Dimanche 12 octobre 2014 - 28e Dimanche Année A - Fête de la Dédicace

« Tout se passe comme si... »

Isaïe 25,6-9 - Psaume 22,1-6 - 1 Pierre 2,4-9 - Matthieu 22,1-14
dimanche 12 octobre 2014.
 

Cette forme d’argument semble efficace mais elle risque de mener loin, jusqu’au procès d’intention. Par exemple : ce matin nous prenons tranquillement le temps de nous rassembler pour faire de la musique, chanter, dire et écouter des belles paroles... tout se passe comme si la violence et le malheur du monde nous laissaient indifférents !

Cette accusation se forme chaque jour dans le cœur des hommes contre Dieu depuis le début. Depuis que Caïn lui a répondu : « Est-ce moi, le gardien de mon frère ? » Autrement dit, où étais-tu, toi, Dieu tout-puissant, quand j’empoignais Abel et le massacrais ?

Mais, non contents de taxer Dieu d’indifférence, nous le déclarons auteur des événements terribles de notre histoire. Nous voyons dans nos malheurs des châtiments divins que nous contestons souvent comme excessifs ou injustes.

En effet, tout se passe parfois comme si c’était Dieu qui nous punissait. Par exemple : le peuple juif, dans son ensemble, n’a pas reconnu Jésus comme Messie et l’a livré à la mort par la main des Romains ; eh bien, quelques années plus tard, les Romains sont venus massacrer les Juifs et brûler Jérusalem avec le Temple.

N’est-ce pas ce que raconte la parabole des invités au festin ? Donc c’est bien Dieu qui a châtié son peuple de cette façon pour son crime ? Oui, si du moins Dieu est vraiment un roi colérique et impitoyable. Voilà ce que dit la parabole, au fond : si vous croyez que Dieu est un roi violent, vous verrez dans ces événements l’assouvissement de sa vengeance, puisque tout s’est passé comme si c’était le cas.

Mai si vous croyez vraiment qu’il a donné son Fils jusqu’à la mort de la croix pour le salut de tous, vous ne vous laisserez pas prendre aux apparences. Si vous dites que Dieu a puni les Juifs en leur infligeant tous ces malheurs, dites aussi qu’il a tué son Fils en le crucifiant. Mais si vous croyez que Dieu a librement supporté la violence des hommes et du Mauvais jusqu’à la croix du Fils par amour pour nous et pour nous sauver, alors ne pensez pas qu’il veuille ou qu’il cause aucun mal sur la terre.

Si vous jugez que Dieu veut envoyer les méchants en enfer, vous en verrez la preuve dans la fin de la parabole puisque « le roi » fait jeter l’homme dans les ténèbres. Mais si vous croyez que Jésus s’est laissé lier et jeter hors de la vie pour qu’aucun homme ne se perde, vous comprendrez que sa parole démasque nos mauvaises pensées pour mieux nous libérer des mensonges du démon.

La foi est une ligne de crête difficile et coûteuse à tenir. Sans cesse nous sommes tentés de retomber dans la négation de Dieu ou dans sa défiguration idolâtrique sous les traits d’un tyran de ce monde. Sans cesse les apparences tentent de nous tromper. « Les apparences » : un autre nom du diable.

C’est pourquoi Jésus a promis à Pierre, notre saint patron, que les portes de l’Enfer ne l’emporteraient pas sur son Église. Car le Christ est « le plus fort », vainqueur pour nous de toute tentation, et qui nous garde fermes dans la foi.

Vous le voyez, frères, contrairement aux apparences, nous ne sommes pas réunis ici par indifférence au sort du monde mais, bien au contraire, au cœur de l’action : au pied de la croix, nous reconnaissons celui qui enlève le péché du monde ; remplis de l’Esprit du Ressuscité, nous attestons qu’il le transforme et le sanctifie maintenant.

Nous sommes cette Église que nous fêtons aujourd’hui. Elle nous est confiée, héritage de nos Pères et promesse de vie pour les générations à venir. Si nous étions infidèles - ce qu’à Dieu ne plaise ! - si l’Église venait à disparaître, tout se passerait comme si le Christ n’avait jamais donné sa vie pour la nôtre.

N’allons donc, frères, plus jamais imputer aucune intention mauvaise à Dieu qui n’est qu’Amour. Prions plutôt et agissons afin que tout se passe, pour nous et pour tous les hommes, selon les promesses du Christ.