Dimanche 24 août 2014 - 21e Dimanche Année A

Pourquoi est-ce lui, le Pape ?

Isaïe 22,19-23 - Psaume 137,1-3.6-8 - Romains 11,33-36 - Matthieu 16,13-20
dimanche 24 août 2014.
 

Personne n’est obligé de se poser la question, mais ce n’est pas interdit non plus. Et l’évangile d’aujourd’hui peut nous en donner l’idée. Or, je vois trois réponses qui paraissent des évidences mais n’en sont pas, à bien y réfléchir.

1. Parce qu’il en faut bien un

2. Parce que c’est le meilleur pour le poste

3. Parce que Jésus l’a choisi, lui, et pas un autre

1. En faut-il vraiment un ? Beaucoup de nos frères chrétiens ne le pensent pas. Il n’est donc pas inutile de savoir répondre à la question : « Pourquoi en faut-il un ? » Or, la réponse est simple : il en faut précisément un et un seul pour signifier concrètement et efficacement l’unité de tous. Le grand principe du peuple de Dieu se réplique à chaque niveau : paroisse, diocèse, Église universelle. À chaque fois, il y a un pasteur pour un troupeau et tous les pasteurs sont en communion avec le pasteur de tous, de sorte que tous soient en communion dans l’unique Seigneur Jésus Christ.

2. Est-il vraiment le meilleur pour le poste ? Là, la question est plus délicate. Les talents des uns et des autres sont multiples et magnifiques, les capacités de chacun remarquables. Mais aussi, tous sont pleins de défauts et chacun a ses faiblesses particulières. Au point, d’ailleurs, que le pape François a gardé sa devise « miserando atque eligendo », signifiant que le choix de sa personne était aussi une miséricorde pour son indignité. Finalement, pourtant, celui qui est choisi est sans doute le meilleur, compte tenu de tout et surtout de la situation actuelle du monde et de l’Église. Pour les trois derniers papes, en tout cas, il me semble que l’on peut être frappé de la façon dont la personnalité de chacun a correspondu, ou correspond, aux besoins du moment historique.

3. Enfin, est-ce vraiment Jésus qui l’a choisi ? Cette dernière question est la plus profonde et la plus redoutable. Comment ne pas voir que le processus qui aboutit à l’élection d’un Pape est une chemin humain, trop humain, où se mêlent et se croisent les ambitions et les carrières, les pressions et les passions, les compromis et les négociations. Comment l’Esprit Saint peut trouver son compte en tout cela, il nous est infiniment difficile de le dire. Pourtant, ne pouvons-nous pas attester, au moins pour ceux que nous avons connus, qu’il s’agit d’hommes profondément et définitivement attachés à la personne du Christ, capables d’entendre pour eux-mêmes l’écho de cette parole : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église » ?

Et puis, chers amis, ce mystère si impressionnant du choix de Pierre et de ses successeurs est aussi le nôtre. Chacun de nous se voit confier par le Christ le trésor de la foi, de cette foi qui sauve : elle triomphe des puissances de la Mort, elle délie du péché qui nous enchaînait au diable, elle nous attache les uns aux autres par l’amour de Dieu dans l’amour de Dieu même. Alors posons-nous la question : « Pourquoi est-ce moi à qui il est fait ce don ? Est-ce vraiment Jésus qui m’a choisi ? » Et la réponse est oui : le Christ Jésus a donné sa vie pour chacun de nous comme s’il était le meilleur, et même l’unique. Et, vraiment, chacun de nous est le meilleur pour le poste, pour la place que Dieu a préparé précisément pour lui. Et l’amour de Dieu pour chacun est tel que, vraiment, il lui faut précisément celui qu’il est : le Christ a eu soif de chacun sur la croix, et chacun est « l’adorateur que cherche le Père », comme dit Jésus à la Samaritaine.

Et chacun de nous porte l’Église entière dans sa foi et sa prière, en communion avec le Pape et tous les fidèles du monde et de l’histoire.