Université de quartier - 18 mai 2000

La religion, la fête, la Foi

2000.
 

"Que le monde est beau, bien-aimée, que le monde est beau !"

Ce vers d’Oscar-Vladislas Milosz, qui reprend à sa façon le refrain du premier récit de la création, au livre de la Genèse : "Dieu vit que cela était bon", clôt le passage dans lequel le héros de son drame Miguel Manara salue l’aube de sa mort :

Le silence a l’odeur du pommier qui rêve,

L’air revêt sa robe d’ange,

Le souffle de la terre est comme le bâillement du bœuf,

La muraille prend la couleur de l’amandier :

Voici l’aurore !

Le puits gémit comme l’écolier paresseux,

Le coq chante à faire pleurer le cœur,

Voici le jour !

La colombe aux beaux pieds vient boire à la fontaine,

Qu’elle s’apparaît blanche dans l’eau nouvelle :

Que dit-elle ?

On dirait qu’elle chante dans mon cœur nouveau :

Que le monde est beau, bien-aimée,

Que le monde est beau !

Damien Vorreux, auteur de l’anthologie dans laquelle j’ai cueilli ce passage (François d’Assise dans les Lettres françaises, DDB Paris 1988) nous apprend qu’Oscar-Vladislas de Lubicz Milosz, né en 1877 en Lituanie russe, de mère juive et de père officier de la Garde impériale, est arrivé en France à l’âge de douze ans, ce qui explique sa qualité de poète catholique de langue française.

"Comme tous les poètes de la nature, écrit ailleurs Milosz, j’étais plongé dans une profonde ignorance. Car je croyais aimer les belles fleurs, les beaux lointains et même les beaux visages pour leur seule beauté... jusqu’au jour où, m’apercevant que j’étais arrêté devant un miroir, je regardai derrière moi." Qui le poète voit-il donc derrière lui, sinon le Tout-Puissant à l’œuvre dans la création ?

En effet, le poète de la nature assiste à la création du monde : il est fils de Dieu criant Hourra, il est l’homme qui donne à tout vivant un nom. Le poète est l’éternel assistant du Dieu qui fit le ciel et la terre quand il se met à l’unisson de la nature créée dans laquelle s’entendent encore en écho les vivats des fils de Dieu et leurs chants de louange.

Ce passage de louange, pourtant, porte la trace d’une blessure : pourquoi le puits gémit-il, et pourquoi le coq chante-t-il à faire pleurer le cœur ? Et pourquoi le murmure heureux : "Que le monde est beau" sonne-t-il déjà comme un regret ? Le héros, nous dit donc Damien Vorreux, salue ici l’aube de sa mort. Je n’en sais pas plus. Mais j’imagine que Miguel doit être fusillé contre la muraille qui prend la couleur de l’amandier, que le coq chante à faire pleurer sur celui qui sait que son heure est arrivée, et que son goût pour la beauté de la création prend une acuité particulière au moment où il la quitte pour toujours.

Chez tout poète il y a une douleur. Pourquoi ? Sans aller jusqu’au mythe romantique qui voudrait qu’on n’écrive bien qu’avec son sang, je crois qu’il ne se fait rien de grand sans blessure.

Lorsque, dans un commencement, Dieu créa le ciel et la terre, la terre était informe et vide, tohu-bohu et ténèbres à la surface de l’abîme. Et Dieu dit : "Que la lumière soit !" Et la lumière fut. Et Dieu vit que cela était bon. Il y eut un soir, il y eut un matin, premier jour.

Ensuite, Dieu sépara les eaux d’en haut et les eaux d’en bas : Dieu ouvre un espace entre les eaux et les eaux, comme on écarte les mains. Il y eut un soir, il y eut un matin, deuxième jour.

Puis Dieu rassembla les eaux d’en bas de manière à faire apparaître la terre sèche, qu’il fit aussitôt se couvrir de verdure : Dieu crée un lieu verdoyant en bas, au milieu de l’espace. Il y eut un soir, il y eut un matin, troisième jour.

Après avoir aménagé le lieu d’en bas, Dieu aménage le lieu d’en haut : il met des luminaires au ciel, comme des lampions pour les fêtes à venir. Il fit le grand luminaire pour le jour et le petit luminaire pour la nuit. Ainsi Dieu crée un rythme, un espace de temps. Il y eut un soir, il y eut un matin, quatrième jour.

Alors tout est prêt pour qu’entre en scène la vie. Le cinquième jour, le vivant qui nage et qui vole vient peupler l’écrin de la mer et le dais du ciel et, le sixième jour, en ce lieu tout particulièrement soigné par Dieu, la terre qu’il a garnie de verdure comme on fait un berceau, viennent d’abord les animaux, puis l’homme. Homme et femme il les fit, et les bénit, et leur manda de régner sur l’ensemble de la création.

Et Dieu vit que cela était très bon.

Cette création est une fête, bien préparée, bien organisée par Dieu. C’est une inauguration, une naissance à la vie, une symphonie mise en place par le divin maestro, dans laquelle chaque créature joue sa partie.

