Université de Quartier - 11 janvier 1996

Il y a un seul Dieu, y a-t-il plusieurs chemins ?

1996.
 

Je vois ici des gens qui disputent sans fin sur la religion ; mais il me semble qu’ils combattent en même temps à qui l’observera le moins...

Rassurez-vous, il ne s’agit que d’une citation de Montesquieu, qui écrivait ces mots il y a près de trois siècles dans ses fameuses Lettres persanes.

Non seulement ils ne sont pas meilleurs chrétiens, mais même meilleurs citoyens, et c’est ce qui me touche car, dans quelque religion qu’on vive, l’observation des lois, l’amour pour les hommes, la piété envers les parents, sont toujours les premiers actes de religion.

En effet, le premier objet d’un homme religieux ne doit-il pas être de plaire à la Divinité, qui a établi la religion qu’il professe ? Mais le moyen le plus sûr pour y parvenir est sans doute d’observer les règles de la société et les devoirs de l’humanité ; car, en quelque religion qu’on vive, dès qu’on en suppose une, il faut bien que l’on suppose aussi que Dieu aime les hommes, puisqu’il établit une religion pour les rendre heureux ; que s’il aime les hommes, on est assuré de lui plaire en les aimant aussi, c’est-à-dire en exerçant envers eux tous les devoirs de la charité et de l’humanité, et en ne violant point les lois sous lesquelles ils vivent.

Par là, on est bien plus sûr de plaire à Dieu qu’en observant telle ou telle cérémonie : car les cérémonies n’ont point un degré de bonté par elles-mêmes ; elles ne sont bonnes qu’avec égard et dans la supposition que Dieu les a commandées. Mais c’est la matière d’une grande discussion ; on peut facilement s’y tromper ; car il faut choisir les cérémonies d’une religion entre celles de deux mille.

Un homme faisait tous les jours à Dieu cette prière : "Seigneur, je n’entends rien dans les disputes que l’on fait sans cesse à votre sujet. Je voudrais vous servir selon votre volonté, mais chaque homme que je consulte veut que je vous serve à la sienne. Lorsque je veux vous faire ma prière, je ne sais en quelle langue je dois vous parler. Je ne sais pas non plus en quelle posture je dois me mettre : l’un dit que je dois vous prier debout ; l’autre veut que je sois assis ; l’autre exige que mon corps porte sur mes genoux. Ce n’est pas tout : il y en a qui prétendent que je dois me laver tous les matins avec de l’eau froide ; d’autres soutiennent que vous me regarderez avec horreur si je ne me fais pas couper un petit morceau de chair. Il m’arriva l’autre jour de manger un lapin dans un caravansérail. Trois hommes qui étaient auprès de là me firent trembler : ils me soutinrent tous trois que je vous avais grièvement offensé ; l’un, parce que cet animal était immonde ; l’autre, parce qu’il était étouffé ; l’autre enfin, parce qu’il n’était pas poisson. Un Brahmane qui passait par là, et que je pris pour juge, me dit : "Ils ont tort, car apparemment vous n’avez pas tué vous-même cet animal. - Si fait, lui dis-je. - Ah, vous avez commis une action abominable, et que Dieu ne vous pardonnera jamais, me dit-il d’une voix sévère. Que savez-vous si l’âme de votre père n’était pas passée dans cette bête ?" Toutes ces choses, Seigneur, me jettent dans un embarras inconcevable : je ne puis remuer la tête que je ne sois menacé de vous offenser ; cependant je voudrais vous plaire, et employer à cela la vie que je tiens de vous. Je ne sais si je me trompe ; mais je crois que le meilleur moyen pour y parvenir est de vivre en bon citoyen dans la société où vous m’avez fait naître, et en bon père dans la famille que vous m’avez donnée."

Tels sont donc les raisonnements que Montesquieu met sous la plume de son Persan principal, Usbek, dans la XLVIème de ses Lettres persanes (1721).

Cet ouvrage émerveille les jeunes gens qui le découvrent aujourd’hui. Vous-mêmes, peut-être pensez-vous plus ou moins comme Usbek. En somme, il s’agit d’un discours moderne, par ses idées ouvertes, raisonnables et tolérantes, et par sa largeur de vues. Pourtant, ces propos sont d’abord extraordinairement classiques, proches de la pensée antique. Ils se trouveraient bien, pour une part, dans la bouche d’un personnage du Satyricon de Pétrone, où l’on voit les Romains du 1er siècle s’exprimer d’une façon qui ne déparerait pas certains salons parisiens de notre temps. On est toujours étonné de constater à quel point ce que nous croyons moderne ne l’est pas en réalité.

