Samedi 1er novembre 2014 - La Toussaint

Et si nous fêtions la vie ?

Apocalypse 7,2-4.9-14 - Psaume 23,1-6 - 1 Jean 3,1-3 - Matthieu 5,1-12a
samedi 1er novembre 2014.
 

Et si nous fêtions la vie ?

Nous fêtons bien la musique, en multipliant les concerts et les musiciens, le pain, en rassemblant les boulangers, les voisins, en invitant chacun à dîner avec les siens. Et pour la vie, quelle idée auriez-vous ? Des naissances en abondance ? Bonne idée ! Car toute naissance parmi nous est espérance de vie. De vie et de bonheur, malgré tout ce qu’il y a dans le monde qui s’y oppose et semble l’emporter, comme la mort qui finit toujours par mettre un terme à cette vie.

Mais comment convaincre les femmes d’accoucher précisément un tel jour de l’année ? Et quel jour choisir pour ce déferlement de bébés ? Ne cherchez plus, nous y sommes ! Voilà justement le sujet d’aujourd’hui, fête de la Toussaint. Nous célébrons une multitude d’hommes et de femmes « renés d’En-haut », établis en Dieu par leur nouvelle naissance dans le Christ. Ils sont dits saints parce que Dieu les a entièrement accueillis en lui qui est Saint, en lui qui est le Vivant.

De plus, les saints sont un signe plus fort que celui de la mort qui met fin au bonheur comme au malheur. Et le signe du bonheur, où le voyez-vous ? Dans les satisfactions terrestres, la richesse la puissance et la gloire qui s’obtiennent par les moyens d’ici-bas ? Mais ils sont passagers et périssables, tous ces biens, ils ne seraient rien sans l’espérance des biens à venir. Le bonheur de cette vie ne ferait que rendre plus cruelle la perspective de le perdre si nul ne pouvait lui faire franchir la mort.

Que l’on vous demande si vous connaissez des personnes malheureuses et vous saurez sans doute en citer plusieurs, hélas. Mais si la question porte sur des personnes heureuses, que direz-vous ? Vous-même, déjà, diriez-vous que vous êtes une personne heureuse ? La plupart d’entre nous, sans doute, répondraient que cela dépend. Dans notre existence, les beaux jours s’assombrissent parfois de tempêtes soudaines, et le temps des larmes amères s’adoucit de sourires inattendus. Mais connaissez-vous précisément le signe du bonheur au sein même de la douleur ? L’avez-vous rencontré chez un autre ? Ou bien même vous a-t-il été donné de le vivre dans votre propre chair ? Ce signe-là traverse toutes les désespérances humaines pour venir s’ancrer fermement en Dieu qui nous donne le goût de la vie invincible du Ressuscité. C’est le signe des Béatitudes.

C’est pourquoi, en regardant le crucifié, nous pouvons voir la victoire de sa sainteté, et donc de sa vie. En lui d’abord, le premier né d’entre les morts, et ensuite en tous ceux qui sont nés de son côté, renés à la source sainte de l’eau et du sang que sont le baptême et l’Eucharistie. En ceux, en tous cas, qui vivent vraiment de cette grâce, et surtout en ceux qui l’ont vécue au point de prendre place dès maintenant dans le bonheur de l’assemblée qui, avec les anges, loue le Seigneur éternellement.

C’est le beau signe du bonheur, « l’Église triomphante », la Jérusalem céleste, que nous contemplons aujourd’hui et qu’il ne faut jamais perdre de vue au long de notre existence sur la terre qui attend sa délivrance. Dans cette messe de la Toussaint particulièrement, mais aussi en chaque Eucharistie où s’accomplit le mystère de la Pâques du Seigneur, se célèbre la Vie qui est Dieu, l’Amour qui ne passera jamais.

Nous sommes déjà projetés vers le mystère de Noël que nous célébrerons bientôt : signe du nouveau-né, fête d’une vie qui commence pour toujours ; signe de l’enfant couché dans la mangeoire, fête du Pain vivant venu du ciel pour donner la vie éternelle ; Fils adoré par la multitude des anges chanteurs, fête de la musique éternelle qu’est la louange de Dieu par tous les vivants ; Sauveur révélé aux bergers, signe du bonheur offert aux petits et aux humbles venus en voisins, mais aussi aux sages venus de loin, pour la fête des frères étendue à tout le genre humain. Oui, l’Église fête le Seigneur en fêtant tous les saints ; en vénérant les sauvés, elle adore le Vivant.

Oui, chers amis, dans cette foi de l’Église, que chacun de vos jours, même sombre, même foudroyé, devienne une fête de la Vie dans l’espérance de l’éternité bienheureuse.