Dimanche 1er novembre 2015 - La Toussaint

Ils ne disent pas tous la même chose !

Apocalypse 7,2-4.9-14 - Psaume 23,1-6 - 1 Jean 3,1-3 - Matthieu 5,1-12a
dimanche 1er novembre 2015.
 

Qui cela ? Les saints ? Bien sûr que non ! Dieu merci, ils sont très divers. Ainsi chacun de nous peut trouver en eux tous les types d’affinités désirables. Entre Paul et Jean, le courant devait difficilement passer, si l’on en juge par les écrits bibliques qui portent leur nom et dont les accents sont si différents. Et « l’Apôtre des nations » s’est aussi durement affronté à Pierre et à Jacques. Jérôme a traduit la Bible en langue « vulgaire », le latin, pour que tout le monde puisse la lire, tandis que François d’Assise interdisait aux frères de posséder des manuscrits de peur qu’ils ne s’enflent d’orgueil. Ignace de Loyola mit tous ses talents de jeune noble au service de l’Évangile, alors que le « clochard céleste » Benoît Labre décida de ne plus se laver, par humilité. Et il mourut en odeur de sainteté.

Mais ce n’est pas aux saints, en général, que s’adresse ce qui, il faut bien le reconnaître, est un reproche : « Vous ne dites pas tous la même chose ». Les prêtres, en effet, sont ici visés notamment lorsqu’il s’agit de la discipline à observer dans certaines situations dites irrégulières. Certains sont laxistes, d’autres rigoristes, dit-on. Ce n’est pas faux, puisque cette diversité d’attitudes s’est même étalée aux yeux de tous à l’occasion du synode sur la famille.

En réalité, depuis les commencements de l’Église, le problème fut pour les Apôtres et leurs successeurs de trouver une unité de pensée et de sentiment sur les points fondamentaux de la foi et des mœurs à partir d’une légitime diversité d’appréciation due à la variété des cultures et des situations. C’est le principe même de la synodalité qui s’est exprimé en particulier dans les conciles œcuméniques. Qui, au demeurant, donnèrent lieu à des débats enflammés, et même à des rixes sanglantes ! Or, le signe le plus éclatant de l’assistance de l’Esprit Saint est justement que l’Église, à travers toutes ces oppositions entre ses membres, ait trouvé son chemin commun, de génération en génération et de siècle en siècle, jusqu’à aujourd’hui où nous fêtons la Toussaint avec les fidèles du monde entier.

Ainsi l’unité est à la fois un don à recevoir de la main de Dieu et une tâche à accomplir pour ceux qui en sont responsables. Nous avons à travailler pour obtenir ce que seul Dieu peut nous procurer et qu’il nous offre gratuitement. Ce paradoxe est tout simplement celui de la sainteté. Car elle est à accueillir comme pure grâce, et pourtant elle nécessite un labeur assidu et un dur combat de chaque jour. Quel labeur, quel combat ? Ceux de la conversion, bien sûr, car nous devons à grand-peine nous tourner vers celui de qui coule la grâce, sans quoi nous l’empêchons de nous emplir.

C’est pourquoi l’évangile de ce jour, les Béatitudes, peut s’entendre comme un programme pour nous. Seul celui qui se sait pauvre de l’essentiel et ne compte sur aucune richesse, qui pleure ses péchés et ne se confie pas dans sa force mais plutôt dans ses faiblesses, qui n’aspire pas à la justice des hommes mais à celle que Dieu seul sait donner, peut être comblé de la grâce du salut. Alors il fait miséricorde comme il la reçoit, se réjouit en son cœur d’être purifié par le Seigneur et devient un grand artisan de paix parmi ses frères.

Quelle joie de marcher ainsi en disciple, bien qu’il y ait en l’aventure beaucoup plus de coups à prendre qu’à porter. Mais pas une blessure, pas une flétrissure subie pour le Christ ne reste sans récompense, en ce monde d’abord, et dans l’autre infiniment.

Tous ceux qui vivent ainsi de l’Évangile ne disent pas le même aspect des dons reçus, mais ils chantent tous ensemble le même cantique d’action de grâce pour le bonheur d’être aimés de Dieu, aujourd’hui et pour l’éternité.