Dimanche 5 juillet 2015 - 14e dimanche de l’année B - À Chantemerle (Hautes-Alpes)

Connaissez-vous des pères médiocres ?

Ézéchiel 2,2-5 - Psaume 122,1-4 - 2 Corinthiens 12,7-10 - Marc 6,1-6
dimanche 5 juillet 2015.
 

Médiocre est péjoratif. Pourtant, à l’origine, il signifie simplement moyen. Mais « moyen » aussi tend à vouloir dire « mauvais ». En fait, nous voudrions toujours être meilleur que la moyenne. Et les commerciaux prétendent ne vous offrir que de l’ « exceptionnel ». Prenez l’expression « taille moyenne » : elle ne veut pas dire grand chose, sinon que l’intéressé n’est ni remarquablement grand ni particulièrement petit. Moyennant quoi, presque tout le monde est moyen.

C’est bien le cas pour ces défauts que nous partageons tous : l’envie, la jalousie, la vanité, la médisance, et quelques autres vilenies du même tonneau, ou plutôt de la même boîte de Pandore. Pour que quelqu’un se fasse repérer en la matière, il faut vraiment qu’il exagère. Et l’on en fait des gorges chaudes, ce qui prouve que l’on n’est soi-même pas très gentil. Ainsi, qui se plaît à accuser son prochain d’être mauvaise langue ne se montre pas lui-même très bienveillant.

C’est d’ailleurs pourquoi quelqu’un de réellement appliqué à ne pas dire du mal des autres ne se remarque pas. Pas plus qu’une personne vraiment humble, ou dépourvue de toute envie, ou de toute jalousie. En effet, si l’un ou l’autre se risque à revendiquer une qualité de la sorte, il n’obtient que de la moquerie : « pour la modestie, je ne crains personne ! »

Cela explique que l’évangile d’aujourd’hui nous montre à quel point Jésus était considéré comme moyen par les gens de son pays. S’il avait été grand, fort, rapide ou génial, il aurait été repéré comme tel. Même son métier, celui de son père, était moyen. Le mot grec traduit ici par charpentier peut désigner aussi bien l’humble « homme à tout faire ». En somme, on ne sait pas s’il était tout petit artisan ou notable homme de l’art, ou bien un peu entre les deux, en tout cas ce n’était ni la précarité ni la grosse situation. Quant à ses qualités morales, sûrement parfaites, nous avons vu que, par nature, elles devaient passer inaperçues. Si bien que, quand il se met à accomplir des performances extraordinaires, tout le monde se demande : qu’est-ce qui lui prend ? Ce que ne comprennent pas ses familiers, c’est que les œuvres de puissance qu’il manifeste ne viennent pas de son humanité, mais du Père qui les lui donne à accomplir. C’est pourquoi Jésus dit, selon l’expression devenue proverbiale, que « nul n’est prophète en son pays ».

Personne ne peut vraiment apprécier un prophète autrement qu’en reconnaissant qu’il manifeste un autre que lui-même, un « Autre de l’humanité » : Dieu qui parle par sa bouche. C’est, en effet, ce que signifie littéralement le mot prophète. Ce n’est donc pas en tant que compatriote ou parent qu’il s’exprime ou agit, mais comme « lieutenant » de Dieu. Et quiconque ne veut estimer ses paroles et ses actes qu’à l’aune de sa condition commune le « méprise ».

D’où ma question de départ : connaissez-vous des pères médiocres ? Je l’ai posée ainsi exprès pour que vous puissiez pensez aux prêtres. On les voudrait parfaits et l’on se plaint qu’ils ne soient pas toujours admirables. Mais croit-on à leur sacerdoce ? Si oui, l’essentiel est qu’ils vous montrent le vrai chemin de Dieu. S’ils le font en paroles, sachez reconnaître que, par leur bouche, c’est vraiment Dieu qui vous parle. S’ils le font plus ou moins par leur conduite, rappelez-vous qu’ils sont comme vous auditeurs de cette Parole, et qu’ils s’efforcent de la mettre en pratique avec plus ou moins de difficulté, comme vous.

Mais si j’ai dit « pères », c’était bien pour élargir le sujet à tous ceux qui portent ce nom, puisque « c’est de Dieu que toute paternité tire son nom au ciel et sur la terre ». En ce sens, et dans la mesure où il s’efforce de mériter ce nom, aucun père n’est médiocre, car cette paternité que nous révèle le Fils est sublime. C’est pourquoi par lui nous rendons grâce au Père, dans la communion de l’Esprit.