Dimanche 10 août 2003 - Dix-neuvième dimanche

Profitez, profitez !

1 Rois 19,4-8 - Éphésiens 4,30-5,2- Jean 6,41-51
dimanche 10 août 2003.
 

Profitez, profitez !

De quoi ? Par exemple de l’été, de son soleil et de ses crudités, de ses baignades et de ses promenades, pour vous faire un corps sain, mince et vigoureux, musclé et tout bronzé.

Ou encore : le terrain est libre, les occasions sont belles, profitez-en pour faire de bonnes affaires, pour multiplier vos actions et grossir vos comptes.

Avez-vous remarqué, d’ailleurs, que souvent, avec l’âge, on a tendance à se laisser un peu aller physiquement et à s’intéresser de plus en plus à l’argent ?

Cela n’empêche pas certains jeunes loups, ou certaines jeunes louves, d’en croquer à belles dents de toutes les façons, ni bien des seniors de s’activer d’un côté sans rien lâcher de l’autre.

Bon, et maintenant je vais expliquer que non, il ne faut pas faire tout cela, qu’on ne doit même pas y penser, parce que ce n’est pas bien, parce que c’est vilain ? Certainement pas.

Qui, en effet, donne le corps, sa beauté et sa vigueur, qui dispense toute espèce de richesses et de biens, sinon le Seigneur ? Dieu est l’auteur et le gardien de toute vie, lui, voilà ce que rappelle d’abord le signe des pains, et si l’on oublie ou si l’on nie ce décisif et premier point, on n’y comprendra rien, au signe des pains !

Mais, bien sûr, je n’en resterai pas là. Car celui qui vous donne le cœur de faire de bonnes affaires vous invite à en faire de meilleures. Comment ? Par la vertu de la croix de Notre Seigneur Jésus Christ.

Il faut dire, mes amis, que le lieu central de notre foi ne cesse pas d’être profondément énigmatique et déroutant : comment donc l’expérience que fit de la mort cet homme-là, il y a si longtemps, peut-elle être maintenant pour moi, et pour chaque homme, nourriture de vie éternelle ?

Eh bien, en particulier, par la façon dont la présence à mon esprit de cet événement, dans la foi qui me fait adhérer profondément à cet homme qui mourut pour nous, va me donner le cœur de choisir, maintenant, la voie la meilleure.

Comprenez bien. Souvent, n’est-ce pas, nous nous reprochons, sur le moment ou après coup, de ne pas avoir dit ou fait ce qui aurait été mieux : combien de mouvements d’humeur que nous aurions dû réprimer par charité, par prudence ou par convenance, combien d’attitudes ou de comportements emportés par l’ambiance et le mouvement de l’entourage, alors qu’un peu d’énergie et de volonté eussent suffi à nous faire prendre un parti évidemment fort préférable !

Et nous portons ces petits remords habituels comme le poids ordinaire d’une vague mauvaise conscience, parfois pensant qu’il faudrait faire plus d’efforts et de sacrifices, parfois cédant à l’idée facile qu’on est comme on est et que tout cela n’est pas si grave.

Et si nous entendions plutôt, frères et sœurs, l’appel à choisir de renoncer au bon à cause du meilleur comme la bonne nouvelle d’une excellente affaire ? Là où fulminations, moqueries et condamnations restent sans autre effet, le plus souvent, que de donner l’illusion un instant à celui qui les porte, serait-ce contre lui-même, de se trouver du bon côté, une suggestion calme et pesée n’aurait-elle pas plus de chance de produire un bon fruit ?

Si, au moment de ces mille petits choix de la vie qui nous sont habituellement autant de défaites de l’ardent esprit devant la faiblesse de la chair, nous entendions plutôt celui qui est sur la croix nous dire : " Vois, en renonçant à ma joie et à ma vie, je gagne ta vie et ton salut pour toujours, et je rends grâces à mon Père de cette heureuse affaire ! "

Encore faudrait-il y croire ? Bien sûr, c’est une question de foi ! Mais n’en avez-vous pas du tout ? Ne pouvez-vous pas commencer un peu à essayer, d’abord sur un point plus facile ?

La foi, vous savez, c’est comme un muscle, ou comme un capital : cela se développe quand ça travaille. C’est pourquoi saint Jacques nous dit que la foi qui n’œuvre pas est une foi morte.

Essayez donc sur la prière : au lieu de continuer à pleurnicher que vous ne priez pas assez, assez souvent, assez longtemps, assez attentivement, assez ardemment... et qu’il faudrait, et qu’il faudrait... appelez donc un tout petit peu à l’aide, au moment opportun, celui dont la chair est le pain de votre vie.

Profitez donc de la messe, du mystère eucharistique que nous célébrons maintenant, pour nourrir votre foi : si petite qu’elle soit, elle en grandira un peu, elle sera plus forte demain pour agir en vous, pour que vous sachiez donner un peu de votre bien et de votre être extérieur en échange de ce qui vaut mieux.

Profitez de votre vie dans la foi pour grossir votre trésor le meilleur, celui qui reste à l’abri des voleurs, des rongeurs et de la rouille, pour développer votre homme intérieur, celui que ni l’âge ni les misères n’atteindront jamais, car il demeure en Jésus Christ auprès de Dieu pour la vie éternelle.

Profitez, profitez du pain vivant qui vient exprès pour cela, pour vous, du ciel !