Ainsi, par exemple, dans "l’Italie grecque" du 5ème siècle avant Jésus Christ - cette colonie qui fut à la Grèce ce qu’est l’Amérique à la vieille Europe, une terre de grands espaces neufs où pouvaient se déployer largement les ambitions cultivées dans l’ancien jardin de la civilisation -, en "Grande Grèce", donc, Philolaos et d’autres astronomes avaient établi que la terre est sphérique et qu’elle tourne autour du soleil. Plus tard, ces gens très cultivés qui appréciaient le sport eurent aussi leurs "hooligans" capables de débordements qui n’avaient rien à envier aux nôtres, au point que le stade de Pompéi dut être fermé par Néron pour dix ans. On pourrait citer maint autre détail, comme les espaces piétonniers dans les villes, mais je me contenterai de renvoyer à l’archéologie des villes du Vésuve.

Donc le discours de Montesquieu est d’abord celui d’un païen éclairé, d’un homme cultivé d’une grande civilisation antique. Les gens de cette espèce avaient en général une attitude sceptique : les actes du culte, à leurs yeux, étaient surtout bons pour le peuple. Quant à eux, ils se contentaient de nourrir une certaine considération à l’égard du Dieu, lointain mais probable, auteur de toute chose qui jette un regard de bienveillance sur les hommes vertueux.

Les élites étaient ainsi prises entre deux versants d’une attitude religieuse distanciée. D’un côté, la piété éclairée dont Socrate est le meilleur représentant, lui qui disait en toute humilité : "Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien." D’autre part, le sophiste, qui lui aussi "sait qu’il ne sait rien", mais qui, dans sa vanité, se fait gloire de ce savoir de l’ignorance grâce auquel il mystifie les gens ordinaires qui s’imaginent savoir quelque chose.

Montesquieu aussi, en bon moderne, cède à l’illusion d’une supériorité intellectuelle qui lui ferait dominer la diversité des traditions dans leurs particularités instructives.

En premier lieu, il ne s’aperçoit pas que dans ses propos se glissent, comme des évidences, des affirmations qui n’en sont pas, car elle relèvent proprement de la Tradition chrétienne et ne sauraient en particulier venir quasi "naturellement" à la pensée du Persan Usbek.

D’abord, l’idée qu’en général la divinité établirait une religion pour rendre les hommes heureux est simplement fausse au regard de l’anthropologie. Bien au contraire, les divinités de toute espèce en instaurant leur culte imposent aux hommes de les servir. Selon "l’expérience" universelle, la religion est essentiellement une servitude pour l’homme en vue du service des dieux.

Plus précisément, l’idée que "Dieu aime les hommes" est extrêmement douteuse pour les hommes en dehors de la Révélation faite à Israël. Au demeurant, les sacrifices, en régime païens, ont pour objet d’apaiser les dieux, ou de les rendre favorables, ce qui suppose que leur bienveillance est tout sauf acquise a priori.

Ensuite, l’idée que l’on plaît à Dieu "en aimant aussi les hommes, en exerçant la charité à leur égard", dans sa généralité absolue, est spécifiquement chrétienne : pour l’ordinaire, l’attitude commandée par les dieux à l’égard des autres hommes est pour le moins variable en fonction des circonstances. Encore, l’idée du respect ordinairement dû au nom de Dieu aux lois sous lesquelles vivent les hommes, dans la lucidité sur la diversité de ces lois et leur relativité, est aussi chrétienne, et suppose une compréhension avancée de la théologie de la Création en lien avec celle de la Rédemption.

Enfin Montesquieu commet une erreur typique du rationalisme occidental moderne - que l’on peut appeler "post-chrétien" - en invoquant la difficulté qu’il y aurait à choisir un rite "parmi ceux de deux mille religions". Il imagine, comme d’ailleurs l’immense majorité de nos contemporains, qu’il y aurait au monde une pluralité de religions de la même manière qu’il existe une multitude de cultures. Cette erreur, lourde de conséquences fâcheuses sur l’intelligence de la "chose religieuse", parmi lesquelles il faut relever surtout la confusion de la question du rite et de la question de la vérité, nous allons maintenant nous employer à la dissiper en brossant un tableau historique élémentaire d’histoire religieuse universelle.

Contrairement à ce que pense l’Usbek de Montesquieu, il n’y a pas d’abord dans le monde des hommes une pluralité de religions, mais une multitude de dieux. En effet, si nous laissons de côté pour l’instant chrétiens, juifs et musulmans - soit un tiers seulement de l’humanité - il reste aujourd’hui des hommes qui ressemblent aux hommes de toujours et de partout, pour lesquels le monde est peuplés d’êtres plus ou moins divins. La situation religieuse universelle est profondément tolérante : l’homme, religieux de son naturel, est très ouvert aux dieux des autres. Ainsi, dans l’Athènes que visite Paul, en plus des innombrables sanctuaires dédiés à tous les dieux locaux et exotiques dont on peut avoir entendu parler, il y a un autel "au dieu inconnu". A tout hasard, par prudence.

