Dimanche 3 août 2014 - 18e Dimanche Année A

Que ressentez-vous des brûlures du monde ?

Isaïe 55,1-3 - Psaume 144,8-9.15-18 - Romains 8,35.37—39 - Matthieu 14,13-21
dimanche 3 août 2014.
 

Le monde brûle. Ce n’est pas la première fois, mais chaque drame est nouveau, et c’est une nouvelle litanie de tragédies qui ensanglante la terre. Chaque brasier fascine ses lointains spectateurs : la curiosité pousse certains à s’en rapprocher, la compassion, parfois, à y plonger. L’horreur et la pitié, plutôt, forcent la plupart à détourner le regard. Difficile est d’adopter la juste distance qui permet de se protéger comme il est légitime, tout en accordant l’attention nécessaire au malheur des autres pour trouver les voies possibles d’un secours efficace.

Pourquoi Jésus prend-il aujourd’hui une barque pour se retirer à l’écart dans un endroit désert ? Sans doute, comme il en a l’habitude, pour prier son Père dans le secret. Quel mystère que la prière du Seigneur ! Le Verbe éternel et Maître du monde a dû, comme nous, égrener les mots des formulaires en vigueur de son temps, ceux qu’il avait appris sur les genoux de sa mère, et les noms de ses familiers plus ou moins frappés par les épreuves ou la maladie, ainsi que la liste des drames de l’actualité avec leurs victimes.

Mais l’écart d’aujourd’hui en évoque un autre qui ne fut pas seulement volontaire : le déchaînement de haine et d’hostilité qui conduisit ses contemporains à le jeter hors de la ville pour l’expulser du monde des vivants par le pire des supplices. Ressuscité, il se montra vivant à ses disciples et les envoya prêcher la Bonne nouvelle au monde, en sorte que beaucoup en mémoire de lui se groupèrent autour d’eux pour former ce peuple nouveau qui est con corps. L’épisode évangélique que nous venons d’entendre préfigure cet événement imminent, en particulier le repas eucharistique que devaient bientôt servir les Apôtres aux foules affamées de Dieu.

Il en est ainsi, aujourd’hui, frères. Si nous sommes rassemblés ici, c’est pour faire mémoire de Jésus Christ, de sa vie tout entière vouée à la rédemption des hommes jusqu’à sa Passion bienheureuse, de sa résurrection et de son ascension à la droite du Père d’où il viendra à la fin des temps. Désormais, il est « à l’écart des pécheurs », comme le dit la lettre aux Hébreux, mais il n’est pas inaccessible pour nous. Ce que nous avons entendu s’accomplit : nous faisons partie de ces foules qui ont appris la Nouvelle au sujet de Jésus et qui ont quitté leurs demeures pour le suivre jusqu’à son Eucharistie.

Avec nous, c’est le monde entier qui rejoint le Seigneur, là où il est à l’écart auprès de son Père, car il demeure notre intercesseur auprès de lui. Il porte dans sa prière suprême toute la brûlure du monde, aujourd’hui et chaque jour jusqu’à la fin des temps. Pour cette raison le Concile Vatican II a voulu ranimer la pratique de la prière universelle. Certes, les memento prononcées par le prêtre pour les vivants et pour les morts dans la prière eucharistique assument en toute messe cette fonction essentielle d’intercession pour l’Église et pour le monde. Mais il est fort utile que l’assemblée s’y associe plus activement par la formulation d’intentions particulières et le chant d’un refrain qui rassemble les voix et les cœurs dans une supplication fervente, surtout à la messe du dimanche.

Pas plus que le Seigneur, en s’éloignant des pécheurs, ne s’est coupé d’eux, nous ne saurions faire de ce temps privilégié de la messe dominicale une façon de fermer notre cœur et nos sens aux brûlures de nos frères. « Donnez-leur vous-mêmes à manger », dit-il aux disciples. Nous qui partageons le pain des forts, nous devons puiser dans cette nourriture de vie éternelle l’intelligence et l’ardeur pour venir au secours de nos contemporains, selon nos capacités et les appels de l’Esprit.

Nous sommes les témoins de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur pour ce monde qui brûle : il est « saisi de pitié » pour lui et pour les hommes, pour leurs souffrances et leurs infirmités. Et cet amour a le pouvoir, par le service de nos mains, d’éteindre les brasiers et de guérir tous les tourments des enfants de la terre.