Dimanche 20 septembre 2015 - 25e dimanche de l’année B

Une histoire de Monseigneur Charles

Sagesse 2,12.17-20 - Psaume 53,3-5.7b.6.8 - Jacques 3,16 - 4,3 - Marc 9,30-37
dimanche 20 septembre 2015.
 

Recteur du Sacré-Cœur dans la deuxième moitié du siècle dernier, Maxime Charles forma un nombre considérable de laïcs et de prêtres à l’apostolat. Lui-même ne fut jamais évêque (il était seulement « prélat de Sa Sainteté », ce qui lui valait d’être appelé « Monseigneur »), mais une vingtaine de ses disciples le devinrent. L’un d’eux qu’il avait connu jeune homme et séminariste revint le voir après son ordination épiscopale. Comme Mgr Charles, sans hésiter, met genou en terre pour baiser son anneau, le jeune et nouvel évêque tente de l’en empêcher en disant : « Oh non, pas vous, Monseigneur ! » Et s’entend répondre aussitôt : « Mon pauvre Jeannot, tu es devenu évêque, mais tu es toujours aussi bête. »

Mgr Charles avait bien compris la parole que nous entendons aujourd’hui : il recevait cet « enfant » comme le Seigneur lui-même. Et il ne s’étonnait pas que l’ordination ne l’ait pas, comme d’un coup de baguette magique, doté de toute la sagesse qui lui restait à acquérir.

Dans l’Église comme dans le monde, le pouvoir et l’autorité sont objet de convoitise, de rivalités et de jalousie. Ceux qui les détiennent sont tour à tour moqués et méprisés pour leurs faiblesses et leurs erreurs, ou adulés comme s’ils devaient leur position à leur immense supériorité personnelle. Pour nous, le Christ nous appelle à résister aux deux tentations

Que les brebis ne méprisent pas le pasteur pour ses indignités, mais qu’elles le reçoivent comme celui que pourtant le Seigneur leur donne. Que lui-même ne cesse de se reconnaître indigne devant le Seigneur, et qu’il se laisse purifier, enseigner et fortifier pour devenir de plus en plus capable d’assumer sa charge.

Lorsqu’il réussit dans ses fonctions, qu’il ne se gonfle pas lui-même, car l’orgueil gâcherait tout. Et que les brebis ne l’accablent pas par un culte de la personnalité intempestif. Qu’ensemble ils rendent plutôt grâce à Dieu de ses dons et le prient d’être gardés de toute illusion sur la gloire qui vient des hommes. Car cette tentation est pire que l’autre. « Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible », avertit le Christ.

Sans cesse nous sommes éprouvés dans cette condition où les uns sont choisis pour gouverner les autres et présider l’assemblée. Mais toujours à nouveau le Seigneur donne aux siens qui la lui demandent cette sagesse venue d’en-haut, disposition d’abord pure de toute volonté de puissance sur autrui. Par suite, elle donne la paix que rien d’autre ne peut nous obtenir : celle qui nous associe les uns aux autres dans la joie qui demeure.

En effet, le bonheur d’être enfants du Très-Haut dans le Fils unique sera, à la fin de l’histoire, l’éternelle condition de ceux qui auront été établis par l’Esprit dans le partage de la gloire du Père.