Dimanche 15 mars 2015 - Quatrième Dimanche de Carême Année B - Deuxième scrutin pour les catéchumènes adultes qui seront baptisés dans la nuit de Pâques

Montrez-moi vos œuvres !

2 Chroniques 36,14-16.19-23 - Psaume 136,1-6 - Éphésiens 2,4-10 - Jean 9,1-41 (l’Aveugle-né)
dimanche 15 mars 2015.
 

Les enfants comprennent qu’il s’agit de leurs dessins. Ils répondent donc volontiers à la demande, sûrs de recueillir des manifestations enthousiastes d’approbation. Ou bien, au contraire, ils s’y refusent, par timidité ou par honte de ce qu’ils ont fait. Sans doute, leur travail n’est-il pas toujours vraiment estimable, mais ce que fait un enfant est toujours important pour ceux qui l’aiment.

Les parents, justement, s’il leur est demandé de montrer leurs œuvres, penseront volontiers à leurs enfants. « Mes petits sont beaux, jolis et mignons par-dessus, par-dessus tous leurs compagnons » chantions-nous ironiquement en référence à la fable de La Fontaine « L’aigle et le hibou ». Ou bien, au contraire, quelque chose en eux leur fait honte. Pourtant, tout enfant mérite infiniment de considération.

Et Dieu, que répondra-t-il à la demande ? Ne va-t-il pas désigner fièrement sa Création, la nature qui rallie aujourd’hui tous les suffrages et nous fait chavirer de bonheur à la goûter et contempler ? Ou bien en ressentira-t-il quelque honte, tant elle est marquée de violence, et tant, surtout, sa couronne qui est l’homme se signale par ses monstruosités et ses abominations ? Pourtant, le monde demeure digne de tous nos soins, et l’homme, surtout, de toute notre compassion.

Telle est l’attitude de Jésus qui, aujourd’hui, s’occupe personnellement de l’aveugle-né. Comment ne pas penser, quand nous le voyons faire de la boue avec la poussière du sol, à la création d’Adam, façonné par Dieu à partir du même matériau ? Ainsi le Christ rappelle la première création et inaugure la nouvelle. Deux, en effet sont les œuvres de Dieu : par sa parole, il a fait l’univers, c’est la création, par son Fils, il le parfait et l’arrache à la mort, c’est la rédemption. Et le moyen du salut, l’Apôtre Paul nous le dit dans la deuxième lecture, c’est la foi.

Et vous, chers amis catéchumènes, si je vous demandais : « Montrez-moi vos œuvres », quelle serait votre réponse ? Sûrement, avec joie, sauriez-vous reconnaître dans vos vies nombre de belles actions. Elles vous ont été données par Dieu en prévision de votre sanctification, car tout bien vient de lui. C’est pourquoi Cyrus le Perse, un païen parmi les païens, est déclaré « inspiré par le Seigneur » dans le passage du deuxième livre des Chroniques que nous venons d’entendre. Mais sans doute en viendrez-vous aussi à vous remémorer les péchés que vous avez commis et qui vous inspirent de la honte. Vous pouvez le faire sans crainte, car, malgré tout, Dieu vous a estimé dignes de respect et de considération, et même de la grâce obtenue par le sacrifice de son Fils unique.

Ce « scrutin » que vous vivez maintenant, c’set la lumière du Christ qui vient éclairer vos cœurs pour que vous puissiez reconnaître votre péché, le détester et prendre la résolution d’y renoncer. Et le moyen de cette conversion, c’est la foi. Or, elle ne vous sera donnée pleinement qu’au baptême que vous recevrez dans la nuit de Pâques. Mais cette foi, comme nous l’enseigne l’évangile de Jean, s’accueille progressivement sur un chemin de combat spirituel. Voyez l’aveugle-né qui ne peut confesser le Christ qu’au terme d’un long processus de conflit avec les ennemis de Jésus. Voyez surtout comment il s’approche de la vérité tandis que ses adversaires s’enfoncent dans l’obscurité : c’est en obéissant à la parole du Seigneur alors même que sa vie et son esprit sont encore emplis de ténèbres et de confusion.

Une seule chose est nécessaire, avec la confiance inconditionnelle en Jésus Christ qui nous a aimés jusqu’à donner sa vie pour nous, c’est d’accueillir les faits et sa parole dans une conscience droite. Il ne vous est pas demandé d’aller contre votre raison : Dieu veut sauver sa création et non la brimer ! Au contraire, si vous agissez bien, votre raison en sera illuminée comme jamais auparavant. Car « celui qui fait la vérité vient à la lumière », comme le dit le Seigneur à la fin de l’évangile que nous aurions pu aussi entendre, celui du 4e dimanche du carême de l’année B.

Marchez ainsi, et vous pourrez montrer au monde en votre propre personne les œuvres merveilleuses que Dieu accomplit aujourd’hui en sa faveur pour les siècles des siècles.