Vendredi saint 3 avril 2015 - Célébration de la Passion du Seigneur

Pour rien au monde !

Isaïe 52,13 à 53,12 - Psaume 30,2.6.12-17.25 - Hébreux 4,14-16 et 5,7-9 - Jean 18,1 à 19,42
vendredi 3 avril 2015.
 

Pour rien au monde je ne ferais cela !

Des athlètes s’imposent un régime draconien et consentent des efforts surhumains avec beaucoup de souffrances pour réaliser la performance à laquelle ils aspirent.

Des passionnés se dépensent sans compter, jusqu’à l’épuisement, la ruine et même parfois l’humiliation extrême pour atteindre l’objet de leur désir.

Des fous s’infligent extravagances, déchéances ou mutilations pour des motifs impossibles à justifier.

Jésus serait-il donc un athlète, un passionné ou un fou pour consentir ainsi à subir l’effroyable chemin de croix dont nous venons d’entendre le récit ?

Un athlète, oui, en un sens : n’a-t-il pas voulu de toutes ses forces accomplir ce chemin par obéissance à la volonté du Père ? Comme le montre clairement l’évangile de Jean, Jésus qui subit le pire des supplices s’offre en fait librement et volontairement. Son consentement accompagne donc tous les moments de l’affreux supplice qu’il endure.

Il accepte chaque pas, il reçoit chaque coup comme un obstacle à surmonter. Il se relance à tout instant jusqu’au paroxysme de la dépense de lui-même pour assumer en esprit le broiement de son corps. Pourtant, aucun athlète ne voudrait accomplir cette sorte d’exploit qui laisse les spectateurs fascinés et stupéfaits mais ne saurait leur inspirer aucune admiration. Et même, qui suscite en eux au mieux la pitié, au pire le mépris.

Est-il un passionné ? Certes, et des plus ardents. Car c’est par un amour sans bornes pour chacun de nous qu’il a donné ainsi sa vie jusqu’à l’extrême, car il l’aurait donnée de même pour un seul d’entre nous ! Mais aucun amoureux de ce monde n’irait choisir une pareille abjection pour toucher le cœur de sa belle.

Est-il fou ? Non, sûrement pas. Car l’intelligence de Jésus fut plus claire et droite que celle d’aucun d’entre nous qui se trouve si souvent aveuglée par les idéologies, pervertie par les désirs égoïstes et détournée de la vérité par le triste goût du mensonge. Mais tout aussi sûrement si : fou de la folie de Dieu qui surpasse nos sagesses humaines !

Et maintenant, voilà qu’il nous est demandé de le suivre. Comment pourrions-nous le faire ? Pour rien au monde je ne voudrais d’un tel chemin !

Que me reste-t-il donc, sinon de reconnaître humblement devant lui ma faiblesse, de l’adorer en son immense amour, de rester confondu de tant bonté qui démasque ma misère spirituelle, et d’implorer sa miséricorde ?

Il nous faut aussi, frères bien-aimés, aller jusqu’à demander la grâce d’En-Haut qui peut nous inspirer l’amour même de Dieu et nous donner la force d’imiter son Fils en son abaissement.

Car ce que nous ne ferions pour rien au monde, l’Esprit de Jésus nous donnera de l’accomplir avec lui pour l’amour de Dieu.