Les "dieux", ce sont aussi - dans la pensée religieuse commune - les anges, les fantômes, les esprits, les morts, les extraterrestres... Comme les carburants de marques diverses, sous des étiquettes variées correspondant à des additifs spécifiques, proposent fondamentalement le même composé organique énergétique, de même les hommes pensent se "brancher sur le même divin" par le canal d’une multitude de médiations différentes. Notre époque, de ce point de vue, est plus que jamais semblable à toutes les autres pour ce qui est du comportement religieux, elle est animiste et païenne.

Dans l’histoire de l’humanité, il n’y a qu’un seul événement proprement religieux. Certes il y eut de nombreux événements de sagesse : Socrate et les pré et post-socratiques, le Bouddha, Lao-Tseu, Zoroastre (tous autour de 500 avant Jésus-Christ), et beaucoup d’autres plus ou moins connus, plus ou moins anciens, dont le pharaon Aménophis IV Akhénaton. Des hommes qui, en leur temps, poussèrent la réflexion jusqu’à une certaine pureté de conception du divin et du monde qui permet à l’homme de s’y situer et de conduire sa vie avec lucidité. Mais un seul événement fut proprement religieux : la Révélation faite à nos Pères, qui changea la face du monde.

Le Dieu qui se révéla à Abraham ne s’est pas présenté à lui comme le seul Dieu. Mais comme un Dieu qui proposait à un homme une alliance personnelle, une alliance d’amour et de bénédiction, dans laquelle il s’engageait lui-même "à la vie à la mort" ; j’emploie cette expression très forte en référence à l’épisode dans lequel, sous le signe du feu, Dieu passe entre les animaux coupés en deux par Abraham pour lui signifier l’indéfectibilité de son engagement envers lui.

Oui, l’événement religieux, c’est qu’un Dieu, un jour, a instauré avec Abraham une histoire d’amour qui, dès le début, concernait tous les hommes. En effet, ce Dieu qui ne se disait pas d’emblée "unique", se déclarait en revanche "le Dieu pour tous" au moment même où il faisait alliance avec un homme parmi tous, par les termes de la promesse qu’il lui faisait : "En toi seront bénies toutes les nations de la terre". Tel est le rayon de lumière qui troue l’opacité de la non-histoire universelle. Non-histoire, car il n’y a pas d’histoire au monde avant Abraham.

La condition commune de l’homme religieux, c’est la morne idée d’une bienveillance supérieure probable, ou du moins non impossible, mais qui se trouve constamment défiée ou déniée par le mal dont on fait l’expérience. Ainsi le savoir-vivre ordinaire se construit-il sur la part maudite, la part faite du mal, concédée au mauvais sort, qu’est le plus souvent le sacrifice idolâtrique. Et tout, dans ce monde incertain, passe et lasse, en sorte que rien ne saurait être établi dans une véritable éternité : tout juste peut-on envisager un éternel recommencement, qui est bien plus un déni de l’histoire que son cadre possible.

Or voilà qu’une histoire d’amour est annoncée, une histoire d’amour qui ne finira pas mal, c’est promis. L’alliance avec Abraham promet une fin heureuse, et donc la destruction du Mal. Et cette destruction est liée au pardon.

Car aussitôt reçue sa vocation, Dieu s’étant adressé à lui pour la première fois, Abram (qui n’a pas encore reçu le nom d’Abraham) va faire l’expérience de la nécessité de la grâce et du pardon. Il part pour l’Egypte. Mais il se dit : "Ma femme, Saraï (elle n’est pas encore Sara), est très belle. Sûrement les Egyptiens vont me tuer pour la prendre." Alors il lui demande de se faire passer pour sa soeur. Effectivement, le Pharaon prend la belle Saraï pour femme, et Abram s’en trouve largement gratifié. Mais le Pharaon s’en trouve fort mal : il a toutes sortes d’ennuis. Alors, comprenant la vérité (le récit biblique ne dit pas comment), il renvoie Abram avec sa femme et tout ce qu’il possède. Il y a sûrement là une figure anticipée de la sortie d’Egypte. Il n’empêche que, contrairement aux craintes d’Abraham, le Pharaon ne lui fait aucun tort, au contraire.

Voici donc l’homme que Dieu a choisi pour faire Alliance avec lui : son premier exploit est d’aligner jugement téméraire, mensonge et adultère, puis de se faire jeter dehors par le Pharaon qui, en revanche, lui donne une bonne leçon de vertu en cette occasion. Quoique que le récit biblique reste fort laconique, ne peut-on penser qu’Abram fait là l’expérience fondamentale du pardon de Dieu, se montrant en cela père de David, de Simon-Pierre, et de tout croyant qui doit se comprendre comme un renégat gracié ? L’expérience qui scelle l’intelligence de Dieu et l’entrée dans l’Alliance : celle qui me fait découvrir que je vis par grâce. Ayant ainsi vécu comme une Pâque, Abraham pourra magnifiquement, un jour, intercéder lui-même pour Sodome. En effet, celui que Dieu élève en son Alliance, il le prend avec lui, il en fait son compagnon et même son lieutenant, au sens littéral où le fidèle "tient lieu" de Dieu. Malgré son indignité radicale et en vertu du pardon miséricordieux de celui qui est Saint, il devient acteur avec Dieu de la réalisation de son dessein d’amour envers tous les hommes, de l’histoire de foi et de pardon qui seule donne contenu, réalité et sérieux à l’Amour.