Espace ouvert à la possibilité qu’il se passe quelque chose, cette création est d’emblée musique, rythme et danse. Elle est commencement de la musique des sphères, de la ronde des astres et de la danse des mondes. Elle est aube, aube de l’histoire, et toute aube est une fête. La création est l’archétype de la fête.

La fête est plus qu’essentielle : elle est origine de tout. Il n’est rien s’il n’est une fête à la source. C’est pourquoi la fête est extase, étrange sortie de soi de tout étant pour qu’il se fonde avec les autres dans une union féconde. Dans la fête, l’expérience de l’unité, de la cohésion et de l’harmonie de tous et de tout est essentielle.

La fête est créatrice : elle inaugure toujours à nouveau le groupe. Quoi qu’on puisse aller dire dans son délire, on ne fait pas la fête tout seul, on ne "fait" pas la fête du tout : on est fait par la fête, on est fait groupe, on est fait corps. C’est pourquoi l’on fête toujours quelque chose : il faut que la fête ait sa raison d’être, qui devient celle du corps social. Par définition, la fête est commémoration d’un fait mémorable. Pourquoi organiser le souvenir de ce qui reste, de toute façon, dans les mémoires ? Parce que ce qui fait le sens de la fête est donné maintenant pour ouvrir un avenir. La mémoire est là pour qu’un avenir soit possible, pour sauver et donner un sens à l’avenir.

La fête consiste en réjouissances. Elle peut, certes, avoir des harmonies tristes, elle peut être même occasion de tristesse, s’il y est fait mémoire d’une douleur. Mais, en tant qu’inauguratrice de l’avenir, elle est toujours joyeuse.

Pour nous, modernes, la commémoration festive est toujours mémoire de l’histoire, d’événements historiques supposés fondateurs de notre existence et de notre identité collective : prise de la Bastille, armistice ou personnages à valeur d’événement, comme Jeanne d’Arc. On remarque aisément, à ces trois exemples, que l’histoire en question ne va pas sans mythe, que le sens supposé à la fête peut être plus légendaire qu’historique.

La mémoire, en fait, est toujours mythique. L’historien s’attache souvent à démystifier : c’est son métier, sa science, et nous ne pouvons nous en passer. Mais, comme sens de la fête, même l’événement historique est nécessairement un mythe, au sens général et universel de mise en scène d’un supposé passé originel qui a pour raison d’être de donner aujourd’hui le sens de ce qui est et de ce que nous sommes, et donc, pour demain, un avenir possible.

Le temps du mythe est un temps avant le temps. Le temps de la fête est aussi un temps à part du temps, comme le sacré, en général, est une réalité à part de la réalité, qui se situe en arrière ou en avant, en dessus ou en dessous de la réalité perçue.

La fête c’est la religion. L’Occidental moderne classificateur a défini la religion comme un ensemble de croyances et de pratiques, ou encore de mythes et de rites. Pauvre définition. Combien plus riche me semble une approche qui simplement se réfère à l’universel humain qu’est la fête : dis-moi quelles sont tes fêtes, je te dirai quelle est ta religion, c’est-à-dire la perception du monde, l’intelligence du monde, la parole du monde, qui te porte au monde. La fête est toujours bien plus riche de sens qu’aucun traité ou qu’aucun discours. La fête est un moment de vie communautaire, et la vie déborde toujours ce qui peut en être dit.

Mais la fête, comme événement créateur, déborde toujours aussi de discours, explicites ou non : références de jugements, préceptes moraux, lignes de conduite, tous ces éléments qu’on attribue généralement à la religion. C’est pourquoi je dirai encore, en manière de définition : " La religion c’est la fête et ce qui s’ensuit."

Il paraît que les gens sérieux ne font pas trop la fête. Pourtant, en vérité, la fête est une affaire sérieuse pour tout le monde, tout comme le jeu l’est pour les enfants. Sérieux est ici au sens d’essentiel et s’oppose à futile : futile est littéralement ce qui fuit tandis que la fête, comme le jeu pour les enfants, construit durablement le savoir-vivre, et notamment le savoir-vivre ensemble. Bien que sérieuse, la fête est pourtant de chants, de vin, de rire et d’amour, nécessairement. Car l’extase est un trait de la fête.

On voit ainsi la religion sous un jour favorable : elle est la vie rendue possible par la fête, l’événement créateur d’un monde intelligible. Le Catéchisme, au n° 843, énonce : "L’Église considère tout ce qui peut se trouver de bon et de vrai dans les religions comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie."

Au n° 2104, il est question d’un respect sincère pour les diverses religions "qui apportent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes". Et au n° 2569 : "C’est d’abord à partir des réalités de la création que se vit la prière. Les neufs premiers chapitres de la Genèse décrivent cette relation à Dieu comme offrande... comme invocation du nom divin, comme "marche avec Dieu"... Cette qualité de la prière est vécue par une multitude de justes dans toutes les religions."

Mais toute fête, aussi, est inquiétante.

