Nuit de Pâques 4/5 avril 2015 - La Résurrection du Seigneur - Baptême de treize adultes

Il y a joie et joie, il y a peur et peur

Genèse 1,1-2,2 - Psaume 103,1-2.5-6.10.12-14.24.35 - Genèse 22,1-18 - Psaume 15,5.8-10.1b.11 - Exode 14,15-15,1 - Cantique Exode 15,2-6.10.11.17 - Isaïe 54,5-14 - Psaume 29,3-6.12-13 - Isaïe 55,1-11 - Cantique Isaïe 12,2-6 - Baruch 3,9-15.32-4,4 - Psaume 50,12-15.18-19 - Ézéchiel 36,16-28 - Psaume 18,8-11 - Romains 6,3b-11 - Psaume 117,1-4.16-17.22-23 - Marc 16,1-8
dimanche 5 avril 2015.
 

Il y a trois sortes de peur. La peur qui paralyse, la peur qui met en fuite et celle qui fait combattre. Clairement, la peur qui saisit les trois femmes est de la deuxième espèce, puisqu’elles « s’enfuirent du tombeau ».

Ce n’est pas un si mauvais début. Rappelez-vous Jonas, celui qui s’est enfui à l’autre bout du monde. Or, il a pu revenir et même aller jusqu’au lieu qu’il tentait d’éviter avec tant d’énergie. Tandis que si l’on demeure paralysé, rien ne peut arriver.

La peur des saintes femmes est sans doute celle d’avoir à annoncer la Parole dans un monde hostile. Et, en effet, la Résurrection de Jésus ne nous fait pas planer au-dessus du monde, elle nous met en marche pour une vie qui témoigne du Crucifié. C’est pourquoi elle a pour nous quelque chose de saisissant et d’effrayant.

Rappelez-vous la prière du dimanche des Rameaux et de la Passion : « Pour montrer au genre humain quel abaissement il doit imiter, tu as voulu que notre Sauveur, dans un corps semblable au nôtre, subisse la mort de la croix. Et l’Apôtre Paul dit : « Partout et toujours nous subissons dans notre corps la mort de Jésus afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre corps (2 Corinthiens 4,10). Et nous chantons : « Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons - c’est votre baptême -, si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons - c’est votre vie de baptisés ». Oui, il est normal qu’à l’annonce de la résurrection du Seigneur nous soyons effrayés à l’idée de devoir entrer, comme lui, dans un « régime de l’amour » qui dépasse ce qui est possible à l’homme, jusqu’à l’anéantissement de soi-même où Jésus nous a précédés.

Dès lors, nous voyons bien que si nous en restions à la seule foi nue du baptême, nous serions trop faible pour répondre à notre vocation baptismale qui nous mène au combat. C’est pourquoi vous allez être aussitôt confirmés, c’est-à-dire rendus forts dans l’Esprit Saint, et nourris de l’Eucharistie.

Aussitôt né, en effet, l’enfant doit respirer et s’alimenter. Ainsi, vous, de même que vous respirez incessamment, de même votre nouvelle vie de baptisés réclamera sans cesse l’Esprit Saint et la prière. De même que vous prenez des repas réguliers, de même, baptisés, vous viendrez régulièrement à la messe recevoir le pain de Vie.

Maintenant vous comprendrez pourquoi, dans les versions les plus anciennes, l’évangile de Marc se termine de cette façon étonnante. C’est à nous, c’est bientôt à vous, de parler à leur place, maintenant ! C’est effrayant ? Sans doute, mais n’ayez pas peur : ayez confiance dans le Christ dont le baptême va vous revêtir, et dans l’Esprit que le Père va répandre sur vous par la Confirmation. Appuyez-vous toujours sur Jésus dont l’Eucharistie va vous nourrir : si vous ne l’abandonnez pas, il ne vous manquera jamais, car il est fidèle, lui.

Ayez donc la peur qui fait combattre : la crainte du péché et de l’infidélité. Ne redoutez pas trop de fuir parfois : le Seigneur vous fera revenir. Mais ne vous laissez jamais paralyser. Vous êtes recréés pour marcher sur le chemin de vérité qui conduit à la Vie.

Que votre joie ne soit donc pas le feu de paille d’un soir d’oubli de la vie ordinaire, le mirage d’un jour de fête qui fait tourner la tête et que la nuit change en mauvais souvenir.

Soyez joyeux de la joie qui demeure au long des longues marches, aux jours de brouillards comme au temps des éclaircies de la vie.

Que le Christ, le Fils de Dieu venu dans le monde, que Jésus demeure votre joie pour toujours.