Dimanche 9 novembre 2014 - Dédicace de la basilique du Latran - messe des familles

Aimez-vous les jeux de déconstruction, les enfants ?

Ezéchiel 47,1-2.8-9.12 - Psaume 45,2-3.5-6.8-10 - 1 Corinthiens 3,9b-11.16-17 - Jean 2,13-22
dimanche 9 novembre 2014.
 

Aimez-vous les jeux de déconstruction, les enfants ?

Ce mot inventé par le philosophe français Jacques Derrida signifie à peu près : démonter pour voir comment c’est fait. Les enfants connaissent bien, et nous savons qu’en pratique cela revient pour eux à détruire. Pour les adultes aussi, en fait. Le pape François dénonce une « culture de destruction » qui se répand de nos jours.

Je me rappelle, au temps de ma jeunesse, les théories soixante-huitardes de l’éducation : le mieux, pour un enfant, aurait été de ne rien lui interdire, de le laisser pousser selon ses inclinations naturelles. Et de pauvres parents ont attendu de voir ainsi leur rejeton s’épanouir comme un parapluie ou l’une de ces tentes automatiques que l’on jette devant soi et qui prennent forme quasi magiquement. En général, ils l’ont repris sévèrement en pleine figure.

Car, un cœur d’homme est autrement plus compliqué qu’un mécanisme. L’éducation est une construction patiente et toujours reprise. Les parents réels qui affrontent des enfants et des adolescents réels ne cherchent plus guère du côté des méthodes permissives l’aide et le soutien dont ils ont besoin. Ils regardent plutôt les séries télévisées qui reflètent leurs problèmes et leur désarroi.

Regardez cette église. Vous imaginez l’intelligence et la science, le travail et la patience qu’il a fallu pour la bâtir ? Elle est l’image de l’Église de chair que nous formons ensemble. Elle représente aussi chacun de nous dont Dieu a fait le Temple de son Esprit Saint. Croyez-vous qu’il faille moins de compétences et d’énergie pour édifier un croyant adulte ou une communauté unie dans la maturité de la foi chrétienne ?

Les hommes de bonne volonté se retrouvent dans l’effort immense et magnifique pour construire un monde de justice et de paix. Dieu lui-même leur inspire ce projet et leur donne le cœur de le réaliser. Bien plus, il a envoyé son Fils qui a offert sa vie pour qu’il puisse réussir malgré les embûches du diable. Vous savez, « diabolos » signifie en grec celui qui disperse, éparpille, explose. La déconstruction est pour le moins un jeu dangereux. Et ceux qui se vouent à la destruction font sûrement le jeu du diable.

Vous l’avez remarqué, saint Paul dit : « qui détruit le temple, Dieu le détruira » ; mais Jésus ne dit pas : « détruisez ce temple et je vous détruirai », il dit : « je le relèverai ». Le seul destructeur que Dieu détruit, c’est le diable. Quant aux hommes, il les purifie de ce qui les détruit, c’est-à-dire du péché, par le pardon obtenu dans le Christ sur la croix.

C’est pourquoi, bien sûr, Jésus ne veut pas la destruction du Temple, au contraire. C’est « en faire une maison de trafic » qui est déjà le détruire spirituellement. En le purifiant, le Seigneur le relève. De même, c’est par l’inspiration du démon que les hommes vont tuer Jésus. Mais Dieu le ressuscitera : ainsi, il reconstruira le Temple véritable qui est son Fils, et même il fera de l’Église son corps, et de chaque fidèle un temple de l’Esprit Saint.

Ainsi, nous qui fêtons aujourd’hui la Dédicace de la basilique du Latran, c’est-à-dire la cathédrale du pape, évêque de Rome, nous célébrons en somme l’Église que Dieu bâtit avec les pierres vivantes que nous sommes : pierres choisies et précieuses, purifiées et ciselées avec amour et patience par un Dieu qui est Père et qui sait ce qu’il en coûte de donner la vie à ses enfants.

N’allons pas défaire ce que Dieu accomplit en nous par sa grâce, frères ! Soyons plutôt de bons ouvriers de son édification. C’est une œuvre grave et sérieuse, vous le savez, vous, les parents de ces enfants. Mais parce que c’est Dieu, c’est aussi un jeu beau et joyeux comme un jeu d’enfants, une construction qui est aussi un enfantement jusqu’au jour du bonheur que rien ne viendra plus jamais assombrir.