Cet événement, cette histoire d’amour avec Abraham, trouve son accomplissement en Jésus Christ, qui est le fin mot de toute la Bible. Mais d’autres que les chrétiens se réclament d’Abraham et de l’histoire biblique.

Il faut savoir que les Juifs d’aujourd’hui relèvent d’une fondation, d’une refondation, postérieure à la résurrection du Christ, à la prédication apostolique et à la destruction du Temple (en l’an 70). Leur régime religieux a été fondé du côté de Jamnia, vers l’an 80, en pays philistin -l’actuelle "bande de Gaza" - par les rabbins qui s’y étaient réfugiés après la prise de Jérusalem et la répression romaine en Judée. Autrement dit il y a des chrétiens avant qu’il y ait des Juifs de notre ère. Quant à l’Islam, son fondateur, Mohammed, vécut au tournant du 7ème siècle de notre ère (né en 571, mort en 632 ; sa fuite - l’hégire - de La Mecque en 622 constitue l’origine de l’ère musulmane).

Comme les Juifs et les chrétiens, les musulmans se réclament de la révélation faite aux Pères. Chacune de ces trois familles religieuses se considère donc comme celle des véritables héritiers des patriarches, en particulier d’Abraham. Or, comme chacune donne une interprétation de la Révélation qui exclut celle des deux autres, il est impossible qu’elles aient raison toutes trois, ou que leur diversité soit réduite dans une composition des trois.

Jusque là, je ne vous ai donné qu’un aperçu historique très factuel. Essayons maintenant d’interpréter les phénomènes religieux à la lumière de la Révélation biblique.

Tous tant que nous sommes, nous avons le même père. Qui ? Adam ? Certes. Mais on peut préciser encore : nous sommes tous fils de Noé. Or Dieu a établi une alliance avec Noé, c’est-à-dire avec tous les hommes de la terre, puisqu’en Noé fut comme refondée l’espèce humaine. Dieu renouvelle sa bénédiction, qui s’exprime dans l’exhortation à la fécondité et à la prolificité, pour l’homme et, au-delà de lui, pour tout ce qui vit et grouille dans le ciel et sur la terre. A Noé, Dieu promet qu’il ne détruira plus jamais tous les vivants de la terre (Gn 8, 20-9,17). L’alliance noachique est une mesure conservatoire.

L’alliance noachique comporte aussi ses interdits qui, dans le texte biblique, se focalisent tous sur le sang, signe de la vie (Gn 9,3-7). En somme, l’alliance noachique interdit le mépris de la vie et vise à sa protection. Ainsi, cette alliance de Dieu avec tous les hommes peut se comprendre comme l’exhortation à aimer la vie, à la servir et à la respecter.

Nous ne devons pas oublier aujourd’hui que tous les hommes - les païens d’hier comme ceux d’aujourd’hui - vivent sous le régime de cette alliance noachique, alliance d’amour et de bénédiction prononcée par Dieu qui les conserve tous, les sauvegarde tous. Et pourquoi le fait-il ? En vue du salut de tous, bien sûr, comme nous le croyons parce que le Nouveau Testament l’enseigne , en particulier dans le livre des Actes, qui rappelle les préceptes noachiques à l’occasion de l’événement de l’entrée des païens dans la communauté des chrétiens (Actes 15,13-21).

C’est à partir de cette réflexion que j’interpréterai l’Islam comme étant, essentiellement, la réduction de la Révélation biblique à l’alliance noachique : Dieu seul est Dieu, Dieu donne la vie, aimons la vie et respectons-la. Mais l’Islam oublie l’événement de l’Alliance avec Abraham comme instauration d’une histoire d’amour où Dieu s’engage dans la chair des vivants de la terre, et ignore du coup la véritable dimension de l’histoire. L’Islam est un anhistorisme.

L’idée du Coran comme texte dicté par Dieu, dans la matérialité de la lettre, introduit l’immuable comme référence matérielle au coeur du monde : "normalement", la langue du Coran - qui ne peut changer - devrait être la langue des croyants ; et la constance de la langue implique celle de la culture. En outre, les fidèles de l’Islam ont pour mission non de convertir le monde, mais de le soumettre à leur domination, c’est-à-dire à la loi coranique, qui seule à leurs yeux est légitime. L’Islam se rêve comme la religion de toujours, la religion "naturelle", dans la fiction d’un monde qui serait ce qu’il doit être, sous la domination des vrais fidèles.

