extérieures ou par faiblesse personnelle, je me trouve objectivement participer au camp du mal, que monte de mon cœur la plainte du monde et l’appel ardent à la miséricorde. Pleurons donc avec le Christ en sa passion sur le péché du monde afin de resplendir avec lui de sa résurrection qui remporte toute victoire sur le mal.

Dans l’attente du dernier Jour où il n’y aura plus ni larmes ni deuil, il est temps de fondre notre cœur dans le cœur du Seigneur et son action de grâces au Père qui l’exauce toujours pour sauver le monde.