Dimanche 10 août 2014 - 19e Dimanche Année A

Jésus n’a pas marché sur les eaux...

1 Rois 19,9a.11-13a - Psaume 84,9-14 - Romains 9,1-5 - Matthieu 14,22-33
samedi 9 août 2014.
 

Jésus n’a pas marché sur les eaux... d’habitude.

Sinon les disciples n’auraient pas été surpris ni effrayés, ils auraient dit : « Tiens, le revoilà qui marche sur l’eau. »

De même, il n’est pas mort sur la croix tous les soirs et ressuscité tous les matins. En la veille unique de la Passion, il n’a pas obtenu ce qu’il demandait dans la prière : « Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi ! »

Nous portons habituellement le poids des jours et des problèmes de la vie auxquels nous trouvons des réponses tant bien que mal. Mais parfois il n’y a pas de solution : le mal est irréparable, le pire est déjà arrivé ou semble inéluctable. C’est le moment de ne pas se tromper de prière. Voici comment procéder.

D’abord considérer dans son ensemble la Pâque du Christ : sa passion et sa résurrection. Se jeter à ses pieds avec sa peine et son angoisse, confesser son impuissance et toute faute commise, peut-être.

Ensuite, demander que, s’il est possible, la coupe passe au loin : que, par miracle, l’inéluctable soit conjuré, que, de façon complètement inattendue, la situation se dénoue soudain et tout à fait.

Ajouter aussitôt que, quoi qu’il en soit, notre désir essentiel reste de ne pas être séparé du Christ, que notre foi et notre confiance profonde demeurent en lui qui restera fidèlement avec nous jusqu’au bout, comme il l’a promis. Et que nous sommes résolus à assumer courageusement toutes nos responsabilités comme il nous reviendra de le faire.

Répéter cette prière avec insistance aussi longtemps que durent l’angoisse et l’attente. Et puis vivre de toute son âme ce qui finit par arriver : ou bien le miracle qui signe la miséricorde du Ressuscité nous arrachant aux griffes de la mort, ou bien la croix qui nous fait communier aux souffrances du Christ.

En fait, dans un cas comme dans l’autre, notre prière faite au nom de Jésus est toujours exaucée par le Père comme il l’a fait pour son Fils aux jours de sa chair : par la grâce de la résurrection obtenue par le sacrifice de la passion. Jusqu’au jour tant désiré de sa venue dans la gloire, l’une ne sera pas sans l’autre.

Ainsi, « marcher sur la mer » n’est pas moins souffrir en communion avec le Christ que jouir par lui de sa puissance de Ressuscité. L’impossible arrive autant dans la pureté du cœur indemne de haine ou de révolte malgré la fournaise de la souffrance que dans la grâce inespérée des incroyants qui fait échapper le fidèle au pire.

Voilà ce qu’il faut demander finalement à la suite de Pierre : « Seigneur, ordonne-moi de marcher vers toi sur les eaux ». Et nous pouvons même ajouter comme lui la clause « si c’est bien toi » : lui avait l’excuse que nous n’avons pas de vivre ce moment avant Pâques et Pentecôte. Mais le Seigneur est miséricordieux. Il le sera aussi si nous flanchons bientôt, nous enfonçant comme Pierre dans ce flot que domine le Christ, tandis même que nous n’avons pas son excuse.

Jésus n’a marché qu’une fois sur la mer. Une fois seulement il s’est offert au Père pour le salut de tous les hommes, et le Père l’a ressuscité une fois pour toutes. Mais nous offrons habituellement le sacrifice de la messe qui nous rend présent à chaque fois ce moment unique. De même, chaque fois que nous prions devant l’impossible pour passer ce moment dans l’amour du Christ, c’est lui-même qui en nous marche sur les eaux de la détresse et de la mort pour nous mener au ciel de sa délivrance et de sa grâce.