La fête est foule, et la foule est terrible ; elle est monstre, elle est stupide. La foule fait peur, parce qu’elle absorbe, ou bien écrase et rejette. Pris au milieu du flot, saisi par l’extase d’une célébration, on ne peut y résister. Ou bien on est écrasé et mis en pièces, ou bien on est pris de l’intérieur, par le milieu du corps, aux entrailles. On ressent alors la puissance sacrée de la foule, sa disproportion, sa transcendance. On peut toujours philosopher sur le phénomène des foules quand on est bien assis, à distance et à l’abri. Mais, pris dans la foule, on ne peut qu’espérer que cela ne tourne pas mal. Car toute fête tend à mal tourner.

Si la fête est ambiguë, la religion ne peut être sans faille. En particulier, comme l’a observé René Girard, le mouvement du sacrifice du bouc émissaire est constitutif de la religion. Le dispositif sacrificiel est fondateur de la vie parce qu’organisation de la violence collective focalisée sur la victime émissaire qui, supposée coupable, prend sur elle la culpabilité du groupe, puis, divinisée, représente pour le groupe la puissance fondatrice de référence. Girard fait remarquer que cette opération est en soi mensongère, puisque la culpabilité de la victime est une convention nécessaire à laquelle il faut bien que tous se rallient pour que le sacrifice fonctionne. L’unité du groupe se forme sur le dos de la victime expiatoire. La violence est jugulée pour un temps, mais par la violence même. En somme, dit Girard, c’est ainsi que "Satan expulse Satan", et ce n’est, bien entendu, que pour revenir, en pire. En ce sens la religion tourne toujours mal.

Je me suis arrêté dans le récit de la Création à un moment où l’on pouvait penser que tout allait bien, juste à l’arrivée de l’homme, avec la bénédiction de Dieu et le commandement bienheureux d’avoir à emplir et dominer la terre. Remarquez que le chapitre 1 s’achève sur ce sixième jour faste, et ce n’est qu’au chapitre 2 qu’on parle du 7ème jour. Or, à ce tournant du texte, on dirait qu’il s’enraye. Le verset 1 prononce l’achèvement du ciel et de la terre. Alors, le verset 2 précise que c’est au 7ème jour que Dieu "acheva l’œuvre qu’il avait faite", ce qui est étonnant puisqu’il semblait l’avoir achevée au 6ème ; et puis le même verset 2 se reprend aussitôt pour dire qu’en ce 7ème jour Dieu "arrêta l’œuvre qu’il faisait", ce qui suggère que non seulement Dieu travaillait encore en ce jour, mais qu’il n’a pas "achevé" son travail puisqu’il l’a "arrêté". À peine commencée, l’action biblique semble butter sur on ne sait quel obstacle. Que se passe-t-il ? Pourquoi y a-t-il "arrêt" ? La vie est mouvement, et son contraire est la mort ! En deux versets, nous voilà parvenus bien loin des hourras et des vivats.

Arrêter, ou cesser, se dit "Shabbat" en hébreu. L’origine du mot sabbat, qu’on peut traduire littéralement par "arrêt" et qui évoque aussi le mot "cheba", "sept", reste néanmoins une énigme pour les exégètes. Certains n’ont pas manqué de rapprocher le nom du repos hebdomadaire prescrit en Israël du sapattu babylonien, le quinzième jour du mois, jour d’expiation. Ce jour du milieu du mois, dans les calendriers lunaires de l’Antiquité, était celui de la pleine lune, un jour considéré le plus souvent comme maléfique. L’explication de ce fait est sans doute que ce moment de plénitude est aussi celui où s’amorce le déclin. Tandis que la nouvelle lune est un commencement, une création, la pleine lune est le début d’une décréation, d’autant plus que la lune représente le temps qui passe, et donc une condition de possibilité même de toute réalité du monde. Et qui sait où s’arrêtera un processus de décréation, une fois qu’il est lancé ! L’origine du sabbat pourrait bien être ce jour néfaste de la pleine lune, où l’on s’abstiendrait de travailler de peur de prêter son concours à une œuvre maléfique.

On peut, par ailleurs, opérer un rapprochement sémantique curieux entre le sabbat hébreu et le grec scholè, dont vient notre mot "école", dont les sens successifs sont : arrêt, repos, puis loisir, d’où, d’un côté, étude, et de l’autre oisiveté, paresse ! Il y a bien de l’ambiguïté dans l’investissement intellectuel. S’arrêter de travailler pour étudier est un comportement inquiétant, suspect, impressionnant ou arrogant aux yeux de ceux qui ne peuvent ou ne veulent l’adopter. Et, de toute façon, penser est dangereux.

Que cherchons-nous à montrer en rapprochant ainsi le donné biblique de ses sources babyloniennes aussi bien que de ses parallèles grecs ? Voudrions-nous affirmer que "toutes les religions se valent ?" Allons-nous céder à la tendance contemporaine au syncrétisme ? Bien sûr, les hommes dans l’histoire n’ont pas attendu l’époque moderne pour vouloir confondre la vraie religion, la religion révélée, avec la religion des hommes, avec "les religions".

Selon un schéma classique, nous pensons parfois que le christianisme résulte de la rencontre de la philosophie grecque avec la religion d’Israël. Dans sa répartition simpliste des rôles, ce schéma est profondément trompeur : d’un côté, il ignore notamment la part considérable de la "sagesse" dans l’Israël d’après l’Exil, et même d’avant l’Exil, de l’autre, il méconnaît le caractère religieux de la pensée grecque.

