Jeudi 14 mai 2015 - L’Ascension du Seigneur Année B

Comprenez-vous la langue des signes ?

Actes 1,1-11 - Psaume 46,2-3.6-9 - Éphésiens 4,1-13 - Marc 16,15-20
jeudi 14 mai 2015.
 

Utilisée pour communiquer avec les sourds, elle repose, comme toute langue, sur un lexique et une grammaire.

Mais, au fait, pourquoi Dieu use-t-il de signes avec nous, comme Jésus le dit aujourd’hui dans l’évangile ? Pourquoi, sinon parce que nous étions devenus sourds à sa parole ? Le Verbe s’est fait chair pour être entendu des hommes comme par contact, corps à corps et gestes d’amour à l’appui. Aujourd’hui, il remonte au ciel et cesse donc d’avoir avec ses disciples le type de relations physiques qui marquait le temps « où il était avec eux ». Pourtant, il leur promet encore des signes. Disciples, nous le sommes, frères, alors voyons-nous les signes que le Seigneur nous adresse ? Avons-nous seulement appris la langue ?

Le lexique se trouve dans l’Écriture. Quels sont les signes faits par le Seigneur dont la répétition nous permet de les reconnaître ? Chasser les démons, guérir les malades, tenir un langage nouveau de miséricorde et de grâce, subir la traîtrise de ses amis sans cesser de les aimer, être abreuvé d’injures et de haine sans se laisser troubler dans la bienveillance de son cœur, voilà ce qui, dans le comportement des disciples du Seigneur, signe sa présence vivante en eux.

Ces signes-là sont destinés à ceux qui voient l’action des chrétiens. Encore faut-il que leurs yeux s’ouvrent par l’action de l’Esprit Saint, car sinon ils demeurent aussi aveugles à l’évidence de l’amour que sourds à la Parole qui annonce la grâce. Mais il y a aussi les signes qui s’adressent à nous, acteurs de l’apostolat du Christ aujourd’hui, pour que nous reconnaissions qu’il est présent avec nous maintenant et que sans son aide nous ne pouvons rien faire. Je pense en particulier à deux signes essentiels qui se trouvent liés dans les évangiles : la tempête apaisée et la multiplication des pains. Ils nous renvoient à nos fréquentes expériences d’impuissance dans certaines situations dramatiques que nous devrions maîtriser, mais qui nous dépassent, ou devant des besoins que nous devrions satisfaire, mais nous en sommes incapables. Or, il arrive souvent que le drame s’apaise comme de lui-même, que le besoin disparaisse ou trouve satisfaction comme par enchantement, et nous sommes les seuls à le voir, et nous y reconnaissons l’œuvre du Seigneur, et nous restons confondus par tant de merveilles offertes dans une telle discrétion.

Grâce à ces faveurs, frères il nous est rappelé sans cesse que c’est toujours le Seigneur qui fait l’essentiel du travail, à savoir changer notre cœur de pierre en cœur de chair à l’image du sien, entièrement purifié par l’amour de tout égoïsme et de toute prétention. D’ailleurs, le signe des signes, la règle de base de la grammaire de ce langage dans lequel il nous parle constamment, c’est la croix. Or, pour celui qui s’est laissé ouvrir les yeux et les oreilles, lorsqu’il n’y a plus rien d’autre à voir et que le ciel semble vide, dans la nuit noire de la foi, il reste la parole silencieuse du Golgotha où tout se dit à la perfection.

Alors, en levant les yeux vers celui qui fut transpercé pour nous, nous embrassons d’un seul regard le don suprême de l’amour, l’élévation du Seigneur ressuscité que nous fêtons aujourd’hui et le don de l’Esprit qui nous pousse à témoigner de lui jusqu’au jour de sa venue dans la gloire.

En ce jour qui n’aura pas de fin, nous comprendrons tout du langage de Dieu, celui que nous parlerons en lui pour toujours, le colloque amoureux qui est la communion même du Père, du Fils et du Saint-Esprit.