Dimanche 19 octobre 2014 - 29e Dimanche Année A

Acheter une paix équitable : tel est le mot d’ordre de toute bonne politique

Isaïe 45,1.4-6a - Psaume 95,1a.3-4.5b.7-8a.9a.10ac - 1Thessaloniciens 1,1-5b - Matthieu 22,15-21
dimanche 19 octobre 2014.
 

Acheter une paix équitable : nous nous y efforçons à tous les niveaux parce que les conflits surgissent partout : au travail, en famille, entre amis ou conjoints... heureux ceux qui parviennent à les aplanir de façon satisfaisante, ou du moins acceptable, pour tous ! Les Romains de l’Antiquité étaient passés maîtres en cet art. Au temps d’Auguste, le premier empereur, la faculté d’imposer à tous les peuples une soumission acceptable atteignit son apogée, au point que le Sénat fit bâtir en son honneur sur le champ de Mars, dieu de la guerre, un autel dédié à la paix « auguste ».

Un siècle auparavant, au temps des Macchabées, les Juifs avaient d’ailleurs fait alliance avec Rome, au prix d’un présent précieux : un bouclier de 44 kilos d’or. Mais, par la suite, ils se montrèrent plus remuants et furent d’abord réduits à une vassalité moins honorable. Jésus naquit sous Auguste, Hérode étant « roi des Juifs » par la grâce de Rome dont il était un « client ». Enfin, au temps de la vie publique du Seigneur, la main de l’occupant s’étant faite plus lourde, Hérode Antipas, fils d’Hérode le Grand, n’était que tétrarque de Galilée et de Pérée. Les « partisans d’Hérode » de notre évangile prétendaient être de bons juifs mais ils jouaient sans vergogne le jeu de la collaboration avec Rome. À l’inverse, les pharisiens estimaient religieusement inadmissible cette domination ; ils étaient pourtant contraints de s’y soumettre.

Et voilà que ces adversaires irréconciliables s’associent ponctuellement pour prendre en tenaille leur ennemi commun : Jésus. Ou bien il déclare son refus de payer l’impôt à César et les hérodiens le font arrêter comme séditieux, ou bien il admet qu’il l’accepte et les pharisiens peuvent le dénoncer comme infidèle. Mais sa réponse, aussi sublime que sibylline, renvoie ses agresseurs à leurs propres contradictions et laisse une marge suffisante d’interprétation pour qu’en toute hypothèse on ne puisse le prendre en défaut. En réalité, Jésus le sait mieux que personne, il n’existe pas de ligne de démarcation entre le domaine de César et celui de Dieu : d’un côté, nul ne saurait exclure Dieu d’aucune région de l’être, de l’autre, toute réalité terrestre relève ici-bas, au moins pour une part, de César.

La sagesse s’attache à trouver, autant que possible et sans trahir la foi, un modus vivendi, une « paix équitable », entre les exigences religieuses et les contingences de ce monde : « Heureux les artisans de paix ». Le Seigneur nous en donne ici un exemple magistral, d’autant mieux qu’il évite ainsi parfaitement de donner prise à ses ennemis. Au point qu’il n’auront d’autre solution pour l’éliminer que de l’arrêter nuitamment afin de lui intenter un faux procès et de le faire mettre à mort de la plus injuste façon. Mais la liberté de Dieu a transformé le bois du supplice en lieu du sacrifice : là, en effet, est le véritable autel de la paix parfaite.

Sachons donc, frères bien-aimés, garder la pureté de la colombe en agissant avec la prudence du serpent, puisque le Seigneur lui-même se fait ici notre modèle en la matière. Alors nous donnerons au monde un témoignage digne de Dieu : signe de paix et de vérité, d’amitié et d’appel à la conversion. Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils pour le sauver : lui seul, en sa personne est la véritable paix équitable entre Dieu et les hommes. Car c’est à lui qu’appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles.