Dimanche 15 février 2015 - 6e dimanche Année B

Pauvre diable, malade d’Ébola

Lévitique 13,1-2.45-46 - Psaume 101,2-6.13.20-21 - 1 Corinthiens 10,31 - 11,1 - Marc 1,40-45
dimanche 15 février 2015.
 

Pourquoi dit-on de quelqu’un qu’il est un « pauvre diable » ? On le dit « pauvre » parce qu’il fait pitié ; et « diable » parce qu’il fait peur. Par exemple, nous avons vu les pauvres malades du virus Ébola être traités avec violence comme des diables, parce qu’ils faisaient peur à tout le monde à cause de la contagion.

Le lépreux de l’évangile est déjà précisément un pauvre diable de la même espèce. Mais plus encore, il l’est parce qu’il contribue à désigner prématurément Jésus comme le Messie, et donc à hâter sa fin tragique. En effet, si le Seigneur lui intime l’ordre de se taire, c’est bien pour éviter une diffusion malencontreuse d’un engouement spontané mais peu perspicace pour sa personne, et donc dangereux pour lui ; la suite ne le montrera que trop.

Il est patient, le Seigneur ! Il supporte l’assaut du lépreux qui, pourtant, aurait dû se tenir à distance. Et même il cède à son grand désir d’être guéri, par compassion et en vertu de la foi qu’il manifeste. Mais quand il le « renvoie », le verbe grec utilisé est précisément le même que pour les exorcismes, lorsqu’il « expulse » les démons. Comme il a traité Pierre de « Satan » lorsqu’il s’est opposé à l’annonce de la passion, il traite ici le lépreux guéri comme un « démon » dans la mesure où sa guérison extorquée à la pitié du Christ va le conduire à une vision tronquée de celui qui l’a guéri.

En effet, le pauvre diable ne peut mesurer que cette œuvre de salut sera obtenue au prix de la croix, ce qu’indique déjà le fait qu’à la fin de l’épisode, Jésus se retrouve dans la situation de relégation qui était celle du lépreux. Vraiment, comme le dit l’Écriture du Serviteur de Dieu, « il a pris sur lui nos souffrances, il s’est chargé de nos péchés ».

Nous aussi, nous sommes de pauvres diables. Non seulement nous sommes faibles et pécheurs, mais avec nos bonnes intentions nous rendons trop souvent un mauvais témoignage au Christ, comme ce fut le cas pour beaucoup de ses contemporains, notamment pour Pierre. Nous pensons que ce n’est pas grave, mais nous pouvons ainsi mettre l’Église en difficulté, voire parfois en péril.

C’est pourquoi l’obéissance est d’abord nécessaire à quiconque se veut missionnaire, témoin de Jésus, ce « pauvre Dieu » victime en son temps du zèle intempestif de ses admirateurs, et victime encore aujourd’hui en la personne de son Épouse, pour qui il a donné sa vie, sa chère Église.

Sachons donc nous laisser former autant que possible et, surtout, nous tenir dans le cadre des directives données par les autorités eccléisales. Cela n’empêchera pas l’Esprit Saint de prendre l’initiative à l’occasion en chacun de nous, et par chacun de nous. Car c’est le même Esprit qui est donné aux évêques et aux autres pasteurs pour conduire le troupeau et ordonner la mission.

Avec humilité et obéissance, donc, à l’imitation de saint Pierre revenu de ses égarements ainsi que de saint Paul, le persécuteur devenu Apôtre des nations, reconnaissons-nous faibles et pécheurs, et disciples du Seigneur, responsables ensemble de la mission, chargés d’annoncer au pauvre monde, victime du diable, l’Évangile et le salut en Jésus Christ.