Dimanche 10 mai 2015 - Sixième dimanche de Pâques B

Nous avons fait un beau voyage

Actes 10,25-26.34-35.44-48 - Psaume 97,1-4.6 - 1 Jean 4,7-10 - Jean 15,9-17
mardi 12 mai 2015.
 

Joli duo de « Ciboulette », la charmante opérette de Reynaldo Hahn, ce pourrait être aussi notre chant au retour de la sortie paroissiale au Mont Saint-Michel et à Lisieux. D’ailleurs, nous aussi, nous avons bu du cidre, mais pas à toutes les étapes ! Au-delà du plaisir de passer un grand week-end en visites intéressantes et agréables, nous avons tissé des liens et partagé un véritable pèlerinage à trois temps. Autrement dit, s’il s’agissait bien de « tourisme », en prenant ce mot au sens élémentaire de « tour » hors de chez soi, il n’y avait rien de futile dans notre démarche.

Les textes de ce jour sont aussi marqués par un mouvement circulaire : les voyages missionnaires, les allées-venues du disciple et, surtout, « l’aller-retour » du Fils de Dieu envoyé par le Père pour nous sauver et nous ramener à lui. Ce mouvement est plein d’un sens unique : l’amour. L’Amour que Dieu est, l’amour de Dieu pour nous, l’amour qu’il fait naître en nous. Dans le même temps, l’évangile est structuré par une polarité qui confine à la contradiction entre l’insistance sur le « demeurer » et le mouvement en question.

En fait, que nous « demeurions » avec le Seigneur ou que nous « allions », envoyés par lui pour porter du fruit, l’essentiel est toujours de sortir de nous-mêmes comme lui-même est « sorti de Dieu », comme il est « sorti de lui-même », renonçant à soi pour l’amour de l’autre. Ainsi nous nous aimons les uns les autres « comme il nous a aimés ». À condition que nous allions, si nécessaire, jusqu’au consentement à souffrir et mourir, puisque lui-même a souffert et est mort pour nous.

Dans la prière, en pèlerinage ou en retraite, et surtout à la messe comme maintenant, le temps de demeurer avec lui est celui de sortir de nous-mêmes afin de lui faire place pour qu’il demeure en nous. Ainsi, lorsqu’il nous enverra, nous resterons unis à lui pour accomplir l’œuvre d’amour de Dieu. L’amour veut le bien de l’autre, et ce vouloir ne va pas sans efforts pour vaincre toutes sortes d’obstacles et de répulsions. L’amour sort de soi pour aller à l’autre : il ne cesse de courir et de chercher. C’est pourquoi l’amour ici-bas n’est jamais un simple sentiment de béatitude dans la parfaite satisfaction de soi, mais toujours un combat et un sacrifice spirituels.

Préparons-nous donc à communier comme on se dispose à partir en mission. Au terme du beau voyage de la vie, la vie de chaque homme et la vie du monde, l’Amour nous attend en son éternel mouvement qui porte dès maintenant chacun de nous à se donner à l’Autre pour se recevoir de lui.