Dimanche 25 janvier 2015 - 3e dimanche Année B

Les Français ont ressenti la nécessité de faire quelque chose

Jonas 3,1-5.10 - Psaume 24,4-9 - 1 Corinthiens 7,29-31 - Marc 1,14-20
dimanche 25 janvier 2015.
 

Après la grande émotion, le temps est venu de réfléchir posément au pourquoi des énormes manifestations qui ont suivi les attentats. Plus profonde que la diversité de sensibilité des manifestants, une motivation leur fut commune à l’évidence : ils ont eu peur. Et comme l’action est le meilleur des anxiolytiques, ils se sont levés et ils ont marché. D’ailleurs, le précédent le plus remarquable à l’événement est l’immense défilé populaire qui eut lieu sur les Champs-Élysées en juin 1968. Après la grande peur de mai, les Français ont aussi marché « au nom de la République ».

Le mouvement des Apôtres qui répondent aussitôt à l’appel de Jésus est-il comparable ? Peut-être, si l’on considère que la prédication du Seigneur, « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche », n’est autre que celle de Jean-Baptiste à laquelle il donnait un tour dramatique. Il est remarquable en effet que Jésus, du moins selon l’évangile de Matthieu, ait repris d’abord à l’identique la proclamation de fin du monde exprimée par Jean : « Convertissez-vous car le Royaume des Cieux est tout proche ». Cette annonce avait de quoi effrayer les hommes qui comprenaient bien la menace qu’elle représentait pour eux, pécheurs, c’est-à-dire coupables de fautes envers Dieu. Et, en Luc, les auditeurs demandent aussitôt au prophète : « Maître, que devons-nous faire ? »

Si nous revenons, de ces considérations, à notre situation présente, nous pouvons comprendre que les Français aient eu peur de la perspective soudaine d’une sorte de fin de leur monde relativement privilégiée sur la planète en termes de sécurité, d’abondance et de libertés individuelles. Mais, passé l’impressionnant mouvement qui les a rassemblés dans la rue pour protester contre le déchainement de violence dont ils ont été profondément choqués, quelle action peuvent-ils envisager qui prolonge et oriente leur mobilisation d’un moment ? Cette question est d’autant plus délicate que, derrière l’unité de façade pour dénoncer la terreur et la menace sur les libertés, les clivages demeurent.

En particulier, un fossé sépare ceux qui pensent que toute religion est mauvaise en soi et d’autres qui estiment au contraire que la religion est nécessaire, justement pour combattre toute espèce de violence contre l’homme. En travers de cet affrontement principal se trouvent deux clans qui se confortent mutuellement en s’opposant : d’une part ceux qui jugent l’Islam comme une mauvaise religion responsable de la violence qu’elle porte en elle irrémédiablement, et d’autre part certains musulmans qui légitiment cette même violence au nom de leur foi. Autant dire, frères, que nous n’en avons pas fini avec ce problème.

Pour nous, il s’agit d’abord d’entendre ce qu’en dit l’Église, car son enseignement est clair. D’abord, elle voit dans l’athéisme, fût-il paré des meilleures intentions, un chemin de destruction de l’humain. Et, à l’inverse, dans toute religion, fût-elle grevée de tares profondes, un chemin humain de recherche de Dieu qui ne peut que viser au salut de l’homme. Nous ne devons donc ni prendre le parti de ceux qui raillent et insultent Dieu et les croyants, ni condamner aucune religion de façon totale et définitive.

Ensuite, il nous revient de témoigner de façon toujours plus juste et authentique de Jésus Christ. Pour cela, il est nécessaire de nous convertir nous-mêmes avant de penser à convertir les autres. En particulier, n’allons pas nous estimer parfaits dans la foi alors que nous croyons encore très mal à l’Évangile du Royaume de Dieu, celui qu’a prêché Jésus et qu’il prêche encore par la voix et la vie de ses disciples quand ils méritent ce nom.

Allons, frères, n’ayons pas peur de nous lever à la suite des Apôtres pour annoncer que le salut du monde se trouve en Jésus Christ, et qu’il ne se trouve qu’en lui pour toujours.