Dimanche 23 août 2015 - 21e dimanche de l’année B

Certains s’en vont sur la pointe des pieds

Josué 24,1-2a.15-17.18b - Psaume 33,2-3.16-17.20-23 - Éphésiens 5,21-32 - Jean 6,60-69
dimanche 23 août 2015.
 

Nous avons souvent entendu cet avertissement dans l’Église depuis quelques dizaines d’années, en guise de critique de telle ou telle ligne pastorale jugée décourageante pour les fidèles. Et, certes, nous avons vu les rangs s’éclaircir. Mais ceux qui pensaient avoir trouvé la bonne formule n’ont en général pas fait la preuve de la justesse de leurs vues par les résultats obtenus. Les raisons de la désaffection qui nous frappe durablement sont plus profondes que des choix plus ou moins judicieux de stratégie de communication. Et justement, elles relèvent de cette habitude de marcher sur la pointe des pieds dans nos communautés.

Le Seigneur lui-même, comme l’atteste notre évangile d’aujourd’hui, a vu les foules se détourner de lui. Les auditeurs ont trouvé sa parole « trop dure à entendre » lorsqu’il s’est risqué à leur faire approcher le mystère de sa passion, évoquant le temps où le Fils de l’homme allait être vu « monter là où il était auparavant ». Cette formule, en effet, annonce de manière à peine voilée son « élévation » sur la croix. Le problème n’est pas que cette perspective soit intolérable : elle le fut pour les contemporains de Jésus, elle le demeure pour nous et le restera pour tous jusqu’à la venue du Seigneur dans la gloire.

La difficulté réside dans notre refus de supporter cette vue du Christ en croix et de la méditer ensemble afin qu’elle informe toute notre vie chrétienne. Ceux qui s’en écartent peuvent bien avoir l’air de rester, ils sont déjà partis dans leur cœur. Un rien suffit pour qu’ils s’évanouissent dans l’espace du monde qui n’a pas connu Dieu et ne veut pas le connaître. Ce qui nous arrive quand « les églises se vident », à notre époque comme à toutes celles où cela s’est produit dans le passé ou se produira à l’avenir, n’est pas autre chose. C’est pourquoi l’évangéliste dit que Jésus « savait depuis le début quels étaient ceux qui ne croyaient pas ».

Dès lors, le point crucial est de vérifier si notre prédication, notre catéchèse, nos célébrations et, en fait, toutes nos pratiques ecclésiales sont bien centrées ou non sur le mystère pascal de Jésus Christ. Ce qui est sûr, c’est que toute tentative d’édulcorer la Parole pour éviter de choquer les auditeurs, pour mieux « les prendre avec du miel » en attendant le moment de les confronter à l’abîme de la Passion au goût de vinaigre sont vaines : ce moment ne viendra jamais car ils seront partis avant d’en avoir accepté l’annonce, comme les foules de notre évangile d’aujourd’hui.

Les paroles de la vie éternelles ne sont pas séparables du sacrifice du Seigneur dont la mort a vaincu la mort. La preuve en est que, même si cette perspective leur faisait horreur au point de la refuser tout net le moment venu, les Apôtres ne l’ignoraient pas au fond d’eux-mêmes tandis que leur cœur se réjouissait déjà des promesses de la gloire. D’où l’étrange réponse de Pierre à la question de Jésus qui leur demande s’ils veulent partir eux aussi. Loin de manifester un enthousiasme sans réserve, son « À qui irions-nous ? » révèle plutôt l’obscure conscience de la nécessité de la croix pour entrer dans cette gloire qu’ils désirent de tout leur être, comme nous.

C’est pourquoi, en m’inspirant du pape François qui dit préférer une Église qui se risque au-dehors et se blesse, et se tache, à une Église qui se renferme sur elle-même, je dirai qu’il vaut mieux une pastorale qui encourage la discussion et même les controverses sur les sujets les plus sensibles de la foi qu’une vague mouvance de gens qui ne les abordent que de loin et sur la pointe des pieds pour ne pas se déranger les uns les autres. Cela dès le catéchisme des enfants, même pour l’éveil à la foi des plus petits. Et, en particulier, pour les préparer à la première communion sans leur laisser ignorer que l’Eucharistie est d’abord le sacrifice du Christ, en sorte qu’elle est aussi la table du Pain de Vie.

Quant à nous, n’ayons pas peur de nous ancrer dans le mystère de la Pâque du Seigneur afin de pouvoir marcher d’un pas ferme sur ses traces, dès aujourd’hui et pour la vie éternelle.