Dimanche 17 août 2014 - 20e Dimanche Année A

Pourquoi la réponse du berger à la bergère ?

Isaïe 56,1.6-7 - Psaume 66,2-3.5.7-8 - Romains 11,13-15.29-32 - Matthieu 15,21-28
dimanche 17 août 2014.
 

Pourquoi la réponse du berger à la bergère ?

La bonne réplique qui claque et clôt l’échange utilise, comme une prise de judo, la force de l’adversaire pour la retourner contre lui. L’expression « du berger à la bergère » suggère ce mouvement du semblable au semblable dont l’idée est déjà d’ailleurs contenue dans le mot « réplique » lui-même.

Avez-vous remarqué que la réplique finale de Jésus à la Cananéenne, « Que tout se fasse pour toi comme tu le veux », semble faire écho directement à la célèbre parole conclusive de l’échange entre l’ange Gabriel et la Vierge Marie : « Que tout se fasse pour moi selon ta parole » ? La foi et l’humilité parfaites rapprochent la Vierge de Nazareth et la mère éplorée du pays de Canaan.

Aujourd’hui, nous pouvons être choqués par la dureté du Christ à l’égard de la Cananéenne. Jésus commence par ne pas lui répondre, ensuite il déclare à ses disciples que son affaire ne le concerne pas, enfin il s’adresse directement à la femme, mais c’est pour lui décocher un refus insultant. Là encore le parallèle est possible avec Marie. Dans les synoptiques, elle est absente de la vie publique du Christ et n’y apparaît que dans le rôle peu flatteur de membre du groupe des frères de Jésus, écarté du cercle des disciples et déclarant à l’occasion que Jésus « a perdu la tête ». En Jean, « la mère de Jésus » est bien présente à Cana et à la Croix, donc au tout début et à la toute fin du ministère public, mais justement à Cana elle se fait rabrouer par son Fils : « Femme, qu’y a-t-il entre toi et moi ? »

Dans un cas comme dans l’autre, ce qui est en cause est un tournant crucial de la mission du Christ. D’abord sa manifestation à Israël, ensuite l’accomplissement de son ministère dans l’ouverture de la grâce et de l’Alliance aux nations païennes. Dans un cas comme dans l’autre, la résistance de Jésus dans l’affrontement avec la femme qui implore le salut montre qu’il se situe en parfait Serviteur du Père, attendant un signe manifeste de sa volonté pour agir avec puissance. Et ce signe, dans un cas comme dans l’autre, est la perfection de la foi et de l’humilité dans la prière pour obtenir la grâce et le salut. En effet, l’une et l’autre femme ont l’esprit de faire à Jésus la réponse de la bergère au berger. Le « C’est vrai, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres » de la Cananéenne venant après le « Faites tout ce qu’il vous dira » de la mère de Jésus aux serviteurs.

Voilà pourquoi, en fêtant l’Assomption de la Vierge Marie avant-hier, je me plaisais à imaginer que la parole d’aujourd’hui du Christ à la Cananéenne, « Que tout se fasse pour toi comme tu le veux », est celle par lequel le Seigneur a accueilli sa mère au ciel, couronnant ainsi la foi et l’humilité de celle qui avait répondu finalement à l’Ange : « Que tout se fasse pour moi selon ta parole ». En tout cas, tout se passe pour nous comme s’il en avait été ainsi, puisque désormais nous pouvons nous tourner vers la Vierge Marie pour l’implorer de nous faire grâce comme si c’était le Seigneur lui-même.

Mais, ce qui est sûr, c’est que le Seigneur a d’abord gratifié la Cananéenne de cette bénédiction sans pareille, comme nous venons de l’entendre. Ici s’atteste donc aussi le mystère dont parle saint Paul dans le passage de la lettre aux Romains que nous venons d’entendre en seconde lecture : la désobéissance des fils d’Israël est corollaire de la miséricorde faite aux païens, en sorte que ces derniers précèdent les premiers dans l’accueil du salut en Jésus Christ. Ce mystère était prophétisé notamment dans le passage d’Isaïe que nous avons entendu en première lecture : la Cananéenne de l’évangile figure tous ceux qui « s’attachent fermement à l’Alliance » du Dieu d’Israël par l’humilité et la foi qui sont la parfaite façon d’accomplir la justice et d’offrir le sacrifice qui plaît au Seigneur.

Qu’ainsi l’Église aujourd’hui encore annonce l’amour de Dieu pour tous les hommes, en bonne bergère de ses enfants qu’il a rassemblés en son Fils, le Bon Berger de toute humanité. Il lui répondra en exauçant toutes ses prières pour elle-même et pour le monde, et tout particulièrement pour les Juifs, ce peuple dont la fidélité au milieu des tribulations nous a valu de pouvoir connaître et adorer le Berger d’Israël dans l’Eucharistie de Jésus, son Messie.