Dimanche 8 mars 2015 - Troisième Dimanche de Carême Année B - Premier scrutin pour les catéchumènes adultes qui seront baptisés dans la nuit de Pâques

Qu’est-ce qui vous arrête ? Le prix ? Un défaut ? Un scrupule ?

Exode 20,1-17 - Psaume 18,8-11 - 1 Corinthiens 1,22-25 - Jean 4,5-42 (évangile de la Samaritaine)
dimanche 8 mars 2015.
 

Que la question vous soit posée prouve que vous hésitez à céder à votre premier mouvement, ce qui est tout à votre honneur. En effet, savoir retenir un élan pour considérer plus attentivement les conséquences de l’action relève de la sagesse et de la maîtrise de soi.

Qu’est-ce qui arrête Jésus ? Aujourd’hui nous le voyons « fatigué par la route, assis près de la source ». Nulle part ailleurs dans les évangiles Jésus n’apparaît ainsi stoppé par défaut d’énergie. Nulle part sinon lorsqu’il meurt sur la croix. Ici, donc, est prophétisé le sacrifice suprême par lequel il obtiendra notre salut. C’est pourquoi, à la fin de l’épisode, le Christ dit à ses disciples : « Dès maintenant, le moissonneur reçoit son salaire. » D’ailleurs, le nom de « Sykar » évoque le mort araméen qui signifie « salaire ». Les Samaritains, prémices des convertis au Seigneur, sont bien les arrhes du « salaire » versé au Seigneur pour le don de sa vie.

Chers amis catéchumènes, vous êtes, vous aussi, aujourd’hui, le fruit de la Passion du Seigneur. Et pourquoi pas plus tôt ? Pourquoi a-t-il fallu tout ce chemin de vie pour que vous alliez à lui ? Est-ce le Père qui hésitait jusqu’à présent à vous attirer à son Fils ? Pourquoi la route de Dieu n’est-elle pas plus directe vers chaque homme et vers tous les hommes, jadis comme en notre temps ? Qu’est-ce qui l’arrête donc ? Le prix ? Un défaut ? Un scrupule ?

Le prix, inouï, il avait décidé dès le commencement de le verser jusqu’à la dernière goutte de sang : c’est la vie de son Bien-Aimé. Le défaut, ce fut le mal qui s’est introduit dans le monde par la chute de nos premiers parents. Malgré l’horreur du Saint pour le péché et la haine qui défigurent la Création, il ne s’est pas arrêté devant le défi de l’Incarnation qui l’a conduit à partager notre existence si marquée de misères. Le scrupule, en un sens, c’est cela qui l’a arrêté : par amour de notre vie et par respect pour notre liberté, il a dû choisir la longue route de l’histoire sainte et de la Révélation pour nous atteindre sans nous détruire.

Tel est le sens du septième jour de la Genèse commémoré dans l’institution du sabbat : Dieu s’est arrêté lui-même pour que le mal qui s’était introduit dans le monde ne conduise pas à la destruction de toute créature. Ce Mal, il l’a vaincu une fois pour toutes sur la croix, mais le prix de sa victoire ne lui est acquis qu’à chaque fois qu’un cœur d’homme l’accepte librement, par amour répondant à l’Amour. Voilà pourquoi il y faut du temps et des délais : ce n’est pas Dieu qui hésite à nous prendre avec lui, c’est nous qui tardons à tomber dans ses bras.

Qu’est-ce qui l’arrête en nous ? Le prix, un défaut, un scrupule ? Le païen qui est en nous trouve-t-il une folie de payer si cher en renonçant au monde et à ses prestiges ? L’attachement à nos fautes passées, dénoncées par le Décalogue que nous venons d’entendre, nous ferait-il mésestimer le don de Dieu qui s’offre à nous ? Ou bien, comme le Juif pour qui c’est un scandale, redoutons-nous de trahir nos solidarités anciennes en nous attachant au Christ ? Ces graves questions, chers amis catéchumènes, sont particulièrement pour vous en ce dimanche de « scrutin ». Laissez Dieu faire la lumière en vos cœurs pour y révéler ce qui s’y oppose à sa venue pourtant tant désirée.

Ces questions sont aussi pour nous, chers frères et sœurs, en ce temps de carême où nous devons nous laisser purifier pour célébrer la fête de Pâques avec un cœur capable d’accueillir la joie de la résurrection. C’est pourquoi le scrutin des catéchumènes sera aussi notre acte pénitentiel de cette eucharistie.

Laisserons-nous l’attachement au Mauvais et à ses œuvres arrêter en nous le Seigneur de la vie et de l’amour ? Rendons donc grâce avec le Christ qui s’offre pour nous, et rien n’empêchera la source d’eau vive qui s’est ouverte en son côté sur la croix de sanctifier nos existences.