Dimanche 13 septembre 2015 - 24e dimanche de l’année B

Pourquoi les Allemands sont-ils accueillants et les Français réticents ?

Isaïe 50,5-9a - Psaume 114,1-6.8-9 - Jacques 2,14-18 - Marc 8,27-35
dimanche 13 septembre 2015.
 

Trois facteurs jouent dans l’attitude qui peut être adoptée en réponse à une sollicitation : la pression éprouvée, le prix à payer et les bénéfices secondaires escomptés. Ainsi, dans l’accueil des réfugiés y a-t-il du pour et du contre d’un point de vue économique, politique, ou démographique. La France redoute de devoir partager avec les nouveaux-venus un gâteau qu’elle estime déjà trop petit pour elle tandis que l’Allemagne voit plutôt d’un bon œil l’arrivée d’une main d’œuvre abondante et bien disposée.

Pour Jésus qui aperçoit la croix au proche horizon de son chemin, l’équation est semblable, quoique singulière. La pression est immense, puisqu’il s’agit d’accomplir la volonté du Père. Mais le prix à payer ne l’est pas moins, puisque c’est de subir le supplice le plus atroce et le plus humiliant de son temps, jusqu’à la mort. Il ne faudrait pourtant pas oublier le pour. D’abord, Jésus sait que son sacrifice nous vaudra le salut, à nous les hommes qu’il a passionnément désiré arracher au malheur et au péché ; ensuite, et plus encore, faire la volonté de son Père est tout simplement l’essence de sa béatitude constante.

Pour nous, disciples du Christ, la perspective est à la fois pareille à celle de tous les hommes devant un chemin difficile à prendre, et semblable à celle du Christ lui-même puisque nous sommes marqués de son sceau, l’Esprit Saint. Assurément, le Seigneur nous l’affirme clairement dans l’évangile d’aujourd’hui, ce chemin ne peut être qu’un renoncement à soi-même. Le prix à payer est considérable ! Toutefois, le Christ a promis à ses Apôtres non seulement la récompense éternelle, mais même « le centuple en ce monde », comme nous le rapporte justement saint Marc. Le pour n’est pas négligeable.

Quant à la pression, elle ne doit pas consister en la simple crainte du châtiment promis à la désobéissance : seul l’amour que Dieu met dans nos cœurs peut bien nous pousser dans la bonne direction, celle que lui-même veut pour nous dans son immense miséricorde.

Enfin, que nous faut-il de plus que de croire, avec l’Apôtre Paul, que « vivre, c’est le Christ » ? Être avec lui pour l’éternité est le seul but qui vaille vraiment de supporter toute épreuve à cause de lui et de l’Évangile. Être avec lui est aussi le réconfort qui nous est accordé sur le chemin même qu’il a pris avant nous et sur lequel il nous accompagne, et c’est déjà une avance sur la récompense. Choisir de le suivre, c’est l’assurance du bonheur toujours et maintenant, quoi qu’il en coûte.

Si je n’ai rien en moi que moi-même, l’épreuve qui m’accable me pousse à la désespérance et à la révolte, parce que l’étau de la souffrance ne me resserre que sur le vide et l’absurde. Tandis que si le Christ habite en moi, il me rapproche de lui. Claudel, dans le « Soulier de satin », nous livre une page très forte sur ce mystère de la souffrance habitée : son héros, naufragé et cramponné à son bout de bois sur la mer déchaînée, s’éprouve alors lié au Christ en croix plus étroitement que jamais. Je dis cela avec crainte et conscience de ma petitesse : tant d’autres ont vécu ou vivent un paroxysme de douleur bien plus extrême que ce que j’ai jamais connu ! Mais si peu que vous en ayez l’expérience, vous savez ce que signifie la présence fidèle du Seigneur Jésus en tout temps, et surtout à l’heure des ténèbres.

Alors pourquoi attendre pour accueillir sa parole et la mettre en pratique ?