Dimanche 12 avril 2015 - Deuxième dimanche de Pâques - Célébration communautaire du sacrement de l’onction des malades

Au grand soleil, le passage d’un nuage fait lever la tête

Actes 4,32-35 - Psaume 117,1-4,16-17,22-23 - 1 Jean 5,1-6 - Jean 20,19-31
dimanche 12 avril 2015.
 

Toute l’année nous vivons de la foi à la résurrection de Jésus, comme assoupis dans une certitude tranquille dont Pâques nous tire brusquement. Le jour le plus solennel serait donc un nuage troublant le ciel serein de l’année liturgique ? La fête entre les fêtes venant porter l’ombre d’un doute au cœur en paix des croyants, ce serait bien la peine !

De ce paradoxe, nous pouvons tirer un grand bienfait : celui de mesurer l’étendue et la profondeur de notre confiance ordinaire. Si nous vivons ainsi dans foi, c’est parce qu’il est ressuscité. Si nous croyons au Ressuscité toute l’année, c’est que lui-même est tout entier entré dans l’éternité : toute sa vie est assumée dans son corps glorieux, qui doit donc se comprendre en quatre dimensions : les trois de notre extension physique, plus celle du temps.

Quand nous nous inclinons devant la crèche, nous n’adorons pas un poupon de cire ou de plastique, ni un simple souvenir, mais bien, enfant, Jésus qui est ressuscité. Quand nous célébrons l’Eucharistie, nous rappelons la mort du Seigneur qui se produit alors pour nous. Quand l’un d’entre nous offre ses souffrances en communion avec celles du Christ, lui-même est présent, car celui qui a souffert est ressuscité. C’est pourquoi Jésus montre ses plaies à Thomas qui voulait les toucher, comme d’ailleurs il les avait montrées d’abord aux autres Apôtres.

En effet, Jésus ressuscité se fait proche de chacun de nous à tout instant de notre vie. Il s’associe particulièrement à chaque moment de notre existence selon l’un des états de sa vie tout entière ressuscitée. C’est pourquoi, si nous l’accueillons, nous vivons nous aussi déjà ressuscités tous ces moments, jusqu’à la souffrance et la mort même. Pourtant, me direz-vous avec raison, « ressuscité, le Christ ne meurt plus : la mort n’a plus aucun pouvoir sur lui » ; il ne souffre plus non plus. Ces moments terribles de son existence ne sont ni oubliés ni répétés indéfiniment : ils sont transformés en ce pur amour dans lequel il les a vécus, et c’est cet amour qui est éternel. La résurrection, c’est l’amour. L’application de cet amour à nos existences à nous, c’est cela, la Miséricorde divine que nous fêtons aujourd’hui. C’est que, quand nous souffrons ou quand nous mourons, le moment de la souffrance ou de la mort du Seigneur est rendu présent à notre propre détresse pour l’habiter, la consoler et la transformer en pur amour.

Lui ne souffre plus, nous, si. Mais, nos souffrances, il les fait siennes. Nous complétons, comme dit l’Apôtre, « ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Église ». Ainsi, en nous, il souffre. Et, de même, en nous il meurt, bien qu’il ne puisse plus mourir. Mais il agit ainsi aussi pour nos joies et nos bonheurs : il les habite de sa propre personne de Ressuscité. Et ce n’est pas pour nous un moindre bénéfice : car nous avons autant besoin qu’il s’approprie nos succès et nos gloires, afin de nous préserver de tout orgueil et de toute tentation de nous suffire de nous-mêmes en l’abandonnant, lui, la source de tout bien.

C’est pourquoi, en toutes circonstances, heureuses ou malheureuses, comme Thomas et les autres Apôtres nous sommes renvoyés à la vie avec Jésus pour sortir de nos doutes et devenir croyants en sa miséricorde divine.

Quand les pires nuages d’orage s’amoncèlent sur sa vie, heureux celui qui lève la tête vers le Ressuscité : le soleil de son amour emplira son cœur et brillera pour tous ceux qui le verront.