Dimanche 8 février 2015 - 5e dimanche Année B

La vie spirituelle est compliquée, prenons-la avec des idées simples !

Job 7,1-4.6-7 - Psaume 146,1.3-7 - 1 Corinthiens 9,16-19.22-23 - Marc 1,29-39
dimanche 8 février 2015.
 

« Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples. » Cette phrase célèbre de Charles de Gaulle, tirée de ses mémoires de guerre, a fait l’objet de commentaires sévères : n’est-ce pas là une mauvaise manière militaire que de passer des réalités subtiles au fil d’un projet sommaire ? Or, s’il est un domaine complexe et qui mérite d’être respecté comme tel, c’est bien l’économie spirituelle de l’être. Et pourtant, il me semble judicieux de l’envisager bravement au son d’un mot d’ordre sans ambages.

Et ce mot commence par : « Rencontrer le Seigneur ». Dans notre évangile aujourd’hui, la présence personnelle du Christ à chacun apparaît bien nécessaire pour que s’accomplisse son action salutaire en sa faveur. À tel point qu’il estime lui-même indispensable de se rendre aussi dans les villages voisins, bien que beaucoup soient disposés à se déplacer pour aller le voir. Dieu prend l’initiative : c’est lui qui vient à nous le premier dans notre vie. Mais nous pouvons nous dérober à lui. Refuser les occasions qui nous sont offertes, c’est nous soustraire à l’agir salvifique de Jésus. Le premier pas de notre part est toujours un consentement à celui qu’a d’abord fait le Seigneur.

En sa présence, le démon ne peut tenir. Pour qu’il soit expulsé, nous n’avons pas besoin de grands moyens à la manière humaine, seulement de nous exposer tout entier par la prière confiante. L’obstacle ici est double : la honte de la hideur de notre âme nous étouffe et nous dissuade d’offrir ce pitoyable spectacle au Saint de Dieu ; dans le même temps, nous sommes attaché à notre péché familier au point de l’appeler « mignon » et de nous y accrocher farouchement, terrifié à l’idée d’en être privé comme un petit enfant de son doudou. C’est pourquoi l’esprit mauvais se présente ici d’abord sous les espèces de la force occupante qui ne cède qu’à la force supérieure non sans convulsions et vociférations, mais ensuite caché sous le visage ambigu de « la fièvre ».

Qu’est-ce donc, en effet, qui retient la belle-mère de Pierre clouée au lit et ainsi empêchée d’accomplir son service ordinaire ? Une mauvaise grippe ? Ou bien plutôt un désir aussi pressant qu’impossible à assouvir, comme on parle de la « fièvre de l’or » ? Dans le texte, rien ne vient soutenir directement la deuxième hypothèse, mais rien ne l’interdit non plus, et c’est elle la plus féconde pour notre propos. D’ailleurs, nous pourrions arguer qu’être belle-mère est toujours compliqué - en effet, être mère sans l’être ne doit pas être simple - et que l’acte de « guérison » de Jésus consiste simplement à « la saisir par la main pour la faire lever », ce qui peut s’interpréter comme une façon de lui enjoindre de se ressaisir et de cesser de refuser la vie. En tout cas, la femme accepte son relèvement puisque aussitôt « la fièvre la quitta et elle les servait ».

D’où le deuxième point de notre mot d’ordre : se laisser relever. Assurément, nous sommes entravé dans notre vie spirituelle par certain « péché mignon » lié à des désirs plus ou moins inassouvis. Il peut s’agir de volonté de puissance, d’aspiration à la gloire et au succès, de convoitise de biens ou de personnes et de beaucoup d’autres « passions » qui sont autant de portes d’entrée pour le tentateur, autant de blessures de l’être par où s’insinue le poison qui exténue notre liberté de vivre en nous donnant nous-même. En effet, vivre en vérité, c’est se donner librement par amour pour autrui, car il y a plus de joie à donner qu’à recevoir et nous n’avons rien à donner de plus grand que nous-même. Nous pouvons bien avoir l’air « plein de vie », débordant de santé, de force et d’activité, comblé de tous ce que le monde offre à ceux qui le servent, si tout cela n’est que pâture à l’orgueil et à l’égoïsme, nous avons la réputation d’être vivant, mais nous sommes mort. Ou, tout au moins, l’homme intérieur en nous est au lit avec de la fièvre. Ainsi se complète logiquement notre deuxième point : il s’agit de nous laisser relever « pour servir nos frères ».

La vie spirituelle a la complexité et la profondeur de l’être lui-même, créé par Dieu à son image et tombé au pouvoir de l’Ennemi qui est malin et maître en l’art d’embrouiller les choses et les gens. Ne nous laissons donc pas endormir dans des considérations alambiquées sur les difficultés du temps et les ambiguïtés de l’esprit. La vie spirituelle est compliquée, prenons-la avec des idées simples. Nous avons constamment besoin du Seigneur, le bon médecin et chasseur de tout mal, pour qu’il nous ressaisisse et nous relève. Entrons vaillamment dans le combat spirituel pour notre libération en nous laissant rencontrer par lui qui nous rétablira au vrai chemin de la Vie dans le service de nos frères.