Dans son discours à Athènes, Paul s’adresse de toute évidence à une élite intellectuelle vivant dans une ambiance religieuse effervescente où le panthéon traditionnel grec est mêlé aux divinités importées d’Egypte et d’Orient, avec leur cortège de "mystères", de pratiques initiatiques et de doctrines de vies qui s’offrent à la soif de salut de la population. Mais cette situation remonte au moins au sixième siècle avant Jésus Christ.

Pour vous en convaincre, il vous suffit de lire, par exemple, le "Socrate" de Jean-Joël Duhot (Bayard Éditions 1999), où l’auteur explique que le maître de Platon doit être considéré comme le fondateur plutôt de la théologie que de la philosophie. Selon lui, Platon voit en Socrate le véritable Orphée, le découvreur d’une réalité que l’orphisme a entrevue mais déformée : "La purification des Mystères est rituelle, l’initiation est censée assurer le bonheur chez Hadès, ce qui, d’un point de vue socratique doit être absolument scandaleux... La seule pureté qui compte est celle que l’homme a su donner à son âme par sa pensée et sa façon de vivre." Socrate est un mystique, dont la formule fameuse : "Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien" n’est pas un manifeste de scepticisme, mais l’expression d’une conviction : le savoir véritable et ultime est au-delà de la "science" des choses que l’on peut élaborer en système et transmettre par l’enseignement. De toute façon, il apparaît que du temps de Socrate, déjà, toute l’élite intellectuelle est en réalité monothéiste et que, pour elle, la pierre de touche de toute religion est la morale, la façon de conduire sa vie selon une doctrine du bien et du mal.

En fait, la situation religieuse ordinaire, pour les hommes de partout et de toujours, est la prolifération du divin, dans la multitude des représentations de Dieu, ou des dieux, et le foisonnement des pratiques. L’ensemble est mouvant et divers, toujours susceptible de mélanges et de recompositions, c’est pourquoi le syncrétisme est la règle dans ce religieux universel. Mais, dans ces évolutions incessantes, il y a un sens de la qualité et un sens de la dégradation : d’un côté, la responsabilisation des personnes dans l’éducation de la conscience à la liberté et l’apprentissage de la solidarité humaine, de l’autre l’enfoncement dans l’obscur et le magique, l’idolâtrie et le mensonge, qui enferment les individus dans leurs conditionnements sociaux sans justice ni esprit. Tandis que le sens de la dégradation aggrave toujours la fragmentation des représentations du divin, les tirant vers toujours plus d’incertitude et d’arbitraire, le sens de la qualité, au contraire, qui va toujours vers la vertu et la morale, s’accompagne d’une conception de Dieu épurée qui en retient l’idée d’unité, de principe et de bonté : Dieu est beau et bon, Dieu est un.

À Athènes, donc, Paul s’adresse à des gens intelligents et vertueux, capables de prendre toute distance critique nécessaire par rapport au religieux universel qui constitue encore le bain de la population autour d’eux. Or, ces hommes vont rejeter l’annonce du Christ, en se donnant la facilité de paraître la considérer comme une prédication de type mythique, dès lors qu’il est question de résurrection. Étant donné la qualité intellectuelle de l’exposé de Paul qui précède cette mention déroutante, cette facilité est une véritable mauvaise foi. Elle constitue une échappatoire commode pour des gens qui aiment à discuter de toutes sortes de sujets en manière de jeu intellectuel, mais qui préfèrent ne pas risquer d’être mis en cause eux-mêmes dans la réflexion. Or Paul annonce le temps venu d’une conversion nécessaire ! Au moment où il arrive à la résurrection des morts, on se moque de lui, alors qu’il n’y a pas de raison alors de cesser de l’entendre. Ses auditeurs saisissent l’occasion de ne plus l’écouter.

Notre temps ressemble à celui de Paul. Mais le temps qui est le nôtre présente une forme particulièrement aiguë de confusion. Le mot Église, en particulier, est devenu, dans l’usage commun, synonyme de groupement religieux en général. Et l’on en vient ainsi à produire cette définition hautaine et provocante : "Une Église est une secte qui a réussi." En fait, le mot Église est un nom propre.

Nous lisons dans le Catéchisme, au n° 845 : "C’est pour réunir de nouveau tous ses enfants que le péché a dispersés et égarés que le Père a voulu convoquer toute l’humanité dans l’Église de son Fils. L’Eglise est le lieu où l’humanité doit retrouver son unité et son salut. Elle est "le monde réconcilié"... elle est figurée par l’Arche de Noé qui seule sauve du déluge." Et, selon le n° 335, " Dans sa liturgie, l’Eglise se joint aux anges pour adorer le Dieu trois fois saint."

Il y a donc une différence radicale entre la vraie religion, qui est l’Eglise, et la religion des hommes, incapable d’être le lieu du salut parce qu’elle porte la fatalité de l’humanité tombée au pouvoir du Mauvais. Mais cette distinction essentielle ne supprime pas une similitude que l’on peut appeler "naturelle".

