Dimanche 7 juin 2015 - Saint-Sacrement de l’année B - Première communion

Est-il bien de donner son sang ?

Exode 24,3-8 - Psaume 11512-13.15-18 - Hébreux 9,11-15 - Marc 14,12-16.22-26
dimanche 7 juin 2015.
 

Sûrement ! Ce geste est secourable et généreux. Pourtant, certains s’y opposent absolument pour des raisons religieuses. Il est vrai qu’au témoignage de l’Écriture, le sang, c’est la vie ; et la vie, c’est sacré. Mais, bien plus qu’une affaire de médecine ou d’alimentation, ce qui est en cause dans l’interdit biblique est la violence sanguinaire des hommes. Depuis Caïn et Abel, les frères humains n’ont pas cessé de se blesser et de se tuer les uns les autres. Et ce n’est pas seulement le cas de certains, ailleurs ou en un autre temps : chacun de nous porte en lui cette potentialité de colère meurtrière dont parle Jésus dans le sermon sur la montagne.

L’interdit de tuer, universel, est nécessaire, mais il reste insuffisant. Réprimer par la puissance publique la violence physique qui s’exprime sporadiquement dans la société est indispensable : heureusement qu’il y a la police pour les braves gens ! Mais nous savons à quel point la loi et la justice humaines, tout autant que les forces de l’ordre qui ont mission de les faire respecter, sont imparfaites. La répression est un pis aller : elle signale toujours un échec de la prévention. Les défauts structurels de notre ordre social, ses injustices et ses misères intolérables, sont la cause habituelle des crimes et des délits qui s’y commettent. Et la loi, de toute façon, est incapable de libérer le cœur de l’homme de ses penchants mauvais.

C’est pourquoi le Christ a donné son corps et son sang. Le corps, c’est le but, le sang, c’est le moyen. Vous le savez, vous êtes le corps du Christ, vous qui partagez la Parole et le pain de Vie, vous qui écoutez l’Évangile pour le mettre en pratique, vous qui vous aimez les uns les autres comme le Christ vous a aimés. Si vous êtes dignes du nom de chrétiens que vous portez, vous êtes l’Église du Christ. Et l’Église est l’avenir de l’humanité. Si le Fils de Dieu a versé son sang sur la croix, c’était afin de sauver tous les enfants de Dieu dispersés et de les rassembler dans l’unité. Tous les fils d’Israël, d’abord, et ensuite toutes les nations. L’hostie consacrée, véritablement le corps du Christ, est l’image du corps que nous formons et que nous sommes appelés à former avec tous les hommes de bonne volonté. Elle est aussi l’image de chacun de nous, de toute âme sauvée et purifiée par le Christ. Car le but est tout autant de conformer parfaitement chaque disciple au Christ que de réaliser une communauté de tous les disciples dans l’amour mutuel. Mais pour cela, il n’est pas d’autre moyen que le pardon et la conversion. Le pardon que nous obtient le Christ par son sang, et la conversion à laquelle nous sommes appelés en action de grâce pour ce don inestimable.

Le sang du Christ est donc le moyen de réaliser son corps, en chacun de nous et par l’union de nous tous dans la vérité et l’amour. Pourquoi a-t-il fallu un tel moyen, pourquoi fallait-il que le Christ souffre et meure ainsi, de façon si atroce et ignominieuse ? Cette question nous hantera jusqu’à sa venue en gloire. En attendant, Dieu ne désire pas la mort et la souffrance des siens, pas plus que celles d’aucun homme. Ce qu’il veut, c’est que nous nous détournions du péché et que nous vivions.

La conversion, chers amis, n’est pas sans efforts, ni sans douleurs. Mais, ce martyre-là, à la différence du martyre sanglant, on ne peut en être dispensé. Si le Christ a versé son sang, c’était pour que nous renoncions à nos injustices et à toutes nos violences, quoi qu’il nous en coûte. Chers enfants, communier, c’est recevoir le Corps et le Sang du Christ, même si l’on ne vous donne que l’hostie. C’est donc vous engager à vivre courageusement le combat de l’Évangile en recevant le pain qui vous en donnera la force. Donner son sang pour une bonne cause, c’est bien. Mais offrir à Dieu le sacrifice d’action de grâce d’une vie digne d’être nommée chrétienne, c’est merveilleux pour tout le monde.