Dimanche 21 septembre 2014 - 25e Dimanche Année A

Le propriétaire inexcusable

Isaïe 55,6-9 - Psaume 144,2-3.8-9.17-18 - Philippiens 1,20c-24.27a - Matthieu 20,1-16a
dimanche 21 septembre 2014.
 

Dans la parabole des ouvriers de la onzième heure, la générosité dispendieuse du maître à l’égard des derniers embauchés ne compense pas sa mauvaise manière envers les premiers. Pire, sa façon de procéder pourrait donner à penser qu’il ne se montre large avec les uns qu’afin de mieux offenser les autres ! Sinon, pourquoi les oblige-t-il à subir d’abord le spectacle de la paie de ceux qui ont moins travaillé qu’eux ?

Alors, comment Jésus peut-il dire que le Royaume des cieux ressemble à un tel homme ? En fait, les Juifs du temps de Jésus pouvaient vraiment ressentir son annonce de l’Évangile comme une injustice de la part de Dieu. Les pharisiens se consacraient avec ardeur et constance à mettre en la Parole en actes, à « pratiquer les commandements ». Non seulement ils se gardaient de toute transgression de la Loi, mais ils accumulaient, avec les années, un trésor de « commandements réalisés ». Et l’Écriture entière atteste que le Seigneur ne manque pas de récompenser la fidélité.

La parabole peut donc s’interpréter comme une façon de dire : c’est vrai, de votre point de vue le Royaume des cieux ressemble à un homme qui agit de la sorte envers ses ouvriers. Et, s’il en est bien ainsi, inutile de lui chercher des excuses, il n’en a pas : vous avez raison de récriminer et de refuser le sort qui vous est fait. Alors, où se trouve la clef qui nous permettra de sortir de cette impasse ?

Bien sûr, c’est la fameuse « pièce d’agent », le denier, qui constituait en effet le salaire normal d’une journée d’ouvrier. Comment ne pas penser, en imaginant la file des travailleurs de la parabole venir en recevoir chacun une à la fin du jour, à nos processions de communion ? Quels que soient nos états de service, la « récompense » est la même : le corps du Seigneur tout entier offert dans la petite hostie, ou le fragment de la grande, que nous recevons à notre tour. Mes amis, ne prenons pas à la légère cette parabole. Comme celle du père prodigue, elle s’adresse surtout aux « chrétiens pour de bon » que nous sommes. Nous consentons des efforts, n’est-ce pas, et des sacrifices ? Nous qui avons reçu la Parole, nous serions des ingrats de ne pas le faire, et des tièdes : quelle horreur ! Mais alors, nous pouvons toujours être tentés d’attendre salaire et récompense pour notre labeur. En fait, nous avons raison, le Seigneur est juste et ne manque pas de nous rétribuer avec justice. Mais la vérité est que la récompense se trouve déjà dans le sacrifice, car c’est le Seigneur lui-même qui s’y donne avec nous.

Ce que nous donnons n’est pas négligeable pour nous. Et le Seigneur en tient compte, il prend en considération notre œuvre, au regard de nos possibilités. Mais à l’aune des hommes, ce n’est jamais qu’une « journée de travail » qui vaut un denier et pas plus. Tandis que ce que Dieu nous donne en échange est inestimable : c’est lui-même ! Et ce « denier » qu’est l’hostie représente en plus les mille et une manières qu’il a encore de se rendre présent dans nos vies.

Il est comme un père qui sait apprécier les efforts de ses enfants et leur consent juste récompense, mais dont l’amour les comble bien au-delà de leurs mérites. L’économie de l’amour divin assume la justice des hommes et la dépasse infiniment. S’il nous ne le voyons que comme un « homme propriétaire », Dieu reste injuste à nos yeux. Mais si nous reconnaissons en lui le Créateur de qui nous vient tout bien, nous découvrons dans son attitude envers nous une générosité qui déborde toutes nos attentes humaines.

Laissons donc la prodigalité de l’amour de Dieu révélée en Jésus Christ dissiper toutes nos rancœurs contre le « propriétaire inexcusable » qu’il peut paraître, et rendons grâce pour le « trop grand amour » de notre Père qui est aux cieux.