Dimanche 17 mai 2015 - Septième dimanche de Pâques B

Si tous les chrétiens du monde...

Actes 1,15-17.20a.20c-26 - Psaume 102,1-2.11-12.19.22 - 1 Jean 4,11-16 - Jean 17,11b-19
dimanche 17 mai 2015.
 

« Si tous les gars du monde voulaient bien se donner la main... » Cette phrase, reprise par beaucoup de chansons, se trouve bien dans le poème de Paul Fort qui les a toutes inspirées, mais le premier vers disait plutôt : « Si toutes les filles du monde... », sans doute à cause de la ronde. Il est remarquable que Fort ait écrit ce texte au lendemain de la première guerre mondiale, et que les chansons qui le reprennent gaiement datent de l’après-guerre suivant. L’euphorie qui se presse d’oublier les horreurs récentes nourrit un optimisme friand d’utopie.

Pourtant, il faut se rappeler que 14-18 fut d’abord un affrontement à mort entre des pays peuplés d’une immense majorité de baptisés. Dans les tranchées, à l’heure de l’assaut, on priait très fort le même Notre Père des deux côtés. Des historiens y ont vu le suicide de l’Europe chrétienne. En tout cas, au regard de la prière que l’évangile d’aujourd’hui met sur les lèvres de Jésus, il est permis de s’interroger sur l’authenticité de ces disciples qui, loin de s’aimer les uns les autres, se déchirèrent avec la dernière fureur.

Mais cette question ne saurait rester de pure histoire ancienne. Aujourd’hui nous sommes encore une majorité de baptisés en Europe et en Amérique. Et nous sommes en forte progression en Afrique et en Asie. Comment pouvons-nous entendre pour nous-mêmes « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom » ? S’agit-il d’une dimension qui nous dépasse, réservée aux hauts responsables de l’Église ainsi qu’à quelques spécialistes de l’œcuménisme ? Ou bien, au contraire, est-ce notre affaire, et des plus urgentes ?

Oui, frères et sœurs bien-aimés, l’unité des disciples de Jésus est une tache pour nous, nous devons y travailler sans relâche. Un grand coup de sabre peut déchirer en un instant l’étoffe ancienne la plus précieuse et la plus raffinée. Tandis qu’à la réaliser, beaucoup passèrent des heures et des jours de labeur patient, au petit point, à l’aiguille ou au crochet. L’unité de l’Église est au bout des myriades de petits services et mouvements qui s’activent dans toutes les paroisses de la terre, de la multitude des efforts de cohésion et de développement dans les communautés religieuses, grandes ou petites, à travers la planète.

Alors, je vous le demande à tous : que faites-vous pour réaliser la prière de Jésus que vous appelez votre Seigneur ? Ne pourriez-vous pas envisager un petit quelque chose de plus ? Si je prends notre guide paroissial, je vois qu’il y en a pour tous les âges et pour tous les goûts. Et chaque proposition est aussi digne et estimable que les autres. Les jeunes gens qui acceptent de devenir animateurs d’aumônerie ou chefs scouts construisent puissamment le corps du Christ en faveur des enfants qu’on leur confie, mais les ronds de dames qui font des petits carrés dont sortiront des couvertures pour ceux qui ont froid ne tissent pas moins la solidarité ecclésiale comme la tunique du Christ.

Et tous ceux qui prennent part à la réflexion et aux discussions qui se tiennent en ce moment, sur la famille ou sur l’immigration en particulier, avec le souci de chercher ensemble la volonté de Dieu pour notre monde d’aujourd’hui, ceux-là bâtissent l’unité des chrétiens qui est un grand bienfait pour tous. Cette vie démocratique de l’Église, ou, si vous préférez, synodale et conciliaire, lui est essentielle, nous le voyons déjà dans la procédure du choix de Matthias pour reprendre la charge de Judas. Ne voulez-vous donc pas participer plus activement à la vie de l’Église ?

Si tous les chrétiens, à tous les niveaux ecclésiaux, entraient résolument dans la ronde des disciples de Jésus qu’anime l’Esprit-Saint, ne croyez-vous pas que cela changerait le monde ?