Dimanche 22 mars 2015 - Cinquième Dimanche de Carême Année B - Troisième scrutin pour les catéchumènes adultes qui seront baptisés dans la nuit de Pâques

Le mort est ressuscité : et alors ?

Jérémie 31,31-34 - Psaume 50,3-4.12-15 - Hébreux 5,7-9 - Jean 11,1-45 (La résurrection de Lazare)
dimanche 22 mars 2015.
 

Vous avez accompagné le malade jusqu’à l’agonie, et jusqu’à l’issue fatale. Vous avez veillé la dépouille, entouré de la famille, des voisins et des amis. Vous avez accompli les rites funèbres et pleuré toutes les larmes de votre corps. Et voilà le mort qui vous revient, encore tout emballé dans ses linges ! Qu’allez-vous en faire ? Quel embarras, n’est-ce pas ?

Imaginez ce qu’on pu penser Marthe et Marie en voyant sortir Lazare. Passées la stupeur et l’incrédulité difficiles à vaincre, comment échapper à certaines questions gênantes ? Surtout : ainsi Jésus aurait laissé son ami agoniser, mourir et se faire enterrer au grand désespoir de ses sœurs simplement pour donner plus d’éclat à son intervention ultérieure ? Ayant épaté son monde par ce moyen, comment pourra-t-il regarder en face ces deux femmes bouleversées, et que leur dira-t-il pour surmonter leur légitime incompréhension ?

Bien sûr, Jésus n’aura pas à s’excuser auprès d’elles puisque c’est « parce qu’il aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare » qu’il a attendu deux jours avant de se mettre en route vers eux. Reste à comprendre en quoi le comportement du Seigneur face à cette maladie de son ami n’est pas seulement « pour que par elle le Fils de Dieu soit glorifié », mais aussi en faveur de ceux qui semblent faire les frais du projet de laisser d’abord mourir le malade.

Si vous avez été amoureux, ou amoureuse, ou si vous l’êtes, vraiment, passionnément, alors vous savez ce que veut dire : « Je ne pourrai pas me passer d’elle, ou de lui. » La vie sans l’autre apparaît alors sans goût et plus insupportable que la mort. À l’inverse, avec l’autre tout devient possible et désirable à vivre, même la souffrance et la mort. Il s’agit de cela, au plus haut point, lorsque le Seigneur déclare à Marthe : « Moi, je suis la résurrection et la vie. » Il en appelle à une foi plus grande chez elle, plus profonde que seulement la croyance dans le pouvoir du Seigneur, si grand soit-il, d’obtenir de son Père tout miracle qu’il lui demandera.

Ainsi, si Jésus ressuscite Lazare, ce n’est pas seulement pour manifester la résurrection au dernier jour en l’anticipant dès maintenant, c’est pour éveiller chez les hommes la foi en lui qui leur donne de vivre même la souffrance et la mort comme une vie indestructible, puisque c’est en communion d’amour avec lui.

De même, si vous vous préparez à recevoir le baptême, ce n’est pas seulement pour recevoir l’assurance de la vie éternelle par-delà votre existence terrestre, c’est aussi et d’abord pour vous inviter à vivre cette existence dès maintenant en « ressuscités avec le Christ ». Laissez-vous donc purifier de toutes vos connivences et complicités avec la mort, de toutes les manières d’en prendre son parti par le renfermement sur les biens de ce monde et leurs prestiges.

À nous aussi, mes frères, cette injonction s’adresse, car nous n’avons pas fini de nous laisser transformer selon notre vocation sainte de baptisés. Sans la docilité à l’Esprit qui donne aujourd’hui la vie plus forte que la mort, sans la foi agissant par la charité, nous rendrions vaine même notre espérance de la résurrection. Que notre participation à cette eucharistie renouvelle en nous le désir et le ferme propos de vivre chaque jour dans l’amour du Christ qui demeure aux siècles des siècles.