Dimanche 15 novembre 2015 - 33e dimanche de l’année B

Si ce sont des signes, il faut les interpréter

Daniel 12,1-3 - Psaume 15,5.8-10.1b.11 - Hébreux 10,11-14.18 - Marc 13,24-32
dimanche 15 novembre 2015.
 

L’Évangile nous invite à considérer la grande détresse comme un signe des temps. Puis il indique une autre catégorie de signes : ceux qui se produiront dans le ciel, les astres perdant leur clarté. Or, si leurs éclipses ont toujours frappé les anciens, force est de reconnaître que c’est justement parce que, d’ordinaire, ils offrent au contraire le merveilleux spectacle de leur ballet immuable. D’ailleurs, le mot grec « cosmos » signifie l’ordre et la beauté de l’univers apparent. Autrement dit, la face obscure de ces signes passagers est l’envers d’un autre signe qui est, lui, lumineux et permanent.

N’en va-t-il pas de même pour les événements de vendredi, l’horreur de ces attentats pouvant nous renvoyer à la face heureuse des choses qu’ils tentent de ternir et de détruire ? Pourquoi, en effet, cette haine absurde et inhumaine, celle de ces fous qui se tuent en donnant la mort, et surtout celle de leurs commanditaires qui les manipulent pour accomplir leurs plans mûris selon la plus froide raison calculatrice ?

Ils sont comme ces psychopathes acharnés à violer et tuer des femmes, les unes après les autres. Le geste de ces hommes trahit une convoitise désespérée : ce qu’ils désirent, au fond, est justement la grâce féminine, mais ils sont incapables - pour des raisons que nous ignorons en général - d’entrer en relation avec le respect et la considération nécessaires pour pouvoir goûter le vrai bonheur de les connaître dans une donation libre et réciproque. C’est pourquoi ils détruisent ce qu’ils convoitent.

Que désirent-ils donc, ces hommes qui nous font la guerre la plus ignoble, de bon dans notre civilisation occidentale ? Sa puissance et sa gloire, aujourd’hui et dans l’histoire, sans doute : ils sont mus par la passion de la vengeance et de la revanche. Mais, au fond, peut-être par ce qu’il y a de véritablement grand dans notre culture : cette liberté qu’ils ne connaissent pas et qui repose sur la tolérance au meilleur sens du terme. C’est-à-dire ce à quoi nous appelle l’Apôtre Paul quand il nous dit : « Supportez-vous les uns les autres ». Il ne s’agit pas, alors, d’une simple façon de s’accommoder de ceux dont on ne peut se débarrasser, mais de l’impératif ordinaire de la charité fraternelle.

Dans une certaine mesure, nos démocraties occidentales permettent la coexistence pacifique de personnes et de groupes humains très divers dans le même espace physique et social. On peut avoir de grandes divergences de convictions, d’idéaux et de cultures et partager la terre, la cité, la République. Ce cadre est fort imparfait, mais il reste infiniment préférable à tous ces régimes dont l’emploi ordinaire est d’enfermer les personnes dans le carcan d’idéologies qui offensent la raison, et d’opprimer opposants et minorités avec une implacable cruauté. Or, la source principale de ce bien relatif mais considérable est dans l’Évangile, c’est-à-dire dans le côté du Christ crucifié.

« Il attend désormais que ses ennemis soient mis sous ses pieds » : cette parole de la lettre aux Hébreux citant le Psaume 109 pourrait résonner étrangement avec les intentions des terroristes dont la jouissance est l’idée de nous dominer et de nous piétiner. Mais les ennemis du Christ, ce sont les démons et la haine dont les terroristes sont précisément possédés et non ces hommes malades eux-mêmes pour qui aussi il a donné sa vie. Qui, en effet, a pu comme lui prier le Père sur la croix pour ses bourreaux ? C’est ainsi qu’en son corps il a vaincu la haine et le diable. Et nous attendons le jour de sa venue où ces ennemis seront définitivement mis hors de combat.

Soyons donc fidèles, frères et sœurs, à notre vocation baptismale : ne nous laissons pas vaincre par la haine. Prions pour les victimes. Agissons pour consoler et réparer ce qui peut l’être, et pour que les agresseurs soient empêchés de commettre le mal qu’ils veulent nous faire. Et laissons à Dieu le jugement. Alors, au lieu même du déchaînement de l’ennemi, nous en montrerons le sens et l’interprétation : le diable, sachant que peu de temps lui reste, met le comble à sa violence homicide. Ainsi nous ferons apparaître le signe et le visage du Fils de l’homme qui vient sûrement établir son Royaume éternel de justice et de paix.