Voyons maintenant les Juifs. "Juif" signifie "fils de Juda", Juda l’un des douze fils de Jacob-Israël, ou "habitant de Juda", c’est-à-dire de la part de terre donnée à la tribu de Juda. Ainsi, ceux qui se nomment eux-mêmes "Juifs" se désignent par là comme seulement une partie d’Israël, un douzième du total, en principe. Ils se comprennent au fond comme "le reste d’Israël", selon un thème biblique capital, interprétant la réduction politique et démographique du peuple, par étapes successives depuis l’apogée de l’époque royale, avec David et Salomon. Or l’histoire inaugurée avec Abraham ne peut se contenter d’un reste.

C’est pourquoi Dieu accomplit cette histoire en Jésus-Christ, qui est lui-même l’ultime Reste d’Israël, et qui ouvre en lui l’espace de l’Alliance à toutes les Nations, selon les termes de la promesse faite à nos Pères et reprise inlassablement par les prophètes. Il se trouve que l’événement de l’accomplissement se réalise non sans "le refus d’Israël", le rejet du Messie par son propre peuple : "les siens ne l’ont pas reçus". Ce moment dramatique et focal de l’histoire révèle aussi la profondeur du mystère radical du Mal. Mais la puissance du Dieu d’amour est plus forte que tout péché. Et saint Paul nous explique : "Dieu a enfermé tous les hommes dans la désobéissance afin de faire à tous miséricorde" (Romains 11,32).

Ainsi les Juifs d’aujourd’hui représentent-ils un certain moment historique, mais un moment qui est toujours au centre et déjà à la fin de l’histoire : le moment de la venue et du rejet du Messie, où l’amour triomphe pour le salut de tous à l’heure même où le Mal semble enfermer définitivement tous les hommes dans le refus de Dieu, c’est-à-dire la damnation. Ainsi, les Juifs d’aujourd’hui sont-ils à la fois un anachronisme, nos "frères aînés" (cf la parabole du fils prodigue) et les témoins de l’actualité de l’événement du salut en Jésus-Christ, dans la mesure où, dans ce monde qui compte toujours des païens il y a aussi toujours des Juifs, en sorte que les uns et les autres sont appelés à faire un seul peuple par la miséricorde du Dieu tout-puissant (cf Actes 15).

Il nous faut maintenant parler des chrétiens dans leur diversité parfois non unifiée. Pour nous, il s’agit des "autres chrétiens", ceux d’Orient qu’on nomme "orthodoxes", d’une part, et d’autre part ceux d’Occident que l’on a regroupe souvent, à tort, sous le nom de protestants.

Je dirai que les uns et les autres sont le résultat d’accidents ecclésiologiques stabilisés, d’échecs ecclésiaux non résorbés. C’est particulièrement clair pour la division historique entre chrétiens d’Orient et chrétiens d’Occident, qui provient d’un affaiblissement de la pratique nécessaire d’unification chrétienne (principe synodal), suivi d’une rupture que les circonstances et la personnalité des acteurs en cause ont rendue brutale et quasi définitive.

Dieu merci, de nos jours, après un long chemin d’écoute et de conversion, la restauration de la pleine communion avec l’Orient n’a plus guère comme obstacle que l’habitude du rejet prise par les fidèles de base de l’orthodoxie, car les difficultés substantielles sont levées au niveau des principaux pasteurs de l’une et l’autre obédience, ainsi que pour la masse des fidèles catholiques. Cela explique à la fois que le pape puisse envisager l’unité comme proche, et que le patriarche de Constantinople annonce un long chemin encore à parcourir : il sait bien que la conversion pratique des fidèles de "ses Eglises" ne se fera pas du jour au lendemain.

Pour ce qui est des autres chrétiens d’Occident, la situation est beaucoup plus diversifiée. Les anglicans, par exemple, résultent d’un "accident de l’histoire" un peu comparable à celui que nous venons d’évoquer. Ils étaient d’ailleurs tout près du rétablissement de la peine communion avec l’Eglise catholique lorsque l’affaire de l’ordination des femmes, récemment, a tout remis en question. Les épiscopaliens d’Amérique sont une sorte de branche de l’anglicanisme. Comme les anglicans, les luthériens en général bénéficient d’un épiscopat "authentique", dans la succession apostolique. Au-delà de ces communautés d’Eglise très proches des catholiques, la situation des (très) diverses confessions protestantes est plus ou moins "dégradée" par rapport à la catholicité.

Pour m’expliquer sur ce que j’entends par l’adjectif "dégradé", je vous propose une image : celle d’un jardin extraordinaire, dans lequel se trouveraient toutes les semences choisies par un jardinier merveilleux. Ce jardin est reproductible à loisir, en sorte qu’à chaque fois il s’agit d’un nouveau jardin, constitué de façon complète comme le premier jardin, et que dans leur ressemblance merveilleuse tous les jardins sont un seul jardin.

