Dimanche 6 septembre 2015 - 23e dimanche de l’année B

La huitième parole

Isaïe 35,4-7a - Psaume 145,7-10 - Jacques 2,1-5 - Marc 7,31-37
dimanche 6 septembre 2015.
 

« La huitième parole » : cela vous évoque-t-il quelque chose ?

Plus facile : « Ouvre-toi ! » Évidemment, cette phrase figure dans l’évangile que nous venons d’entendre. Mais, en dehors de ce contexte, à quoi penseriez-vous ? À l’histoire d’Ali Baba, sans doute, qui est la plus connue des « Mille et une nuits ». Le roc qui ferme la caverne s’ouvre dès lors qu’on l’appelle « Sésame » pour lui en donner l’ordre. C’est de la magie, bien sûr. Or, justement, Jésus semble agir par magie pour guérir le sourd-muet : il opère d’étranges manipulations, pousse des soupirs et prononce des mots bizarres.

Une telle façon de procéder peut nous sembler indigne du Christ. C’est sans doute ce qu’ont pensé Matthieu et Luc qui omettent cet épisode dans leur reprise du livret de Marc. Mais, pour comprendre ce passage surprenant, il suffit de le décoder comme une prophétie de la croix. Là, Jésus soupirera et criera vers le ciel. D’ailleurs, quand il dit ici « Ouvre-toi ! », nous pensons qu’il s’adresse à l’infirme. Mais le malheureux n’y peut rien, lui. Tandis que Dieu, si. C’est pourquoi il faut comprendre que cette parole est dirigée vers un autre : Jésus leva les yeux au ciel et lui dit : « Ouvre-toi ». Ce mot araméen (ils ne sont pas nombreux dans l’évangile), « Effata », en évoque un autre : « Abba ». C’est bien à son Père que Jésus demande d’accomplir la prophétie d’Isaïe que nous avons entendue en première lecture : « Voici votre Dieu... Il vient lui-même et va vous sauver ».

C’est, en effet, par son sacrifice que le Christ obtient du Père le salut de la création, et par-dessus tout de l’humanité : pas seulement des Juifs mais aussi des païens. Dès lors, nous pouvons aussi comprendre l’étrange itinéraire de Jésus qui, de Tyr, passe par Sidon pour atteindre la mer de Galilée et la Décapole : ce circuit, illogique sinon, signifie le « tour du monde » du Sauveur.

Le sourd-muet, quant à lui, représente les peuples païens, incapables d’entendre la Parole adressée à Israël et, par conséquent, empêchés de s’adresser correctement à Dieu. Il « avait de la difficulté à parler » signifie donc le caractère incertain et approximatif des prières et des cultes païens. En particulier, des pratiques magiques de guérison, ridicules et méprisables aux yeux des Juifs. En adoptant ici ce comportement, Jésus manifeste pourtant son respect pour les hommes qui expriment ainsi leurs souffrances et leurs espoirs, et même sa considération pour leurs efforts pitoyables. Sur la croix, il a porté toutes les douleurs du monde tombé au pouvoir du Mauvais à cause du premier péché. Et par son appel désespéré en apparence, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné », il a assumé tous les cris vers le ciel des malheureux de la Terre.

C’est pourquoi je vous propose de comprendre cet « Effata ! » de notre évangile comme la huitième parole du Christ en croix, implicite dans le grand cri qu’il a poussé vers le ciel à l’heure ultime des ténèbres. Cette prière est exaucée par la Résurrection ainsi qu’en chaque Eucharistie qui « actualise » la Pâque du Seigneur. Soyons donc hommes de la miséricorde de Dieu : n’ayons ni mépris ni colère contre les pauvres païens, nos frères, qui ont de la difficulté à parler de Dieu et à Dieu. Efforçons-nous plutôt de leur manifester fidèlement l’amour du Christ pour eux, surtout aux plus pauvres et aux déshérités, afin de devenir de meilleurs témoins du salut qu’il leur offre, tout comme il l’a fait pour nous qui lui en rendons grâce. Et il les guérira, comme il nous a guéris.