Dimanche 19 juillet 2015 - 16e dimanche de l’année B

Un pape dans le vent, est-ce bien raisonnable ? ou Avez-vous lu l’encyclique ?

Jérémie 23,1-6 - Psaume 22,1-6 - Éphésiens 2,13-18 - Marc 6,30-34
dimanche 19 juillet 2015.
 

Le succès médiatique du pape François n’est-il pas dû à l’étonnante convergence de ses propos avec l’opinion générale sur les questions de société ? Se laisserait-il aller à une sorte de populisme ? Il y aurait de quoi s’inquiéter. Vous connaissez le mot de Gustave Thibon : être dans le vent est une ambition de feuille morte !

Prenons l’encyclique « Laudato si’ ». L’avez-vous lue ? Profitez donc de l’été pour le faire ! Ce n’est pas un polard ni une bluette, mais il y a du souffle et du sentiment. Peut-être aurez-vous l’impression d’avoir déjà lu ailleurs ce qu’il écrit ici et là. Mais considérez d’abord comment il exprime et organise ces éléments reçus de la science et de la sagesse commune.

Quelle mesure et quel équilibre dans l’exposé des motifs d’inquiétude qu’inspire la situation climatique : aucun accent polémique, pas la moindre emphase rhétorique, à la différence de ce qui s’entend ailleurs. En revanche, pour évoquer les problèmes géopolitiques et économiques, le pape ne se prive pas d’adopter le ton de l’alarme que justifient l’urgence et la gravité des désordres, et le drame de tant de populations menacées dans leur survie ou déjà poussées à une émigration tragique.

Surtout, c’est dans l’articulation des deux ordres de problèmes, le dérèglement climatique et l’aggravation des tensions sociales et internationales, que François se montre le plus audacieux et le plus tranchant. En effet, il situe de façon frappante la cause principale commune à l’un et l’autre événement dans la crise morale et spirituelle profonde qui marque l’histoire récente de l’Occident.

De ce point de vue, il est possible de discerner la continuité du ministère pétrinien dans la diversité de nos trois derniers papes. Jean-Paul II fut un acteur essentiel de la chute du mur et de la disparition du bloc soviétique qui menaçait la paix et la survie du monde. Mais on a peut-être oublié que, vers la fin de son pontificat, il désignait l’athéisme pratique de l’Ouest comme un danger plus redoutable encore que l’athéisme théorique de l’Est. Autrement dit, sa parole puissante dénonçait déjà l’idolâtrie de l’argent roi que combat aujourd’hui François. Quant à Benoît XVI, il fut le pape de transition, au meilleurs sens du terme, entre les deux autres : son enseignement et ses choix furent décisifs pour préparer la venue et l’action de François.

Quel rapport, me demanderez-vous peut-être, entre ces réflexions que je vous livre et l’évangile d’aujourd’hui ? Un rapport étroit et direct, je pense. Voyez comment le récit est construit : Jésus invite ses Apôtres à « un peu de repos », il part avec eux pour un endroit désert, et, quand il débarque, c’est pour trouver de nouveau une foule à instruire. Mais, à ce moment, il n’est pas dit que les Apôtres du début reprennent leur travail. Au contraire, il n’est plus question que de Jésus seul pour voir la foule, être saisi de compassion et se mettre à enseigner.

En somme, ce passage nous parle de la succession apostolique : aux Apôtres, après leur mort, vont succéder d’autres pasteurs, d’autres collaborateurs de l’Évangile. Mais, de génération en génération, en eux tous, c’est le même et unique bon Berger Jésus Christ qui rejoint les foules harassées pour les instruire et les conduire. Telle est la continuité du ministère apostolique, et voilà pourquoi il n’est pas étonnant pour la foi que, tandis que les papes se succèdent, le même combat se poursuive, puisqu’il est celui du Fils de Dieu jusqu’au jour de sa venue en gloire.

Les papes sont des signes des temps. Choisis réellement par le Christ, élus non sans l’Esprit Saint, ils exercent bien leur ministère dans la mesure où ils sont dociles au souffle de ce même Esprit. Être dans ce vent qui souffle où il veut, rien n’est plus raisonnable pour un pape digne de sa mission.