Au n°2698, nous lisons : "Le cycle de l’année liturgique et ses grandes fêtes sont les rythmes fondamentaux de la vie de prière des chrétiens." S’ils sont fondamentaux pour la vie de prière des chrétiens, ils le sont donc de la vie des chrétiens tout court. Ainsi, le mode universel de fondation de la vie humaine qui consiste en un cycle de fêtes, mode intrinsèquement religieux et communautaire, reste en vigueur pour les disciples du Christ. C’est pourquoi le "christianisme" est une religion, la "vraie religion". La grâce ne supprime pas la nature, elle l’élève. Il n’y a pas d’Église, pas de communauté chrétienne, sans cycle de fêtes, sans fêtes fondatrices, et ces fêtes sont celles du Seigneur et de ses saints.

Le n° 2174 rappelle qu’au témoignage des quatre Évangiles, Jésus est ressuscité d’entre les morts le premier jour de la semaine : "En tant que "premier jour", le jour de la Résurrection du Christ rappelle la première création. En tant que "huitième jour" qui suit le sabbat il signifie la nouvelle création inaugurée avec la Résurrection du Christ. Il est devenu pour les chrétiens le premier de tous les jours, la première de toutes les fêtes, le jour du Seigneur."

La lecture à la fois littérale et inventive, midrashique, en somme, que j’ai esquissée du texte de la Genèse voit dans le septième jour un coup d’arrêt à la création, c’est-à-dire déjà l’ombre portée du mal. Le Mauvais est l’ennemi de Dieu et de son œuvre, l’Accusateur qui veut obtenir sa condamnation et sa destruction, le "dé-créateur" qui décrée par confusion. L’arrêt du septième jour annonce d’autres arrêts qui suivront, et d’abord celui de la vie heureuse au Jardin, avec son mouvement vers l’arbre de vie dont Dieu voulait qu’Adam et Ève s’en approchent et le goûtent, puisqu’il l’avait mis au milieu du Jardin.

Le septième jour est en attente du huitième depuis le début du Livre.

Peut-on concevoir un Dieu qui consacrerait l’oisiveté ? À cette vision s’oppose l’Évangile où Jésus déclare :" Mon Père est toujours à l’œuvre, et moi aussi". Et Jésus s’assiéra sur le puits, "fatigué par le chemin", c’est-à-dire ayant souffert sa passion pour accomplir sa Pâque, retournant ainsi le dessein du Mauvais, inspirateur de Judas qui conduisait la troupe venue l’arrêter. Mais les ténèbres n’ont pas arrêté la Lumière. Dieu a été l’objet d’une tentative d’arrestation par le Mauvais, et cette tentative, mise en échec, devint la victoire de Dieu. Mais ce ne fut pas sans le passage de l’humiliation de la croix du Fils, sans sa Pâque. La Pâque du Fils est la flèche qui traverse le blocage de la Création, la brèche ouverte par Jésus, le passus, la porte étroite par laquelle il nous faut passer.

Certaines fêtes comportent des motifs de tristesse : par exemple, celle de Kippour, au cours de laquelle les fils d’Israël prient pour expier toutes les transgressions de la Loi. La Loi est un tout : "Si l’on commet un seul écart, c’est du tout qu’on est justiciable." (Jacques 2,10). Cette remarque manifeste le caractère désespérant de l’entreprise d’observer la Loi : comment voulez-vous que la Loi soit tout entière observée par tous ceux qui doivent l’observer ? L’eût-on observée presque parfaitement, tous et sur tous les points, sauf l’un d’entre nous sur un tout petit point, tous restent justiciables du tout ! Là est le sens du thème paulinien de l’incapacité de la Loi à justifier ses sujets, et donc de l’enfermement des fils d’Israël dans la Loi.

Tout le mouvement de l’Écriture est eschatologique, et donc toutes les fêtes bibliques le sont aussi, c’est-à-dire qu’elles nous dirigent vers un événement ultime. Au contraire, la fête païenne boucle sur elle-même. Le temps du sacré, chez les païens, est le bon temps perdu dont on garde un vague souvenir en ce monde devenu mauvais. Le mouvement général est donc de chute et de décadence, rien de meilleur ne pouvant s’attendre de l’avenir. C’est pourquoi, le mieux qu’on puisse faire, pour autant qu’on en ait le loisir, tient dans la formule : "Mangeons et buvons car demain nous mourrons." Ce relatif bon temps est arraché à la fatalité parce que ce monde est sans espoir. La fête pour les fils de la Révélation ne peut pas être cela, car ils visent la fin, ils sont tout tendus vers le moment final espéré. Le sens de la fête, ici, se retourne. Le paganisme est tourné vers le passé, avec son improbable Âge d’or que raconte le mythe. Là où la fête païenne simule un arrêt du mouvement irrésistible du temps pour se tourner et se courber vers le passé, la fête des fils de la Révélation leur relève la tête et les invite à hâter le pas vers la délivrance ultime.

C’est pourquoi les fêtes juives, que Jésus a observées consciencieusement, sont d’abord des pèlerinages. Le pèlerinage fait partie de la structure de la fête parce que le mouvement vers Jérusalem signifie le chemin vers Dieu qui vient.

