Dimanche 12 juillet 2015 - 15e dimanche de l’année B

J’aime bien les guides : ils disent beaucoup en peu de mots

Amos 7,12-15 - Psaume 84 - Éphésiens 1,3-14 - Marc 6,7-13
dimanche 12 juillet 2015.
 

Les guides disent beaucoup en peu de mots. Et même en silence.

Je ne parle pas des guides-conférenciers qui ne sont guère avares de paroles, parfois pour pas grand-chose. Mais de ceux qui vous ouvrent des mondes de beauté pleins d’embûches et de dangers. De rares indications leur suffisent pour vous donner de découvrir par vous-même, peu à peu, l’art et la manière d’accéder aux mille merveilles de leur champ d’expertise.

C’est pourquoi Jésus ne se répand pas en instructions auprès des Apôtres qu’il envoie en mission. La simple recommandation de partir sans ressources les appelle à dépendre de ceux à qui ils sont envoyés. Ainsi, ils resteront à la merci de la Providence comme de la générosité de ceux qui seront touchés par la Parole.

Pourtant, ne faut-il pas s’étonner de l’absence de toute instruction relative à la façon de s’y prendre dans l’annonce de cette parole ? Aujourd’hui, aucun homme politique ne se passe d’un entraînement spécifique, ou en tout cas de l’aide de conseillers en communication pour la pratique des médias. Et depuis longtemps l’on sait que, comme la manière de donner compte plus que ce qu’on donne, celle de dire compte plus que ce qu’on dit.

Jésus, qui connaît ce qu’il y a dans le cœur de l’homme, n’ignore sûrement pas cette loi de notre humanité. C’est pourquoi la seule recommandation qu’il donne à ses envoyés peut, me semble-t-il, être prise en un double sens. Ce n’est pas seulement pour les moyens matériels de sa subsistance que le porteur de la Parole devra dépendre de ses destinataires, mais aussi pour les conditions mêmes de son annonce. Autrement dit, il lui faudra entrer véritablement en dialogue et recevoir de l’autre au moins autant qu’il aura à lui donner.

Bien sûr, en cela comme en tout, Jésus lui-même donne l’exemple. Les grands dialogues de l’évangile de Jean en témoignent, en particulier celui de la Samaritaine. Mais c’est en Marc que l’on trouve, parmi les passages où Jésus approuve son interlocuteur, celui qui reste peut-être le plus surprenant : le dialogue avec le docteur de la Loi sur le grand commandement. Le Christ écoute vraiment ceux à qui il parle, et tient réellement compte de leur parole. À plus forte raison le disciple doit-il en faire autant.

La loi fondamentale d’un véritable dialogue est déjà celle-là : que chacun écoute l’autre « pour de bon » au lieu de tenter de lui imposer son opinion. Combien plus nécessaire est cette attitude quand il s’agit de la doctrine « qui pénètre avec autant de puissance que de douceur par la seule force de la vérité ». Mais il s’agit d’aller plus loin que la seule manière respectueuse : il est question de recevoir de l’autre une partie importante de ce qui est à lui dire, comme on reçoit de lui le gîte et le couvert.

Qu’elle est grande, la tentation d’asséner ce qu’on pense être la vérité de manière brutale et sans considération des personnes auxquelles on s’adresse ! Qu’elle est grande et détestable surtout lorsqu’il s’agit de l’Évangile de Jésus Christ ! Non seulement la manière de dire s’oppose ainsi à ce qui est dit, mais encore elle fait douter de l’authenticité du contenu. Et ce n’est pas la prétention de « parler comme l’on croit », c’est-à-dire avec grande conviction, qui arrangera les choses : il est bien connu que, souvent, on parle d’autant plus fort qu’on est moins sûr, au fond, de ce qu’on avance.

Bref, le prétendu évangélisateur qui se présente avec son couplet bien composé à l’avance et compte sur son assurance personnelle pour le faire avaler tout rond à quiconque se trouvera sur son chemin ferait mieux de rester chez lui. En revanche, même débutant, tout fidèle peut compter sur l’Esprit Saint du Ressuscité pour l’assister en toute vraie rencontre, pourvu qu’il garde l’humilité du Christ lui-même comme premier témoignage à lui rendre.

Alors, n’attendez pas pour commencer ! Car, au fond, une seule chose est nécessaire pour évangéliser : aimer par-dessus tout la Parole dont le sceau est le silence de la Croix.