Chaque jardin est plus ou moins bien gardé et cultivé. Certaines plantes y poussent de belle façon, d’autres ne parviennent même pas - pour un temps - à germer, mais les semences sont toutes là. Ce jardin, c’est l’Eglise catholique ; ces jardins, ce sont les "Eglises particulières" que constituent maintenant les divers diocèses. Mais l’on peut aussi faire une reproduction sauvage du premier jardin, ou encore couper un jardin particulier de tous les autres : c’est le "schisme", du mot grec qui signifie "coupure". Coupé des autres, un jardin particulier périclite. On peut aussi rejeter d’un jardin particulier telle ou telle semence d’origine. Dans ce jardin fondamentalement appauvri, certaines espèces peuvent pourtant être florissantes plus que dans les jardins conformes à l’original. Mais les semences rejetées au nom de celles que l’on a choisies, ou "prises" manquent à l’intégrité du jardin. Un tel jardin est une communauté relevant de "l’hérésie", du grec "hairesis" qui signifie l’action de "prendre, choisir".

C’est pour cela que les chrétiens ont l’obligation de vivre selon deux principes : le principe synodal (du grec "même chemin" ou "chemin ensemble") et le principe hiérarchique. Le principe synodal, c’est que nous devons nous réunir, toujours à nouveau, afin de nous reconnaître mutuellement comme disciples de l’unique Jésus-Christ dans la même confession de foi, dans le fait de "dire la même chose", d’être unis dans la même pensée qui est celle du Seigneur UN (1Co 1, 10-13). Ainsi le dépôt de la foi est-il une tâche constante pour les chrétiens. Si la tâche est négligée, le dépôt s’altère, on se perd en partie, on perd une partie des chrétiens. Les "autres communautés chrétiennes", dans la mesure où elles souffrent d’être séparées ou altérées, représentent aussi des péchés dans l’Eglise, des péchés dont nous portons la responsabilité, que nous devons confesser et dont nous devons nous laisser pardonner afin de nous en convertir.

Il nous reste à considérer ceux que j’appelle les "post-chrétiens". De cette catégorie relèvent d’abord les mouvements qui, dans leur diversité, peuvent se ramener plus ou moins à deux cas typiques : le communisme marxiste international et le national-socialisme. Ils ont en commun de ne retenir de la Révélation que l’idée de l’histoire - comme histoire des hommes réalisant un processus sensé et orienté vers une fin qui soit un accomplissement dans la gloire et la perfection - et l’idée connexe de l’élévation de l’homme à la face de Dieu - qu’ils comprennent comme un enhardissement dont ils conduisent la logique jusqu’au renversement de Dieu. Et, en effet, c’est bien la Révélation qui introduit véritablement l’idée d’histoire dans la conscience des hommes, et c’est bien Jacob, le troisième patriarche, qui a reçu le nom d’Israël pour avoir lutté avec Dieu, tandis qu’Abraham, son grand-père, avait déjà osé comme se dresser face à Dieu pour arrêter son bras qui menaçait de s’abattre sur Sodome.

Mais ces idées "chrétiennes", dont ils se sont emparés violemment, ont donné, par leur force propre, à la vieille ubris grecque - l’égarement de l’homme qui se prend à l’illusion de sa propre puissance - une dimension inouïe ; et le passage par le christianisme de masse a permis que ce qui n’était qu’un délire d’élite devienne la folie collective de peuples entiers.

Au-delà de ces catastrophes humaines ultimes, où s’accomplit la négation de Dieu et donc nécessairement la destruction de l’homme, beaucoup de mouvements modernes représentent la même attitude fondamentale sous des formes plus ou moins atténuées par des résistances vertueuses à leur propre logique fatale : des mouvements que l’on peut connoter des termes de rationalisme, de positivisme, d’existentialisme et de nihilisme philosophique. Enfin, une sorte de succédanée de religion chrétienne, que j’appellerai la religion moderniste, voudrait conserver l’idée d’amour universel en occultant la nécessaire lutte spirituelle contre le Mal : mais cette douce illusion d’habitants des pays nantis les protège mal contre l’angoisse radicale qui se terre au coeur de l’homme, et ne les protégera pas contre les événements de l’histoire à venir.

Qui plus est, pour reprendre le cas des deux phénomènes totalitaire du XXème siècle, ces mouvements qui prétendent accomplir l’histoire n’en sécrètent qu’une caricature : Reich tout-puissant ou "lendemains qui chantent", rien de ce qu’ils espèrent ne saurait rendre justice aux "sacrifiés" de l’histoire. Or, il n’est d’histoire qui vaille qu’une "histoire de salut", s’accomplissant par le rétablissement final des vaincus, des oubliés, des méprisés des offensés, des écrasés de nos histoires trop humaines de bruit et de fureur, dans la réalisation parfaite de toute justice au monde. Il n’est pas d’histoire ni de grandeur ultime de l’homme sans sens et salut universel, donc pas sans Dieu, le Dieu qui est Amour.