Pourquoi donc Jésus est-il de Nazareth ? Pourquoi est-il appelé le Nazoréen, alors que cette forme ne peut se comprendre, du point de vue philologique, comme une variante possible de l’adjectif "nazaréen" qui signifie "de Nazareth" ? Peut-être "nazoréen" était-il un sobriquet, résultant d’une déformation volontaire du mot associée à une intention méprisante, comme on dit, en français vulgaire, "rital" au lieu de "italien". En tout cas, si Jésus n’avait pas été de Galilée, il n’aurait pas vécu de façon aussi significative le fait de pèleriner vers Jérusalem (cf. Catéchisme n°583), ce qui l’obligeait notamment à contourner ou à traverser la Samarie. Les Galiléens vraiment pieux l’étaient peut-être mieux que les Judéens.

Ainsi, le sobriquet dont étaient affublés les juifs qui habitaient la sorte de zone ou de banlieue réputée infestée d’étrangers qu’était, entre autres, la ville de Nazareth a pu être revendiqué comme un titre de gloire par les disciples du crucifié après sa résurrection, lorsqu’ils commencèrent à annoncer l’Évangile aux païens. Comme nous le lisons dans le Catéchisme au n°2581 : Le Temple devait être pour le Peuple de Dieu le lieu de son éducation à la prière : les pèlerinages, les fêtes, les sacrifices, l’offrande du soir, l’encens, les pains de "proposition", tous ces signes de la Sainteté et de la Gloire du Dieu Très Haut et tout Proche, étaient des appels et des chemins de la prière. Mais le ritualisme entraînait souvent le peuple vers un culte trop extérieur. Il y fallait l’éducation de la foi, la conversion du cœur. Ce fut la mission des prophètes, avant et après l’Exil.

Pourquoi ne suffit-il pas de regarder la messe à la télévision, pourquoi ne peut-on se confesser par téléphone ou par l’Internet ? Parce que ces moyens de communication n’engagent la personne de chair et de sang que de façon beaucoup trop partielle ! Que nombre de nos contemporains, fascinés par ces outils nouveaux à la puissance sans cesse croissante, n’en voient pas clairement les limites étroites est un signe du modèle tronqué de l’homme qui fait rage en notre époque moderne. Du modèle tronqué de l’humanité à la mutilation de la vie, le pas est vite franchi : pensez à la prolifération des images de violence mutilante dans le paysage médiatique, et à l’inflation du "sexe" (de secare, "couper") dans la communication.

Bien sûr, les signes sinistres du pouvoir du Mauvais dans notre histoire ne datent pas d’aujourd’hui, et notre mal moderne, qui est l’idéologie, n’est qu’un avatar de l’idolâtrie.

Au n°2244 du Catéchisme, nous lisons : Les sociétés qui ignorent cette inspiration (d’une vision religieuse de l’homme et de sa destinée), ou la refusent au nom de leur indépendance par rapport à Dieu, sont amenées à chercher en elles-mêmes ou à emprunter à une idéologie leurs références et leur fin, et, n’admettant pas que l’on défende un critère objectif du bien et du mal, se donnent sur l’homme et sur sa destinée un pouvoir totalitaire, déclaré ou sournois, comme le montre l’histoire. L’idéologie succède à la religion.

Les hommes de notre temps se disent "athées" très facilement, bien qu’il soit aisé de les amener à reconnaître qu’ils ne sont pas sans idée de Dieu, sans nostalgie de Dieu. Néanmoins, ils subissent la dépendance de systèmes idéologiques qui professentla négation de Dieu. Logorrhée sans esprit, culte brutal de la force, hostilité contre l’homme et contre la création parce que rivalité avec Dieu, parodies de fêtes, débauche de mises en scène du pouvoir privées de joie comme d’humanité, voilà les œuvres des idéologies athées dans les systèmes totalitaires qui ont triomphé en leur nom, et qui n’eurent ni grâce, ni communion, ni avenir. Dieu nous en garde à jamais !

Dans notre civilisation d’inspiration chrétienne, le passage à l’idéologie fut une retombée en dessous du niveau moral de l’humanité religieuse ordinaire. Ce n’est pas le christianisme qui est la religion de la sortie de la religion, mais l’idéologie. La "vraie religion", la religion catholique, est la réussite de la religion.

