Dimanche 24 mai 2015 - Pentecôte de l’année B

Il est imprudent d’aller seul

Actes 2,1-11 - Psaume 103,1.24.29-31.34 - Galates 5,16-25 - Jean 15,26-27 ; 16,12-15
dimanche 24 mai 2015.
 

Dans la rue, de nuit, en mer, en montagne, il est recommandé de se faire accompagner, bien, de préférence. C’est pourquoi Jésus promet à ses disciples que l’Esprit les « guidera sur le chemin ». C’est en effet le sens littéral du verbe grec hodègéô traduit par « conduira ». Ce qui est une bonne traduction, puisque le verbe français conduire porte les idées de guider et d’être avec. Ce passage de Saint-Jean a inspiré une tradition iconographique qui représente Marie « hodigitria », celle qui guide sur le chemin. Et comment nous conduit-elle, sinon en nous disant : « faites tout ce qu’il vous dira ».

Ainsi, la nouvelle traduction liturgique rend correctement la suite du passage par : « dans » la vérité tout entière, alors que l’ancienne transformait le « dans » grec (« én ») en « vers », comme s’il y avait « eis ». La différence est importante. Il s’agit pour l’Esprit de nous accompagner sur le chemin de vérité qui est le Christ lui-même, et non pas de compléter sa parole pour atteindre une vérité qui n’aurait pas été tout entière auparavant. Sans cesse, l’Esprit nous rappelle les paroles de Jésus (« il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître ») de sorte qu’elles éclairent le chemin que nous avons à prendre. Il n’invente rien de son crû, il n’apporte pas de « nouvelles vérités », mais son action nous ouvre de nouvelles voies d’action afin qu’avec lui nous fassions du nouveau dans le monde, que nous réalisions le monde nouveau.

Pas plus qu’il ne « remplace » Jésus, il ne nous remplace nous-mêmes. C’est bien nous qui agissons, accompagnés par lui. Ce que nous disons ou faisons est bien tiré de nous-mêmes et non infusé comme un produit étranger. Mais l’Esprit agit comme un purificateur et un sélecteur : il nous dégage de tout mouvement d’orgueil ou d’égoïsme et nous porte à choisir le bien. Ainsi, par exemple, quand Pierre confesse la foi en Jésus « Christ, Fils du Dieu vivant », il avait déjà connaissance de cette « hypothèse » ; mais qu’il la sélectionne et la transforme en affirmation résolue, c’est l’œuvre en lui de l’Esprit. Et Jésus peut lui dire : « Ce ne sont pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais bien mon Père qui est aux cieux ». L’Esprit ne parle ni n’agit à notre place, c’est bien de nous que nous tirons nos paroles et nos actes, mais c’est par lui que nous en tirons le meilleur et en évitons le mauvais. C’est par lui que nous marchons dans la voie de l’amour de Dieu manifesté en notre Seigneur Jésus Christ.

Ainsi, l’Esprit de vérité qui agit en nous comme un feu purificateur, nous libérant du mensonge et de l’erreur qui nous empêchent d’entrer et de demeurer dans la foi, est le bon compagnon de notre route sans qui il serait fort imprudent de la prendre. C’est pourquoi il est appelé « Paraclet ». En effet, le sens littéral de ce mot grec, « paraklètos » est « celui qui est appelé auprès » de quelqu’un, pour le soutenir, le défendre, l’accompagner sur une route difficile. Et l’Esprit de vérité est bien celui que le Fils appelle à descendre sur nous d’auprès du Père, celui qu’il nous faut désormais appeler sans cesse pour qu’il soit toujours auprès de nous sur le chemin.

En effet, il serait très imprudent de nous engager, en quelque décision importante que ce soit, sans nous laisser conduire en la circonstance par l’Esprit. Mais c’est toute notre vie qui portera du fruit seulement dans la mesure où elle se laissera guider par lui sur les pas de Jésus Christ, lui qui est le chemin, la vérité et la Vie.