Dimanche 11 octobre 2015 - Anniversaire de la Dédicace (28e dimanche de l’année B)

Il n’est de richesses que d’hommes

Sagesse 7,7-11 - Psaume 89,12-17 - 1 Corinthiens 3,9b-11.16-17 (Hébreux 4,12-13) - Marc 10,17-30
dimanche 11 octobre 2015.
 

Ce mot d’un politologue du 16e siècle qui a fait fortune auprès des DRH d’aujourd’hui dérive d’une phrase intéressante à rappeler dans son entièreté : « Or, il ne faut jamais craindre qu’il y ait trop de sujets, trop de citoyens, vu qu’il n’y a richesse ni force que d’hommes » (Jean Bodin). Et nous, en bons bodinistes, ne craignons jamais qu’il y ait trop de paroissiens.

Alors, combien sommes-nous ? Un millier, sans doute. Sans compter le deuxième millier de fidèles venus à une autre messe de ce dimanche, ni les nombreux habitués qui sont ailleurs ce WE. Sans oublier tous ceux qui nous ont précédés dans cette église, depuis l’an 1870. Ils sont vivants pour Dieu, avec nous dans la communion des saints, ainsi que l’immense cohorte des disciples du Seigneur depuis l’origine, Pierre en tête.

Pierre, notre saint Patron, nous l’avons chanté à l’entrée de cette célébration en rappelant son histoire. Fils de Yonas qui le prénomma Simon ; frère d’André, son aîné dans la « carrière », qui l’amena à Jésus ; instruit par Marie-Madeleine, « l’Apôtre des Apôtres », de la résurrection du Seigneur ; aux prises avec Paul et Barnabé pour l’annonce de l’Évangile aux païens ; maître de Marc, selon la tradition, qui aurait recueilli son héritage doctrinal et tenu la plume pour lui. Bref, Pierre ne serait pas Pierre sans les autres.

En effet, nous sommes un corps uni, articulé et hiérarchiquement ordonné. C’est pourquoi l’architecture de cette église bien bâtie dont nous fêtons l’anniversaire de la Dédicace figure efficacement notre réalité. Notez que les chefs du peuple, les Apôtres, sont situés plutôt du côté des fondations de l’église que de la toiture : ils sont censés plutôt supporter les autres fidèles que peser sur eux. Notez encore que l’église n’est pas un temple à la manière païenne, un monument à considérer du dehors, mais une maison à habiter et à faire vivre. Car notre corps ecclésial n’est pas une statue que nous nous plairions à admirer comme dans un miroir - ce serait de l’idolâtrie, cette idolâtrie qui est toujours de soi-même - mais un organisme plein de vitalité et de dynamisme pour la mission que le Seigneur confie à son Église : nous sommes appelés à agir pour sauver l’homme en son nom. Nous sommes porteur du Nom en ce monde. Pour cela, un corps petit mais bien uni et nourri de la Parole vaut mieux qu’une masse de granules indépendants qui s’écroule à la première secousse.

Et Pierre - c’est bien lui, cette fougue ! - de demander : « Qu’y aura-t-il pour nous qui avons tout quitté pour te suivre ? » La réponse du Christ est de promettre tout, mais surtout des richesses d’hommes : frères, sœurs, mères et enfants. Nous comprenons, bien sûr, qu’il s’agit de toute cette famille nouvelle qui nous échoie en partage par le baptême. Mais profitons-nous vraiment de ces richesses-là ?

Par exemple : chaque dimanche de l’année vous pouvez voir le cousin Gontran ou la tante Gertrude. Mais aujourd’hui il nous est proposé de déjeuner avec des frères ou sœurs de la paroisse. Allons-nous répondre à l’invitation ? Saurons-nous au moins nous retrouver tout à l’heure pour le café gourmand au Centre paroissial ? Il s’agit de nouer et de consolider les liens vitaux qui nous unissent dans le Seigneur, rien de moins. Croyons-nous à l’Esprit Saint ?

Croyons-nous, comme le Christ nous l’a dit, que la sève de l’Esprit coule en particulier dans les membres de l’Église lorsqu’ils sont bien unis et articulés dans la charité ? Si cette charité n’est pas d’abord simplement familiarité entre nous, pouvons-nous prétendre l’exercer auprès de ceux du dehors ? Pourquoi nous priver de l’Esprit Saint et rester pauvres d’amour fraternel ? Rendons grâce en vérité pour notre vie d’Église concrète où nous éprouvons que, de riche qu’il était, le Christ Jésus s’est fait pauvre pour nous enrichir de sa pauvreté.

Car il n’est de richesse éternelle que de ce pauvre homme qui est le Fils de Dieu.