Dimanche 3 février 1991 - 4e dimanche Année B

"Scoop" : annonce d’un événement sensationnel dont on a connaissance alors que tout le monde l’ignore encore

Deutéronome 18,15-20 - Psaume 94,1-2.6-9 - 1 Corinthiens 7,32-35 - Marc 1,21-28
dimanche 1er février 2015.
 

Le scoop est l’idéal du journaliste. Certains, dit-on, tueraient père et mère pour s’en offrir un d’importance. Pourquoi cette ardeur ? Parce qu’elle répond aux attentes du public. Et pourquoi cette attente, pourquoi tient-on tellement à savoir les choses avant les autres ? Le plus souvent pour des raisons stratégiques : parce que cela vous place en meilleure position que le concurrent, l’adversaire ou l’ennemi. Autrement dit, une telle demande d’information est en général inspirée par l’avidité, l’agressivité ou la peur. Au demeurant, le contraire d’un scoop serait l’énoncé de quelque chose que tout le monde sait depuis longtemps, et donc n’intéresserait personne.

Dans l’Evangile d’aujourd’hui, l’esprit mauvais a un scoop : il sait exactement qui est celui qui vient de Nazareth, et il sûr de son fait. On ne peut en effet plus parfaitement dire l’identité de Jésus qu’en reconnaissant en lui "le Saint de Dieu". En revanche, on peut se demander pourquoi les auditeurs de Jésus pensent que son enseignement est nouveau. En effet, nous savons bien que Jésus ne prétend pas enseigner autre chose que ce qui est déjà contenu dans les Écritures : il vient seulement accomplir la Loi et les Prophètes, sans vouloir ajouter ni enlever un iota à leur parole. Ce qui est nouveau dans l’enseignement de Jésus, c’est qu’il réussit, qu’il est "efficace". Il ne se contente pas de conserver indéfiniment le dépôt révélé, comme les scribes qui ne savait ni pénétrer ni faire pénétrer les autres dans l’intelligence du Mystère au-delà de la lettre qui seule ne peut rien. Lui, il fait comprendre enfin ce que tout le monde en Israël savait plus ou moins confusément depuis le début sans bien vouloir y croire. Il parle de façon à être entendu, et donc démasque l’ennemi qui s’oppose absolument à l’accueil de Dieu.

En effet, deux misères distinctes qui sont en nous, le plus souvent inextricablement mêlées de manière à nous plonger dans la confusion : la faiblesse et le péché. La faiblesse fait partie de la condition humaine et n’est pas mauvaise en elle-même. Mais elle est empoissonnée par le péché qui vient de l’ennemi de Dieu et de l’homme. Alors, en effet, il est bien désinformé, cet homme tourmenté par l’esprit mauvais : « Tu es venu nous perdre », dit-il à celui en qui il a reconnu Dieu. Comme si le Tout-Puissant avait sur l’homme un projet malveillant. Et voilà que derrière ce qui semblait une excellente nouvelle se démasque le très vieux mensonge sur Dieu. Il ne suffit pas de lui donner des connaissances exactes pour éduquer l’homme dans son humanité. Le mal en ce monde n’est pas qu’obscurité de l’ignorance, il est surtout et d’abord mensonge, dont les conséquences sont mortelles pour l’homme et pour la création toute entière.

Enseigner avec autorité tire celui qu’on enseigne de l’ignorance et démasque l’esprit mauvais qui la mettait à profit pour le maintenir loin de Dieu. Alors vient nécessairement l’exorcisme, l’expulsion de l’esprit mauvais, qui rend l’homme à la connaissance essentielle, à savoir la vérité au sujet de Dieu : qu’Il est bon, et que par son Fils Il vient pour nous sauver. Cette vérité aussi ancienne que les jours de l’homme est la seule vraie nouvelle pour le monde. Seule une longue et patiente pédagogie peut ainsi nous sauver de ce mal dont nous sommes intimement complices. Et c’est pourquoi certaines prétendues « vérités » assénées en dépit de la charité peuvent détruire et non édifier. Tandis que quand l’amour agit par l’enseignement éclairé, nous sommes établis dans la vérité de Dieu, la Bonne nouvelle qui doit nous rendre libres tous ensemble et pour toujours.