Jeudi saint 2 avril 2015 - La Cène du Seigneur

Il a montré sa vraie nature

Exode 12,1-8.11-14 - Psaume 115,12-13.15-18 - 1 Corinthiens 11,23-26 - Jean 13,1-15
jeudi 2 avril 2015.
 

C’est souvent en mauvaise part que s’utilise cette expression pour signifier que tel propos ou telle action révèle le caractère caché d’une personne ou d’un groupe. En effet, l’opinion commune est qu’il faut se montrer tel qu’on est : ceux qui se déguisent habituellement sont soupçonnés d’hypocrisie, ou tout au moins taxés de dissimulation.

Pourtant, il arrive aussi que les qualités d’un être demeurent invisibles sous les apparences ordinaires et qu’il faille des circonstances particulières pour qu’elles se révèlent : les grands hommes surgissent ainsi dans les grandes occasions.

Enfin, de façon parfaitement légitime, un personnage public saura parfois « se mettre en scène » judicieusement pour manifester un trait de sa personnalité qu’il veut exemplaire. Le pape François semble expert en la matière, d’ailleurs certains le lui reprochent en dénonçant ce qu’ils estiment relever d’un narcissisme mal venu.

Il n’est pas en si mauvaise compagnie, puisque c’est exactement ce que fait Jésus aujourd’hui. Délibérément, au milieu du repas, le Seigneur se livre à une démonstration qu’il explique ensuite : « Si moi, le Seigneur et le maître, je vous ai lavé les pieds... c’est un exemple que je vous ai donné. »

Non seulement le geste du Seigneur ce soir ne procède pas d’un esprit d’hypocrisie ou de dissimulation, mais, bien au contraire, il dépasse l’intention d’exemplarité pour atteindre la grandeur d’une véritable théophanie : Jésus révèle ici sa vraie nature. Il révèle sa nature divine, et il révèle ce qu’elle est : un amour souverain et sans limites. Voilà ce qu’est Dieu : un Amour tout-puissant que rien ne peut arrêter dans sa volonté de faire le bien de l’être aimé.

Bien sûr, il est capital que cette révélation soit faite à la veille de la Passion : sans cela, comment pourrions-nous comprendre l’arrestation, la flagellation, la dérision et la crucifixion d’un homme comme l’acte libre et victorieux du Dieu qu’il est ? Sans le lavement des pieds et l’institution de l’Eucharistie, saurions-nous contempler la croix comme le don libre du Fils par le Père et du Fils au Père, dans une parfaite communion d’amour pour le salut de tous les hommes ?

Mais heureusement, à la lumière de ces gestes, non seulement la croix apparaît comme vraiment divine, c’est-à-dire un acte de l’amour tout-puissant de Dieu qui pardonne les péchés et ouvre la vie éternelle, mais aussi l’Église dans son humilité toujours à retrouver, les prêtres, dans la fidélité de leur ministère toujours à renouveler, et la charité ordinaire des jours par les mains des fidèles toujours à sanctifier, afin que se répande sur le monde la surabondance des bienfaits du Seigneur.

Et qu’ainsi Dieu montre aux hommes qui allaient dans la nuit du péché et de la mort, sa vraie nature de Lumière et d’Amour.