Dieu ne peut être qu’UN. Dieu ne peut être que l’origine et la fin de tout. Dieu qui est UN ne peut que vouloir unifier ce monde où l’homme fait l’expérience d’une division, interne aussi bien qu’externe, qui défie tout sens possible de l’être. Héraclite disait panta rhei, "tout coule." Cela est un sophisme. Car il n’est pas de courant s’il n’est un lit pour qu’il y coule. Si tout coule, comment le saurait-on ? Il faut bien que quelque chose ne coule pas pour que ce qui coule coule. Il n’est pas de mouvement sans repère stable. On ne peut rien dire de nulle part. Toute parole suppose une stabilité. On ne peut pas parler sans référence à quelque chose qui demeure. Sans quoi toute parole est vaine.

Il y a, certes, un problème commun. Le problème commun, c’est que le monde, selon les observations communes, est incertain et contradictoire. Alors la question se pose à tous ceux qui ne l’éludent pas : qu’est-ce qui peut sauver ce monde ? Le sortir de l’obscurité et de la confusion ? S’il est un problème commun, les hommes devraient examiner soigneusement les diverses solutions que proposent les uns ou les autres, de manière à sélectionner celles qui sont cohérentes, et à vérifier lesquelles éclairent le monde et la vie des hommes. Pour ce qui concerne la "connaissance scientifique", nos sociétés savent fort bien organiser et promouvoir une recherche exigeante, placée sous le signe de la question de la vérité. Or, en revanche, au niveau des interrogations fondamentales, l’attitude moderne est "résolument païenne" : "Laissez-nous tranquilles ! Chaque chemin vaut autant qu’aucun autre, et surtout que le vôtre !"

En science, en politique, en affaires, on sait examiner les faits et les dires soigneusement pour trier le vrai et le faux, le solide et l’illusoire. Alors pourquoi peut-on faire et dire ce qu’on veut "en matière de religion", là où sont en jeu les réalités les plus essentielles à l’homme ? Le mot d’ordre serait-il : "Chacun fait ce qu’il veut avec son âme" ? La question de la vérité n’est-elle pas prioritaire surtout lorsqu’il s’agit du sens et de la vie de l’être ? Quant à nous, ne désertons pas le combat de la vérité.

On nous objectera deux choses : d’abord chacun - par exemple, les chrétiens, les juifs, les musulmans... - pense avoir raison, et leurs désaccords les disqualifient tous ; ensuite, une même tradition peut avoir des aspects divers qui manifestent entre eux une incompatibilité non résolue - par exemple que Dieu soit bon, tout-puissant et créateur de toute chose, et qu’il y ait du mal persistant dans le monde -.

Mais ces objections pourraient aussi bien disqualifier la recherche scientifique. D’abord, certes, ceux qui proposent des théories les pensent exactes, sinon, à l’exception des farfelus, des escrocs et des fous, ils ne les proposeraient pas. mais l’activité scientifique consiste aussi à examiner chaque théorie afin de la réfuter, totalement ou partiellement, s’il y a lieu. Ensuite, des théories qui ont passé brillamment l’épreuve de la vérification de leur cohérence et de leur fécondité peuvent se révéler incompatibles entre elles, dans une certaine mesure, comme, par exemple, la théorie de la relativité d’Einstein et la théorie quantique. Cela n’empêche pas la communauté scientifique de les retenir toutes, en voyant dans leur incompatibilité apparente le signe de la nécessité de poursuivre la recherche, dans l’espoir de parvenir au niveau de compréhension où l’une et l’autre seront reçues dans une forme supérieure qui manifestera leur compatibilité profonde.

C’est ainsi qu’il s’agit pour nous de soutenir en raison que l’enseignement du Christ, donné par l’Eglise, est lumière véritable sur la vie des hommes parce qu’il est l’authentique parole du Dieu tout-puissant qui s’est révélé à nos Pères, même si, dans la condition actuelle de notre intelligence, nous ne pouvons lever toutes les contradictions que notre esprit perçoit à l’intérieur de la formulation doctrinale de cet enseignement, contradictions qui sont au demeurant en correspondance avec celles qui persistent au regard de tout homme qui contemple et vit le monde dans l’espérance qu’il ait un sens ultime. Car nous ne seront établis dans la pleine clarté du Mystère qu’au jour de son accomplissement définitif.

La Révélation faite à nos Pères introduit dans le monde l’idée magnifique que nous pouvons connaître vraiment la vérité sur Dieu, sur nous-mêmes et sur le monde ; que nous pouvons être élevés à l’intelligence de Dieu ! Tout cela par pure grâce du Très-Haut qui, loin d’être jaloux de sa gloire, nous a créés pour nous la faire partager. Seul le péché, le consentement à la suggestion du Mauvais, nous maintient dans un monde d’ombres où le scepticisme le dispute à l’orgueil. De cet état malheureux, le Fils de Dieu nous tire, si seulement nous le recevons en rejetant le mal. Tous les hommes se doivent de mener ensemble, dans le respect mutuel, ce combat de la vérité où se révèle le sort de l’homme, "la fin" de l’homme, au sens de l’accomplissement de toute justice.

