Dimanche 18 janvier 2015 - 2e dimanche Année B

La couleur des saisons et des heures est changeante

1 Samuel 3,3b-10.19 - Psaume 39,2.4.7-11 - 1 Corinthiens 6,13b-15a.17-20 - Jean 1,35-42
dimanche 18 janvier 2015.
 

Grâce à quoi Claude Monet peignit trente fois le même sujet et en obtint trente tableaux bien différents. Il s’agit de la fameuse « série des cathédrales », ainsi nommée bien qu’il n’y en ait qu’une, celle de Rouen, mais éclairée de telle manière qu’elle « n’est chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre », pour reprendre l’expression de Verlaine.

L’heure est très importante aussi dans l’évangile de Jean pour sa lumière. Bien sûr, La plus cruciale est « l’heure des ténèbres », ou « l’heure » tout court, qui désigne la Passion et la mort du Seigneur. À l’opposé, la rencontre avec la Samaritaine auprès du puits a lieu « à la sixième heure », c’est-à-dire au milieu du jour, quand le soleil est au plus haut. Il s’agit de la prophétie du temps de la pleine Révélation, après « la fatigue du chemin » de croix jusqu’au tombeau, lorsque le Ressuscité se fera reconnaître de ses disciples et leur donnera l’Esprit Saint pour annoncer l’Évangile aux nations.

Pour les premiers appelés aujourd’hui, l’événement se produit « vers la dixième heure ». Le jour est bientôt fini, mais il reste une lumière calme et douce. C’est l’heure avant-dernière. Je pense à la joie de tant d’hommes comme moi qui ont vécu leur entrée au séminaire comme un tel moment de grâce : enfin commencer à demeurer avec le Christ, faire désormais maison commune avec lui. Quelle paix après les tourments et les luttes de ce monde, même si le combat ne cesse pas en prenant une autre tournure, même si l’heure de Jésus se profile toujours à l’horizon.

Que cherchons-nous quand nous choisissons de vivre un certain renoncement au monde pour nous rapprocher du Christ en répondant à son appel ? Le désir de chacun est son secret, dans le Seigneur. Mais il a toujours à se laisser purifier et convertir. Les séminaristes en font l’expérience nécessaire. En particulier, les appelés doivent élargir et grandir leur passion personnelle pour Jésus jusqu’à l’amour de l’Église. Tout appel est ecclésial : il vient par un autre et par des médiations ; y répondre incorpore à une communauté et convoque à une fraternité de mission. Le disciple doit se laisser tourner vers les autres.

Pour tous les hommes, mes amis, les couleurs de la vie sont changeantes selon les événements et les périodes. Il y a « de sales moments », des moments de grâce et de joie, et des moments de misère. Mais pour ceux qui connaissent le Christ Jésus, l’alternance du bonheur et du malheur, la grande roue de la fortune qui tourne et retourne en broyant les plus faibles, et qui se laisse séduire et piper par les puissants et les malins, n’est plus une fatalité.

Nous n’échappons pas aux souffrances des hommes, frères, ni aux coups qui frappent les mortels, et nous en restons solidaires. Mais, par la foi nous pouvons tout tourner différemment dans la lumière de Dieu en nous convertissant nous-mêmes. D’abord, il nous est donné de vivre chaque moment de l’existence dans la lumière de « l’heure » correspondante du Seigneur : la paix bienheureuse du « demeurer en Dieu » avec le Fils éternel, et l’épreuve en communion avec son heure des ténèbres. Ensuite, nous pouvons prendre en considération le prochain et toute circonstance particulière en laissant la lumière de Dieu nous les révéler dans la vérité de son regard d’amour.

Ainsi, nous vivons tout comme les autres hommes, et pourtant tout différemment. La tristesse païenne ni la violence du monde ne peuvent plus, dès lors, s’emparer de nous comme de ceux qui n’ont pas d’espérance. La couleur des saisons et des heures de la vie peut varier infiniment, de la pleine lumière à l’obscurité même de l’enfer, nous demeurons dans la paix et la joie du Seigneur.

Cette paix dans la joie sera, sans plus aucune ombre, la couleur de l’éternité promise aux disciples par celui qui est mort et ressuscité pour établir les pécheurs dans sa sainteté.