Dimanche 26 octobre 2014 - 30e Dimanche Année A

Il ne faut pas jeter l’amour avec l’erreur

Exode 22,20-26 - Psaume 17,2-4.20.47.51 - 1 Thessaloniciens 1,5c-10 - Matthieu 22,34-40
dimanche 26 octobre 2014.
 

Cette phrase s’inspire évidemment de l’adage bien connu qui déconseille de jeter le bébé avec l’eau du bain. Autrement dit, par exemple, n’abandonnez pas un beau projet parce qu’il est plein de défauts, s’il est possible de les corriger.

Mais pourquoi amour et erreur ? Parce que c’est le sujet de notre évangile. L’amour, c’est la réponse de Jésus. L’erreur, c’est la question du pharisien, puisque c’est « pour mettre Jésus à l’épreuve » qu’il l’interroge. Où est le piège ? On dénombrait 613 commandements dans la Loi. En déclarer un « grand », c’était paraître relativiser les autres et donc se faire maître plutôt que sujet de la Loi. Mais les considérer tous de même importance, c’était prêter le flanc à l’accusation de juridisme et de manque de sens de la réalité. Jésus échappe au piège en précisant que les deux « grands » commandements le sont non parce qu’ils relativiseraient les autres mais, au contraire, parce qu’ils permettent de comprendre tous les autres, et donc de les honorer comme ils le méritent.

Par exemple, l’un des 613 commandements, tiré du livre du Deutéronome (Dt 22,6-7), nous dicte la conduite à tenir lorsque nous tombons sur un nid d’oiseaux plein de petits avec leur mère : on peut prendre les petits (ou les œufs), mais il faut laisser aller l’oiselle. L’esprit de ce précepte, entendu dans l’amour, est évidemment qu’il ne faut pas faire l’inverse et abandonner ainsi des petits privés de leur mère. Grâce au principe d’interprétation que constituent les deux grands commandements de l’amour, la Loi tout entière peut être comprise comme le pédagogue qui nous forme à l’amour, nous qui sommes sujets à l’ignorance et à l’erreur. L’amour est à la fois le principe interprétatif de chaque commandement, petit ou grand, et son but essentiel. Ainsi la Loi nous apprend à aimer.

Certes, sans le principe de l’amour, la Loi peut devenir un carcan absurde, un fardeau injustifiable. Mais la rejeter en bloc parce qu’elle peut être mal comprise et mise en pratique, ce serait jeter l’amour avec l’erreur. En effet, pour un cœur totalement embrasé d’amour, comme celui de Jésus ou de sa mère, la Loi est inutile. Mais pour nous qui ne sommes pas toujours purs de toute complicité au mal, elle reste nécessaire. Tant que son cœur n’est pas « fini » dans l’amour, bien fou donc est celui qui prétend se passer de la Loi.

À l’inverse, ce serait extraordinaire qu’un personne ou un institution se trouve tout à fait privée de la moindre œuvre ou intention bonne. Le cœur de l’homme est compliqué et malade : d’habitude, il n’est ni purement dans l’amour, ni totalement dans le mal. C’est pourquoi, sauf exception, nous aurions tort de condamner en bloc aucun être au monde. Ce serait rejeter avec son erreur ce qui demeure en lui d’amour. Cherchons donc, frères, à discerner toujours d’abord ce qu’il y a de bon dans l’autre, même quand sa position est globalement fautive. Nous n’en serons que mieux qualifiés pour la combattre légitimement.

Gardons aussi aussi de l’erreur du pharisien de notre évangile : en utilisant la Loi pour mettre Jésus à l’épreuve, ce docteur bafoue d’un coup les deux grands commandements puisqu’il manque à aimer celui qui est à la fois Dieu et son prochain. Quand nous utilisons la Loi en haine de l’autre, nous manifestions la même perversité.

Enfin, n’oublions jamais que nous évitons toute erreur quand nous professons que Dieu est Amour et qu’il fait de nous ses témoins en acte et en vérité pour le monde.