La situation spirituelle de l’homme est à trois niveaux. Le niveau bas, le niveau "religieux", est ambivalent. La religion ordinaire est à la fois constamment fondatrice d’humanité et lourde d’un enfermement de l’homme dans son éloignement de Dieu. L’homme cherche Dieu, c’est sa condition d’être conscient de sa situation au monde. Mais il cherche s’il en a le loisir. Or, le plus souvent, les hommes n’ont pas, ou ne prennent pas, le temps de s’interroger. Quand l’homme a la capacité et les loisirs de s’interroger, deuxième niveau, il voit bien que les questions fondamentales se ramènent à la question de Dieu, principe, un, juste et bon, et à la question de l’homme image de Dieu : "Nous sommes de sa race." L’homme est image de Dieu. Plus il a le courage et les moyens d’approfondir vraiment les questions fondamentales et d’élever sa pensée, plus il découvre ses limites terriblement étroites. Alors il "plafonne" dans une pluralité de visions plus ou moins concurrentes, et qui sont toujours porteuses de leurs limites. La pensée la meilleure de l’intellectuel est porteuse de ses erreurs et de ses doutes et, pour autant qu’il s’arrête de chercher, qu’il estime être arrivé, il se trompe le plus lourdement. Louis de Bonald, auteur engagé dans les affrontements religieux et idéologiques du grand siècle qui préludèrent au rationalisme du XVIIIe disait, avec ironie : "Le déiste est un homme qui, dans sa courte existence, n’a pas eu le temps de devenir athée." Enfin, troisième niveau, il y a parfois des hommes qui crèvent le plafond, en cherchant à penser l’impossibilité humaine d’aller au bout de la pensée. Ceux-là, comme Socrate ou le Bouddha, ont un destin tragique ou extrême.

C’est pourquoi la foi au Christ ressuscité est ce qu’il y a de plus raisonnable au monde, au sens de l’excellence, car on ne peut pas la recevoir, l’accueillir, sans passer par la mort à sa raison, ce qui ne veut pas dire le mépris de la raison, bien au contraire. La mort à sa raison signifie la reconnaissance de notre impuissance radicale à aboutir dans le mouvement propre de la raison : non que la raison elle-même aurait besoin d’autre chose qu’elle pour la compléter, mais dans notre condition mortelle et dans notre expérience du bon et du mauvais, du sens et du non-sens, nous avons besoin d’un affermissement de notre raison que nous sommes incapables de nous donner nous-mêmes. Ce n’est pas l’impuissance de la raison qui est en cause, mais celle de l’homme raisonnable dans sa condition déchue.

Aussi la foi ne peut-elle se recevoir qu’au plus bas de soi-même.

Et pourtant, il n’est aucun discours, si puissant et intelligent soit-il, qui ne se puisse entendre et perfectionner à la lumière de la foi.

La foi au Christ ressuscité sauve l’homme : elle l’accomplit, le purifie, le transfigure. La résurrection est une métamorphose. Elle ne consiste pas en une voie hystérique ou ésotérique, ni en une gnose qui discernerait ceux qui sont en haut et ceux qui sont en bas. Elle ne vient pas faire la part de ce qui est mauvais, elle vient purifier la réalité de tout mal. Elle sauve la réalité, toute la réalité. La religion catholique est la religion sauvée, c’est-à-dire purifiée de tout le mal qui est dans la religion des hommes.

La foi en la résurrection du Christ bénit notre humanité souffrante, elle donne à entendre la parole des Béatitudes : vous qui gémissez dans l’immense histoire de la domination du Mauvais sur la création bonne, vous jouissez par la foi des arrhes de la victoire finale de la vie et de la vérité, tout en demeurant dans cette situation intermédiaire où la création reste empêchée de réussir par l’action de l’Ennemi, lui qui est homicide et menteur depuis l’origine. Oui, la Création est bonne. Nous libérer du Mauvais, c’est ce que Dieu fait en son Fils et c’est le dessein qu’il poursuit depuis l’origine. La preuve en est que l’Esprit vous est donné, et que, faisant l’expérience de l’Esprit vous expérimentez le salut, vous goûtez les arrhes du salut.

La parole des Béatitudes est puissance de Dieu, et seul peut la dire celui qui a le pouvoir de donner l’Esprit. Elle s’adresse à tous les hommes, à ceux qui sont au plus bas comme aux élites, et aussi à ceux qui crèvent le plafond. Il ne faut pas s’étonner que le Christ exulte et tressaille de ce que Dieu a caché aux savants ce qu’il a révélé aux petits : la réaction de rejet des élites est un réflexe de protection de leur statut privilégié. La parole du salut supprime le privilège des sages et des savants, c’est pourquoi ils refusent de l’entendre. Car elle les renvoie à leur faiblesse, qui est la faiblesse commune de l’humanité : je ne vaux pas mieux que le charbonnier du coin, que l’esclave ou que l’ilote, je ne vaux pas plus cher que lui, et j’éprouve une aversion irrésistible contre cette vérité, c’est pourquoi je suis précédé par lui dans le royaume !

Il faut donc mourir à la prétention de sa propre raison qui refuse de reconnaître qu’elle est limitée, menacée, précaire et incertaine. C’est pourquoi il est difficile à un riche d’entrer dans le royaume, plus qu’à un chameau de passer par le chas d’une aiguille. Il faut que le riche renonce à ce qu’il possède : "Malheureux, vous les riches, car vous tenez votre récompense !" Pauvre riche qui ne veut pas lâcher son bien pour accueillir le salut. Le bon chemin est du côté, non pas de l’accumulation, mais de la réduction, qu’il s’agisse des réalités spirituelles ou des réalités matérielles. La pointe avancée du chemin de progrès est au plus bas de soi.

La marque distinctive de notre sainte et véritable religion est une simplicité qui domine tout discours, si puissant, si profond, si subtil et si documenté soit-il, avec bienveillance et efficacité, de sorte qu’en sa grâce il devient véritablement lumière.

