Dimanche 16 août 2015 - 20e dimanche de l’année B

La mort retournée comme une crêpe

Proverbes 9,1-6 - Psaume 33 - Éphésiens 5,15-20 - Jean 6,51-58
dimanche 16 août 2015.
 

Retourné comme une crêpe : propulsé par une prise habile de son adversaire, le pugiliste claque le sol de tout le plat de son dos : point final. De même, il arrive dans la discussion qu’un argument percutant puisse se voir renversé et neutralisé.

Par exemple, les tenants d’un régime végétarien strict invoquent parfois le caractère détestable d’une pratique qui consiste à tuer un animal pour le manger. Mais les végétaux aussi sont vivants. Même une crêpe est constituée essentiellement de farine, c’est-à-dire d’un produit obtenu à partir d’une multitude de graines, merveilleux germes de vie, qu’il faut bien « tuer » pour en faire un aliment. Ainsi, tous les animaux se nourrissent de « vivants », moyennant leur mort.

Au fait, voilà bien la réponse évidente à la question des Juifs interlocuteurs de Jésus : « Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? » Forcément, pour le manger, il faut le tuer. Bien sûr, Jésus ne formule pas cette évidence, terriblement choquante. Car ses contradicteurs sont incapables d’imaginer de quelle façon inouïe elle doit se réaliser : par la mort, certes, du Christ, mais aussi par sa résurrection.

Pour nous qui bénéficions de la pleine lumière de la Révélation, en revanche, ce mystère éclaire de façon nouvelle la loi de la nature qui nous choquait tant : au lieu de nous affliger de la cruauté alimentaire inscrite dans notre condition animale, nous pouvons la retourner en « prophétie » de l’Eucharistie. Les animaux tuent pour manger ? Sans doute. Mais les vivants qu’ils mangent meurent ainsi pour les faire vivre.

La Création dont nous faisons l’expérience n’est pas celle que Dieu a voulu à l’origine. Elle porte la marque du Mauvais qui a introduit dans le monde la mort et le péché. Mais Dieu y a déjà inscrit sa résolution de la sauver, en assumant la mort pour vaincre le Mauvais. Par le sacrifice du Christ, la mort est devenue l’instrument du salut : elle a été retournée radicalement par l’amour de Jésus.

C’est pourquoi cette hostie que nous recevons à la communion n’est pas la simple galette de pain dont elle a l’apparence et le goût, mais bien le corps du Christ qui s’est livré à la mort pour que nous le mangions et que nous en vivions. Ce retournement des œuvres de l’ennemi l’a réduit à l’impuissance pour tous ceux qui croient en celui que le Père a envoyé. Si nous communions, c’est afin de nous retourner nous-mêmes : par la conversion au Seigneur, nous renonçons à notre propre vie et nous l’offrons avec lui par amour de Dieu et de nos frères.

Et le monde qui allait à sa perte s’ouvre désormais à la résurrection pour la vie éternelle.