N’oublions pas la possibilité pour l’homme d’être "juste", non sans la grâce, dans le cadre de l’alliance noachique, mesure conservatoire et préparatoire s’inscrivant à sa place et à son heure dans l’ensemble de l’histoire de l’humanité conçue comme Mystère de notre salut par Dieu. A l’intérieur de cette histoire universelle, chacun est un chemin de Dieu, chacun a son chemin donné par Dieu où il est confronté au choix radical de la vie et de la mort, du bonheur et du malheur.

Seule la Révélation accomplie en Jésus-Christ affirme cela de façon claire et complète.

Oui, il y a un seul Dieu. Oui, il y a plusieurs chemins. En ce sens que chaque homme est un chemin de Dieu en ce monde. Chacun a sa propre histoire avec Dieu. Mais si Dieu est Un - et Dieu est Un -, comment pourrait-il, dans son infinie simplicité (Catéchisme n°43), se satisfaire de notre situation de division ? Il ne peut que nous chercher tous ; il cherche chacun de nous pour nous guérir de notre "dispersion divisante", de notre "diabolisation" au sens littéral du mot grec diabolos.

Si je dis : "Il n’y a qu’un Dieu" et qu’ayant dit je passe mon chemin, je ne suis pas sérieux. Dieu, lui, dit mon nom. Il me "cite" ; d’une voix claire, il dit simplement mon nom. Et cela signifie : "Où es-tu ? Où te caches-tu ?" (Gn 3,9). Il me cherche, comme lorsqu’il dit à Adam au jardin d’Eden : "Où es-tu ?" Or, que répond Adam ? Adam dit : "J’ai entendu ta voix et j’ai eu peur, alors je me suis caché." C’est exactement la réponse des gens qui disent "Il y a un seul Dieu", et qui en restent là. Adam a eu peur parce qu’il était nu, c’est-à-dire vulnérable. Contrairement à ce que dit Montesquieu, la situation humaine, c’est l’inquiétude, en particulier face à Dieu ; c’est celle de qui imagine que le plus fort que lui va sûrement profiter de sa faiblesse. Affirmer "il y a un seul Dieu" doit être beaucoup plus qu’une banalité rassurante. C’est une citation à comparaître devant lui.

Aujourd’hui, comme hier et demain, tout homme est cité devant Dieu, comme on est cité en justice. Pour chacun de nous la question se pose. Dieu est UN, qu’est-ce que je vais lui répondre ? Qu’est-ce que je réponds, moi, aujourd’hui ? C’est l’événement de l’esprit que de se placer soi-même à l’épreuve de la considération de Dieu, de ne pas s’y soustraire.

Voilà ce que proclame la Révélation accomplie en Jésus Christ. Cette histoire, préparée avec Noé, inaugurée avec Abraham, c’est celle qui vise à ce que tous les hommes soient rétablis dans cette unité qui est celle de Dieu lui-même.

L’événement fondamental, à chaque instant, c’est de savoir si je vais ou non me soustraire à ce face à face auquel Dieu me convie. Souvent, nous cherchons à "gagner du temps" en différant ce face à face, par exemple en le rejetant à la fin de notre vie. Mais, en fait, ce temps que nous pensons gagner, nous le perdons.

Non seulement la Révélation accomplie en Jésus Christ proclame cette heureuse nouvelle et cette bonne convocation dans la clarté, mais encore elle accomplit ce qu’elle dit. Elle l’accomplit dans l’Eucharistie. Car dans l’Eucharistie de Jésus-Christ, Dieu trouve les hommes et les établis dans sa propre unité. Dans l’Eucharistie nous sommes tous pris dans l’amour du Christ, unis en un seul corps. La messe est chaque fois ce face à face où Dieu cite chacun car il nous a tous convoqués. La messe est table de la Parole et table du Pain. La Parole dit notre nom et nous invite à ne pas nous soustraire à ce regard d’amour qui nous convoque à la foi - la messe n’est rien pour qui n’y entend pas le Christ lui poser la question de sa foi -. Le Pain qui est le corps du Christ nous nourrit et nous établit dans sa propre unité, car ensemble nous devenons ce que nous avons reçu.

Il n’y a qu’un seul Dieu. Y a-t-il plusieurs chemins ? Non. Ecoutez le Christ nous dire : "Je suis le Chemin de Vérité qui conduit à la Vie." Certes, chacun a son chemin, son histoire, en Dieu. Mais un seul est le Chemin, Jésus-Christ. Comme le chemin de chacun est que le Christ vive en lui "à sa place", chacun est appelé à devenir l’Unique Christ, à "être réalisé" dans l’unique chemin. Ainsi chacun de nous est établi personnellement dans la gloire même de Dieu en étant établi, avec tous les autres, dans l’unité même de Dieu. Car il n’y a qu’un seul Dieu, qui est Un, et qui, au dernier jour, sera tout en tous.

Tel est le fin mot de l’Histoire.


19960111 UQ un Dieu plusieurs chemin