Mais, en tant que religion, elle consiste aussi en fêtes et tout ce qui s’ensuit. Il nous faut donc célébrer dignement la liturgie, toute la liturgie de l’Église, qui est la vraie fête des chrétiens.

Dignement, c’est-à-dire d’abord dans la foi. Dans la foi au Fils de Dieu venu dans la chair, qui a accompli la Révélation de Dieu, qui nous a sauvés, et que nous attendons, car il reviendra dans la gloire. Sans la foi, il ne se fait rien qui vaille en fait de liturgie. Saint Paul nous le dit : celui qui communie "sans discerner le corps" mange et boit sa propre condamnation. Mais "dignement" signifie aussi sans refuser à nos célébrations ce que réclame légitimement de saveur notre humanité.

Entendons, là-dessus, le n°1149 du Catéchisme : "Les grandes religions de l’humanité témoignent, souvent de façon impressionnante, de ce sens cosmique et symbolique des rites religieux. La liturgie de l’Église présuppose, intègre et sanctifie des éléments de la création et de la culture humaine en leur conférant la dignité de signes de la grâce, de la création nouvelle en Jésus Christ." Et aussi, au n°1439, au sujet de la parabole du fils prodigue comme merveilleuse référence pour la célébration du sacrement de Pénitence et de Réconciliation : "La belle robe, l’anneau et le banquet de fête sont des symboles de cette vie nouvelle, pure, digne, pleine de joie qu’est la vie de l’homme qui revient à Dieu et au sein de sa famille qui est l’Église." Et encore, au n°1613 : "L’Église accorde une grande importance à la présence de Jésus aux noces de Cana. Elle y voit la confirmation de la bonté du mariage et l’annonce que désormais le mariage sera un signe efficace de la présence du Christ."

Il faut, oui, que la liturgie soit fête, qu’elle soit belle. Le n°1162, citant saint Jean Damascène, énonce : "La beauté et la couleur des images stimulent ma prière. C’est une fête pour mes yeux, autant que le spectacle de la campagne stimule mon cœur pour rendre gloire à Dieu."

Enfin, pour conclure il me suffit de m’appuyer sur les n°1165 et 1169 du Catéchisme :

Lorsque l’Église célèbre le mystère du Christ, il est un mot qui scande sa prière : "Aujourd’hui !", en écho à la prière que lui a apprise son Seigneur et à l’appel de l’Esprit Saint. Cet "aujourd’hui" du Dieu vivant où l’homme est appelé à entrer est "l’Heure" de la Pâque de Jésus qui traverse et porte toute l’histoire : La vie s’est étendue sur tous les êtres et tous sont remplis d’une large lumière ; l’Orient des orients envahit l’univers et Celui qui était "avant l’étoile du matin" et avant les astres, immortel et immense, le grand Christ brille sur tous les êtres plus que le soleil. C’est pourquoi, pour nous qui croyons en lui, s’instaure un jour de lumière, long, éternel, qui ne s’éteint pas : la Pâque mystique. (N°1165)

C’est pourquoi Pâques n’est pas simplement une fête parmi d’autres : elle est "la Fête des fêtes", "Solennité des solennités", comme l’Eucharistie est le sacrement des sacrements (le Grand sacrement). Saint Athanase l’appelle "le Grand dimanche", comme la Semaine sainte est appelée en Orient "la Grande semaine". Le mystère de la Résurrection, dans lequel le Christ a écrasé la mort, pénètre notre vieux temps de son énergie, jusqu’à ce que tout lui soit soumis. (N°1169)

Il n’y a qu’une fête chrétienne, c’est Pâques. De même, dans la lumière que Dieu a créée au commencement, il n’y a qu’un Jour. Cette lumière appelle en elle toute la création. Ainsi, dans la liturgie de la veillée de Pâques, le cierge pascal allumé au feu nouveau entre dans l’Église obscure et l’illumine progressivement des mille cierges par lesquels sa flamme se propage.

L’année liturgique déploie un seul et même jour de fête, le huitième jour qui n’est autre que le premier puisqu’il n’y a qu’un seul jour de Dieu aux siècles des siècles. C’est pourquoi nous ne fêtons plus le septième jour, le sabbat, mais le huitième, le véritable jour du Seigneur.

Il n’y a qu’un moment de l’histoire, c’est son commencement, qui est fête, joie, louange, acclamation de Dieu, béatitude dans la contemplation, unité en Dieu.

Cette fête nous est rouverte alors que le Mauvais l’avait fermée. C’est la Pâque de Jésus ; c’est pourquoi notre vie d’Église est notre Pâque.

Pour nous chrétiens il n’y a qu’un moment, c’est celui de notre baptême, qui est un seul pour tous. C’est une fête unique, non sans mémoire douloureuse, mais qui ouvre la fin de notre temps de douleurs et l’aube éternelle, naissance éternelle de la lumière.

Et la célébration de cette aube est l’Eucharistie, la véritable Fête-Dieu en vue de l’éternité.


20000518 UQ La religion la fete la foi